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Sans l'appui des États-Unis, quel avenir pour la protection des Grands Lacs?

Le lac Michigan
Le lac Michigan Photo: La Presse canadienne / Carlos Osorio
Radio-Canada

L'administration Trump a annoncé cette semaine qu'elle réduira de 97 % le financement du programme de restauration des Grands Lacs, une situation qui préoccupe les professionnels du milieu de l'environnement au Canada. Le programme est essentiel pour préserver la qualité de l'eau potable pour la population, disent-ils.

Un texte de Vanessa Destiné

Dans sa forme actuelle, le budget américain aurait pour conséquence de faire passer le financement du programme de restauration des Grands Lacs (GLRI) de 300 millions de dollars à 10 millions.

Ce nouveau budget pour ce programme sera nettement insuffisant, selon des groupes environnementaux. Le maire de Sarnia, en Ontario, a d'ailleurs qualifié cette décision de « folie ».

Évidemment, ce sont des eaux partagées par les deux pays. C’est un peu frustrant si un des deux ne fait pas sa part.

Sarah Dorner, membre de la Chaire industrielle CNRSG en eau potable

Au cours de sa carrière, Sarah Dorner, membre de la Chaire industrielle en eau potable et professeure à Polytechnique Montréal et qui a travaillé aux États-Unis au sein d’organismes de protection de l’eau, a vu de nombreux programmes environnementaux perdre leur financement, notamment durant l’ère George W. Bush.

Mais les tendances de l’administration actuelle, comme la nomination d’un climatosceptique à la tête du ministère de l’Agence de protection de l’environnement, la préoccupent.

Ce n’est pas inhabituel de voir des budgets réduits, mais le problème, c’est l’idéologie qui les accompagne, celle qui indique que [la préservation de l’environnement] n’est pas une priorité.

Sarah Dorner, membre de la Chaire industrielle en eau potable et professeure à Polytechnique Montréal

La ministre fédérale de l’Environnement Catherine McKenna a décrié la réduction du budget sur Twitter en écrivant que le « Canada avait une longue histoire de collaboration avec les États-Unis » et qu’il « fallait continuer ce travail ». De son côté, le ministre québécois de l’Environnement, David Heurtel, a soutenu plus tôt cette semaine qu’« il fallait maintenir le rythme au niveau des investissements » dans le bassin, sans toutefois porter le blâme sur le président américain.

Des décennies de collaboration

Le bassin des Grands Lacs a durement été éprouvé par l’essor de l’industrialisation au cours de deux derniers siècles, si bien qu’au début des années 2000, on recensait plus de 30 000 produits chimiques dans les Grands Lacs, dont des métaux lourds comme du mercure.

Une réserve importante d'eau douce

Les Grands Lacs comprennent cinq étendues d’eau – Supérieur, Michigan, Huron, Érié et Ontario – qui bordent la frontière canado-américaine. Il s’agit du plus grand système d’eau douce du monde, abritant près de 18 % des réserves mondiales. Selon le ministère canadien de l’Environnement, près du tiers des Canadiens habitent dans la région des Grands Lacs. Ces derniers comptent pour 40 % des activités économiques du pays.

Le Canada et les États-Unis ont choisi d'entreprendre de nombreuses actions concertées pour préserver la santé du bassin notamment en adoptant l’Accord relatif à la qualité de l'eau dans les Grands Lacs, signé en 1972 et renouvelé en 2012. Cet accord vise au « maintien de l’intégrité chimique, physique et biologique de l’écosystème des Grands Lacs ».

Puis, le GLRI est né d’une initiative de l’ancien président américain, Barack Obama, dans le but de protéger ces sources qui approvisionnent près de 30 millions d’Américains et 10 millions de Canadiens en eau potable.

Le GLRI s’appuie sur la collaboration des États, des nations amérindiennes, des municipalités, d'universités américaines ainsi que diverses organisations de protection de l’environnement.

Au moment de sa mise en place en 2010, il s’agissait du plus important investissement visant les Grands Lacs depuis plus de 20 ans. Le GLRI a toujours bénéficié d’un appui bipartisan au sein du Congrès américain.

En sept ans, le GLRI a mis en chantier quelque 3400 projets de préservation grâce à un budget plus de 1,7 milliard de dollars.

Une quinzaine d’agences américaines avaient identifié cinq priorités relativement à la conservation des Grands Lacs :

  • nettoyer les substances toxiques;
  • lutter contre les espèces envahissantes;
  • protéger le littoral;
  • restaurer les zones humides et les autres habitats;
  • assurer un suivi des progrès avec les partenaires.

Le GRLI a permis, entre autres, l'élaboration d'un registre répertoriant les 180 espèces qui menacent les Grands Lacs, la collecte d'échantillons et des recherches sur la santé des poissons.

Les Canadiens et les Américains tentent aussi de prévenir la prolifération d'espèces envahissantes comme la carpe asiatique, un poisson qui bouleverse les écosystèmes dans lesquels il s’installe.

De plus, des études ont permis de constater une prolifération de cyanobactéries dans le bassin des Grands Lacs. La présence de ces organismes, qui contribuent à l’oxygénation de l’atmosphère, n’est pas anormale, explique Mme Dorner. Mais en grande quantité, ils produisent des toxines qui peuvent entraîner des irritations cutanées, des troubles digestifs et des problèmes du fonctionnement du système nerveux chez l’homme.

Les cyanobactéries peuvent aussi perturber le traitement de l’eau potable, la rendant impropre à la consommation et avoir d’importantes répercussions sur la production de l’industrie agroalimentaire.

Des efforts vitaux

Les cyanobactéries se manifestent sous la forme d'algues bleues qui donnent une couleur verdâtre aux eaux contaminées.Les cyanobactéries se manifestent sous la forme d'algues bleues qui donnent une couleur verdâtre aux eaux contaminées. Photo : Radio-Canada/Michel Corriveau

Sarah Dorner estime qu’il faut donc agir en amont parce que les problèmes risquent d’augmenter au cours des prochaines années.

La situation ne va pas s’améliorer, les changements climatiques vont en fait aggraver les problèmes.

Sarah Dorner

Parmi les problèmes potentiels liés aux changements climatiques, elle cite l’augmentation de la température de l’eau, qui peut se traduire par une prolifération des cyanobactéries, qui affectionnent particulièrement les milieux chauds et humides.

Elle évoque aussi les gaz à effet de serre, qui accentuent la présence de vapeur d’eau dans l’atmosphère, augmentant ainsi les manifestations d’événements extrêmes comme les pluies torrentielles. Ces dernières contribueraient à transporter les contaminants – par exemple des eaux usées contenant des insecticides – vers les milieux récepteurs, précise la professeure.

Mme Dorner rappelle aussi l’importance des Grands Lacs pour la biodiversité.« Souvent, on met tous les problèmes du point de vue de la santé humaine, mais il ne faut pas négliger les effets sur la faune et la flore. C’est un enjeu d’environnement important. »

Environnement