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Washington n'écarte pas l'option militaire pour contrer la menace nord-coréenne

Rex Tillerson s'est rendu dans la zone démilitarisée qui sépare les deux Corées,où il s'est fait photographier en compagnie de militaires américains et sud-coréens. Derrière le groupe, on peut voir des soldats nord-coréens, dont l'un qui prend aussi une photo.

Rex Tillerson s'est rendu dans la zone démilitarisée qui sépare les deux Corées,où il s'est fait photographier en compagnie de militaires américains et sud-coréens. Derrière le groupe, on peut voir des soldats nord-coréens, dont l'un qui prend aussi une photo.

Photo : Getty Images / LEE JIN-MAN

Radio-Canada

La politique de « patience stratégique » adoptée par l'administration Obama à l'endroit de la Corée du Nord a fait long feu, a annoncé vendredi le secrétaire d'État américain Rex Tillerson, lors d'un voyage en Corée du Sud. L'option militaire, a-t-il dit, n'est pas écartée par l'administration Trump.

Face à l’agitation militaire perpétuelle du dernier régime stalinien de la planète, l’ex-président américain avait cessé de participer à des discussions multilatérales tant et aussi longtemps que Pyongyang ne s’engageait pas à renoncer à développer l’arme nucléaire. Des discussions à six pays (États-Unis, Russie, Japon, Chine et les deux Corées) sont ainsi au point mort depuis 2009.

S’exprimant à Séoul quelques jours à peine après que Pyongyang eut procédé à de nouveaux tirs de missiles balistiques, présentés comme un exercice visant les bases américaines au Japon, le nouveau chef de la diplomatie américaine a clairement fait savoir que l’administration Trump utilisera une autre approche.

Je vais être clair : la politique de patience stratégique est terminée. Nous explorons une nouvelle gamme de mesures diplomatiques. Toutes les options sont sur la table.

Rex Tillerson

« Certainement, nous ne voulons pas que les choses en viennent au conflit militaire », a-t-il ajouté. « Mais si la Corée du Nord pose des gestes qui menacent la Corée du Sud ou nos propres forces, nous allons répondre par des mesures appropriées. S’ils élèvent le niveau de menace de leur programme d’armements à un niveau qui nécessite à nos yeux une action, alors cette option sera sur la table. »

M. Tillerson a néanmoins fermé la porte à toute reprise des discussions avec la Corée du Nord tant qu’elle n’aura pas renoncé à l’arme nucléaire et à d’autres armes de destruction massive. Il a dit croire que d’autres mesures, y compris des sanctions, pourraient convaincre le régime de Kim Jong-un de modifier son approche en la matière.

Des sanctions sans effet

Pyongyang est visé depuis de nombreuses années par diverses sanctions, dont certaines imposées par l’ONU, mais sans que cela ait eu beaucoup d’effet.

En 2016, le régime a procédé à deux essais nucléaires et à 24 tests de missiles balistiques, semant l’inquiétude en Corée du Sud, mais aussi au Japon, les deux grands alliés traditionnels de Washington dans la région.

La guerre entre les deux Corées est suspendue depuis 1953 au terme d’un conflit qui a duré trois ans. La guerre s’est terminée par un armistice, mais aucun traité de paix n’a été conclu, de sorte que les deux pays demeurent théoriquement en guerre.

Cette situation explique pourquoi les États-Unis maintiennent toujours environ 28 000 soldats en Corée du Sud. Washington en a aussi 54 000 autres au Japon.

Prochaine étape : Pékin

Le dossier nord-coréen alimentera les discussions que M. Tillerson aura à Pékin, dernier arrêt de sa tournée asiatique entreprise mercredi au Japon.

Le chef de la diplomatie américaine doit notamment s’y entretenir samedi avec le président Xi Jinping, le meilleur allié de Kim Jong-un dans la région. M. Tillerson devrait inviter la Chine à durcir le ton avec la Corée du Nord.

Je ne pense pas que nous soyons jamais parvenus entièrement au niveau maximal d'action possible dans le cadre des résolutions du conseil de sécurité de l'ONU, avec la participation totale de tous les pays. Nous savons que d'autres pays peuvent prendre des mesures.

Rex Tillerson

Dans un tweet publié vendredi matin, le président américain Donald Trump a directement accusé la Chine de ne pas en faire assez dans ce dossier. « La Corée du Nord se comporte très mal. Ils "jouent" avec les États-Unis depuis des années. La Chine a peu fait pour aider! », a-t-il écrit.

Pékin s’inquiète également de l’agitation militaire nord-coréenne, mais estime que les États-Unis jouent un rôle dans cette escalade.

Elle en veut pour preuve les exercices militaires conjoints que tiennent régulièrement Séoul et Washington dans la région, et le déploiement annoncé d’un bouclier antimissile en Corée du Sud.

Un petit groupe de militants sud-coréens a profité de la visite du secrétaire Tillerson pour manifester devant le complexe gouvernemental sud-coréen afin de souligner leur opposition au projet de bouclier antimissile THAAD.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Un petit groupe de militants sud-coréens a profité de la visite du secrétaire Tillerson pour manifester devant le complexe gouvernemental sud-coréen afin de souligner leur opposition au projet de bouclier antimissile THAAD.

Photo : Getty Images / JUNG YEON-JE

Washington et Séoul assurent que ce bouclier, baptisé THAAD (Terminal High Altitude Area Defense), a des visées purement défensives, mais Pékin considère qu’il menace sa sécurité. Depuis quelques semaines, la Chine a d’ailleurs adopté des mesures de représailles économiques à l’encontre de Séoul.

Ces mesures, qui prennent notamment la forme d’appels au boycottage de produits sud-coréens dans les médias officiels, sont « inappropriées et troublantes », a commenté M. Tillerson à ce sujet.

Un bouclier qui menace l'équilibre régional, selon Pékin

« En tant que voisin proche de la péninsule [coréenne], la Chine a encore plus de raisons que tout autre pays d’être préoccupé par la situation », a commenté vendredi une porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Hua Chunying. La THAAD va « déséquilibrer l’équilibre stratégique régional », a-t-elle poursuivi, puisque son radar, d'un rayon d'action de 2000 kilomètres, couvrira une partie du territoire chinois.

Nous ne nous opposons pas à ce que la Corée du Sud prenne des mesures pour protéger sa sécurité. Mais ces mesures ne peuvent pas nuire aux intérêts en matière de sécurité de son voisin amical.

Hua Chunying

Dans une entrevue accordée vendredi à l'agence japonaise Jiji, le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Igor Morgoulov, a appelé les États-Unis et la Corée du Nord à sortir du « cercle vicieux » de l'escalade militaire.

« Il faut briser le cercle vicieux de la tension quand, en réponse à un essai de missile nucléaire nord-coréen, les États-Unis et leurs alliés font des démarches pour intensifier leurs activités militaires qui, à leur tour, poussent Pyongyang à de nouvelles actions », a-t-il dit.

Des Chinois de la province de Jilin ont appelé au boycottage de produits sud-coréens le 5 mars dernier. Les grands magasins du conglomérat sud-coréen Lotte sont particulièrement visés.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Des Chinois de la province de Jilin ont appelé au boycottage de produits sud-coréens le 5 mars dernier. Les grands magasins du conglomérat sud-coréen Lotte sont particulièrement visés.

Photo : Getty Images / Pigiste

À l’heure actuelle, le sort du THAAD est suspendu à l’évolution de la situation politique en Corée du Sud, où Park Geun-hye a été officiellement destituée de ses fonctions la semaine dernière.

Le favori dans les sondages en vue de la présidentielle qui aura lieu le 9 mai, Moon Jae-in, soutient que le plan de déploiement du bouclier antimissile a été précipité par le gouvernement, sans que cela fasse l’objet d’un consensus dans l’opinion publique.

Des lance-missiles américains et d'autres pièces d'équipement nécessaires à l'établissement du THAAD sont tout de même arrivés en Corée du Sud la semaine dernière.

Avec les informations de Agence France-Presse, Associated Press, et Reuters

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