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Comment une fausse nouvelle peut sembler vraie

SXSW et son volet interactif présentent des conférences sur l'innovation et l'avenir des technologies.
SXSW et son volet interactif présentent des conférences sur l'innovation et l'avenir des technologies. Photo: Radio-Canada
Catherine Mathys

Dans le volet des médias interactifs de SXSW cette année, il a beaucoup été question de fausses nouvelles, de postvérité et d'avenir de l'information en ligne. Et si la source du problème était psychologique?

L’une des conférences qui abordaient le sujet s’intitulait « A Post-Truth World? Nope – We Can Fight Fake News » (Un monde de postvérité? Non – Nous pouvons combattre les fausses nouvelles). Étonnamment, ce titre laisse présager davantage d’espoir que le contenu même de la conférence.

Parmi ce qui a été soulevé par les panélistes, les propos de Lisa Fazio, professeure de psychologie à l’Université Vanderbilt, ont retenu mon attention et jettent un nouvel éclairage sur cette fameuse question des fausses nouvelles.

Quand Mark Zuckerberg, dirigeant de Facebook, a d’abord été interpellé pour le rôle de Facebook dans la diffusion de fausses nouvelles pendant la campagne présidentielle des États-Unis, son premier réflexe a été de discréditer cette hypothèse. Selon lui, les fausses nouvelles ne seraient qu’une fraction du contenu auquel les utilisateurs de sa plateforme sont exposés et elles n’auraient pas pu influencer l’opinion véritable des gens.

La science dit le contraire. Lisa Fazio indique que l’exposition aux fausses nouvelles peut avoir une influence sur les opinions et les croyances d’un individu. Le résultat des élections américaines aurait sans doute été le même sans la diffusion de ces fausses nouvelles, mais selon elle, ce qui a circulé a fort probablement teinté les opinions des gens au sujet des candidats.

Elle cite des recherches, dont les siennes, qui montrent que l’exposition répétée aux fausses nouvelles peut en effet modifier la perception de ce qui est considéré comme vrai. Le phénomène s’appelle l’effet de vérité illusoire. Et personne ne serait à l’abri. Même si vous savez pertinemment que le pape François n’a jamais donné son appui au candidat Trump, vous êtes susceptibles d’y croire si vous voyez passer l’information plusieurs fois.

Une exposition répétée mène à la croyance

Une fausse nouvelle abondamment relayée renforce l’impression de vérité. Mme Fazio a cité une récente étude qu’elle a menée et qui a donné des résultats inquiétants. En effet, la répétition a un tel pouvoir d’impression dans notre cerveau qu’elle peut même susciter une croyance qui contredit nos convictions antérieures.

Voici un des exemples qu’elle a donnés à la conférence. On appelle « kilt » la jupe portée par les hommes écossais. Mais plus on disait aux participants de l’étude que le sari était le nom de la jupe, plus ils étaient susceptibles de le croire. Même quand ils savaient que ce n’était pas le cas, ils étaient plus portés à croire cette fausse affirmation après deux lectures qu’après une seule exposition. Sur une échelle de vérité de 6 points, les fausses informations ont augmenté d’un demi-point après la répétition. Soyons clairs, les participants les percevaient encore fausses, mais ils étaient moins sûrs qu’à la première lecture.

Ainsi, même ce que vous pensez tenir comme vérité s’affaiblit devant la répétition d’un mensonge. La répétition influence la perception de vérité.

Et le rôle de la vérification des faits dans tout ça?

Dieu merci, les journalistes sont là pour rétablir les faits, vous direz-vous. Oui, mais pas si vite. Mme Fazio nous prévient que ça ne règle pas grand-chose. Au contraire.
Quand les préjugés sont tenaces, la vérification des faits n’a aucun effet sur eux. Une information corrigée ne change pas l’opinion qu’on a d’une nouvelle, même quand on sait que la première version est fausse.

Une étude de 2005 autour de la seconde guerre d’Irak juxtaposait des affirmations vraies, d’autres présentées comme la vérité mais corrigées par la suite et d’autres carrément fausses. L’étude concluait que les participants américains qui jugeaient déjà que la guerre était justifiée étaient moins disposés à changer d’avis même si de nouvelles informations venaient contredire leurs croyances.

Ainsi, cette fameuse fausse nouvelle du pape qui endosse la candidature de Trump, bien sûr que vous allez la discréditer rapidement si vous êtes méfiants à son égard. Mais si vous êtes un ardent supporteur de ce dernier, votre opinion positive du candidat n’en sera que renforcée même si vous savez que la nouvelle est fausse.

Comme vous pouvez le constater, le problème des fausses nouvelles n’est pas simple. Bien sûr, il ne faut ménager aucun effort pour démentir les fausses nouvelles, mais une simple étiquette pour signifier que l’information a été vérifiée et qu’elle est contestée par un groupe de presse ne suffira pas. C’est pourtant la solution qu’a mise Facebook de l’avant.

La vraie solution serait de limiter la diffusion des fausses nouvelles dès le départ. Une fois qu’une fausse nouvelle est publiée, c’est très difficile de limiter les dégâts. Et si la clé, c’était nous? Et si on faisait un peu plus de vérifications avant de partager plutôt que de se fier aux outils des médias ou des plateformes comme Facebook?

Techno