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La difficile diplomatie du remorquage sur l'autoroute 13

Des camionneurs montrés du doigt
Radio-Canada

Pourquoi était-il impossible de déplacer les camions coincés dans la neige sur l'autoroute 13 sud, de mardi soir à mercredi matin, derrière lesquels sont restés coincés quelque 300 automobilistes?

Les opérations de remorquage ont été retardées par deux facteurs : le manque de collaboration de certains camionneurs coincés sur les lieux de l'accident et l'absence de véhicules de déneigement pour ouvrir la voie aux remorqueurs.

Selon ce qu'a appris Radio-Canada, la compagnie Burstall, qui a l'exclusivité du remorquage sur cette section de l'autoroute 13 sud, avait des remorqueuses disponibles sur place dès 20 h, mardi soir.

Pour aller sortir les automobiles et les camions, les remorqueurs avaient notamment besoin d'une déneigeuse qui puisse leur ouvrir la voie.

Toujours selon nos informations, la compagnie de remorquage a demandé à plusieurs reprises à la Sûreté du Québec de faire venir une déneigeuse, sans succès.

En plus de la neige, les remorqueurs ont dû affronter un autre problème : le manque de collaboration de certains camionneurs.

Les commentaires d'Éric Gignac, président du groupe Guilbault, dont un camion s'est retrouvé coincé dans l'embouteillage.

Des chauffeurs refusaient de laisser remorquer leur camion pour des raisons financières. Les policiers de la SQ étant particulièrement occupés, les remorqueurs avaient bien du mal à convaincre ces camionneurs de le faire sans présence policière.

« Habituellement, on a une bonne communication avec le client », explique le président de Remorquage Burstall, Mike Burstall.

« Mais, certains transporteurs, parfois, ne veulent pas se faire remorquer. C’est un problème qui n’arrive pas tout le temps, mais qui arrive souvent. [Dans ce temps-là], on appelle la SQ qui descend pour nous donner l’ordre de déplacer le véhicule. »

Je n’ai pas le droit de déplacer un véhicule si le client ne veut pas.

Mike Burstall

Des camionneurs impossibles à convaincre

« Malheureusement, ce soir-là, la Sûreté [du Québec] ne pouvait pas bouger. Donc, mon chauffeur est pris avec une situation et il tente de convaincre le transporteur. On a tout essayé, souligne-t-il. Je dois prendre les informations du client pour m’assurer d’être payé. Il ne veut pas me donner ça, il ne veut pas qu’on touche au véhicule. Je ne peux rien faire ».

L’agent de la SQ a même tenté de communiquer avec le camionneur par téléphone, mais il n’a pas voulu prendre l’appel pour éviter de devoir obéir au policier.

Le remorqueur a laissé le camionneur sur le bord de la chaussée, mais un autre camionneur est passé à côté et il a subi le même sort, il s'est embourbé au milieu de la travée. « Il a fait la même chose. Il ne voulait pas être remorqué », ajoute M. Burstall. « Il a dit, on attend la charrue qui s’en vient. »

« Je ne pense pas qu’il était conscient du dommage qu’il créait, ajoute M. Burstall en parlant du camionneur, parce qu’il pensait réellement juste à lui. »

« Durant toute la soirée, quand on essayait d’ouvrir toutes les bretelles, on avait le même problème avec beaucoup de camionneurs », poursuit-il.

Ils disaient : "c’est pas mon problème, je n’ai pas d’affaire à payer pour ça. Il y a quelqu’un qui doit nettoyer ça parce que mon véhicule fonctionne. Je n’ai pas besoin d’un remorquage."

Mike Burstall

Même s’il ne partage pas leur réaction, M. Burstall comprend et appuie leur point de vue « à 100 % ».

« La Sûreté est finalement arrivée, je ne sais pas à quelle heure exactement, vers 1 h ou 1 h 30 du matin et il a donné l’ordre de bouger leur camion », a-t-il conclut.

Dans un cas, la compagnie de remorquage a dû avoir cinq discussions différentes avec un chauffeur pour le convaincre de laisser remorquer son camion.

Le président et directeur général de l’Association des professionnels du dépannage du Québec, Régent Breton, a déploré la piètre qualité du déneigement sur l'A-13.

« Si la route avait été bien dégagée au départ, si tous les partenaires avaient été prêts » la situation aurait été différente, selon M. Breton, qui se désole du manque de préparation du ministère des Transports du Québec (MTQ).

« Oui, il y avait de la neige, mais c’est surtout que c’était glissant », déplore M. Breton en précisant que des abrasifs auraient dû être appliqués avant le début de la tempête de neige.

Une enquête ouverte à la SQ

La SQ a indiqué jeudi qu'elle entendait déterminer si ces camionneurs avaient entravé le travail des policiers. « Est-ce qu'on parle d'une infraction qui pourrait être de nature pénale ou de nature criminelle? Cet aspect-là fait actuellement l'objet d'une enquête », a expliqué Guy Lapointe, porte-parole de la police provinciale.

Dans un communiqué, le syndicat des Teamsters a accusé le gouvernement et la SQ de chercher des coupables. Le syndicat reproche à la police de ne pas avoir pris « les nombreux moyens légaux à sa disposition pour forcer le déplacement des camions ». Il montre aussi le ministère des Transports du doigt pour ne pas avoir eu les ressources suffisantes pour déneiger la route.

« Il nous apparaît douteux que des camionneurs aient préféré rester pris sur l'A-13 pendant de longues heures plutôt que de déplacer leur camion, puisque les routiers sont habituellement payés pour les kilomètres parcourus. Ainsi, le temps qu'ils perdent dans les bouchons de circulation représente un manque à gagner qu'ils ne peuvent se permettre d'absorber », estiment les Teamsters.

Grand Montréal

Justice et faits divers