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Les défis de Martine Ouellet

La nouvelle chef du Bloc québécois Martine Ouellet

La nouvelle chef du Bloc québécois Martine Ouellet

Photo : La Presse canadienne / Graham Hughes

Radio-Canada

Le Bloc québécois devient le premier parti dans l'opposition à remplacer son chef après la victoire de Justin Trudeau en 2015. Couronnée samedi à Montréal, Martine Ouellet fait face à d'importants défis, même si le parti souverainiste est deuxième dans les intentions de vote au Québec, selon un sondage Forum Research. En voici quatre.

Un texte de Philippe-Vincent Foisy

1- Convaincre les Québécois de sa pertinence

« Le Bloc ne sert strictement à rien », avait affirmé Pierre Karl Péladeau, en novembre 2014. Après s’être corrigé, il avait néanmoins rappelé que Lucien Bouchard « avait dit que nous allions apprécier le succès du Bloc à la [brièveté] de son existence, alors il faut constater que 25 ans plus tard, il y a encore du travail à faire. »

Fondé après l’échec de l’Accord du lac Meech, le Bloc devait avoir « un seul mandat : contribuer à réaliser la souveraineté du Québec ». Au cours des dernières années, deux courants se sont affrontés dans le parti : celui de représenter les intérêts du Québec à Ottawa et celui de faire la promotion de l’indépendance avant tout.

Martine Ouellet s’inscrit dans la mouvance de l’ancien chef Mario Beaulieu qui voit le Bloc comme le moteur de la relance du mouvement indépendantiste. Elle s’est dit « représentante de l’ensemble des indépendantistes », avant de se corriger affirmant qu’un autre de ses rôles sera de « défendre les intérêts du Québec ».

Le Bloc doit toutefois sa longévité notamment au fait qu’il a su travailler avec les autres partis fédéralistes pour faire des gains au Québec, mais aussi au référendum, à la loi sur la clarté, au scandale des commandites. Martine Ouellet veut « préparer » l’indépendance à Ottawa, une indépendance qui, dans les meilleurs scénarios souverainistes, ne viendra pas avant 2022.

2- Relation avec le PQ

« Je pense qu'il serait préférable qu'elle ne siège pas [à l’Assemblée nationale] », a expliqué le chef du PQ, Jean-François Lisée, le mois dernier. Mme Ouellet ne siège plus au caucus péquiste depuis qu’elle a annoncé sa candidature.

La relation entre Martine Ouellet et Jean-François Lisée est marquée par les tensions. Leurs positions sur l’échéancier référendaire étaient les plus claires, mais les plus opposées lors de la dernière course au PQ. Mme Ouellet avait traité M. Lisée de « provincialiste ». Le chef péquiste l’avait menacée de l’expulser du caucus s’il devenait chef et qu’elle n’arrivait pas à travailler en équipe.

Paul St-Pierre Plamondon, Alexandre Cloutier, Jean-François Lisée et Martine OuelletAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Paul St-Pierre Plamondon, Alexandre Cloutier, Jean-François Lisée et Martine Ouellet étaient les quatre candidats à la chefferie du Parti québécois en octobre 2016.

Photo : La Presse canadienne / PC / Jacques Boissinot

Au sein même du caucus péquiste, Mme Ouellet n’avait pas beaucoup d’alliés. Aucun député ne l’a appuyée lors de la dernière course à la chefferie. Elle avait même été exclue de la vidéo du parti lors de la rentrée parce qu’elle voulait livrer un message différent de celui de ses collègues. Depuis qu’elle a annoncé son intention de briguer la chefferie du Bloc, seulement quatre anciens députés l’ont appuyée.

Cette semaine, Mme Ouellet a refusé de dire qui était le chef du mouvement souverainiste au Québec, admettant toutefois que la souveraineté se ferait à l’Assemblée nationale. Jean-François Lisée brillera d’ailleurs par son absence samedi après-midi lors de la nomination officielle de Mme Ouellet. Il est en tournée dans l'Est-du-Québec.

3- Éthique : un « défi sérieux »

« Les risques de conflits dans l’exercice de ces deux fonctions sont sérieux », a écrit Jacques Saint-Laurent, le commissaire à l’éthique et à la déontologie de l’Assemblée nationale.

Martine Ouellet utilise le néologisme d’activités « transparlementaires » pour justifier ses deux chapeaux, celui de députée à l’Assemblée nationale et de chef du Bloc québécois au fédéral. Elle est persuadée que « ce sera un avantage d’avoir un pied au Québec et au Canada ».

Les critiques ont toutefois été nombreuses, tant chez ses adversaires qu’au sein de la famille souverainiste.

« Député, ça demande du travail à plein temps, chef de parti également. Et quand c'est dans les deux parlements, je ne vois pas comment c'est possible », a affirmé l’ex-chef bloquiste Gilles Duceppe.

Le chef intérimaire du Bloc, Rhéal Fortin admet aussi qu’il aurait « préféré qu’elle n’occupe pas les deux fonctions ». Le premier ministre Philippe Couillard « trouve ça surprenant de voir qu’on envisage d’utiliser des budgets de l’Assemblée nationale pour financer une activité politique sur la scène fédérale. »

Le député péquiste Pascal Bérubé a quant à lui laissé entendre que le Bloc tentait de trouver une solution pour qu’elle soit chef à temps plein. Ses adversaires auront à l’œil les demandes de remboursement qu’elle fera à titre de députée pour ses déplacements, pour s’assurer qu’elles n’ont aucun lien avec son rôle au Bloc.

4- Trouver de l’attention

« On nous a désigné le vestiaire pour tenir nos réunions », racontait le député bloquiste Louis Plamondon, l’année dernière.

Le Bloc québécois n’est pas reconnu à la Chambre, il n’a donc pas de place dans l’antichambre aux Communes. En plus d’être confinés au vestiaire, les députés bloquistes ont un nombre très restreint de questions chaque semaine et ne siègent pas aux comités.

Difficile donc d’obtenir de l’attention médiatique, surtout qu’avec leurs dix élus, ils forment le quatrième caucus de députés québécois. Deux des prédécesseurs de Martine Ouellet qui n’étaient pas élus à Ottawa ont aussi eu de la difficulté à obtenir une grande couverture médiatique. Pourtant, Daniel Paillé et Mario Beaulieu étaient chefs à temps plein.

Mme Ouellet devrait être à Ottawa les lundis, à l'Assemblée nationale les mardis, mercredis et jeudis et dans sa circonscription en banlieue de Montréal les vendredis, samedis et dimanches.

Martine Ouellet pourra toutefois compter sur sa présence à l’Assemblée nationale pour obtenir une plus grande visibilité. Toutefois, lors de sa première action « transparlementaire », elle a dû principalement se défendre d’avoir publié un communiqué avec les deux logos de l’Assemblée nationale et du Parlement, plutôt que de répondre aux questions.

Le député bloquiste Xavier Barsalou-Duval devait lui aussi tenir un point de presse à Ottawa, mais n’a finalement jamais parlé aux journalistes.

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