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VIH/sida : la partie de cache-cache terminée?

Photo : iStock

Radio-Canada

Un marqueur qui permet de différencier les cellules « dormantes » infectées par le VIH des cellules saines a été identifié par des chercheurs français de l'Université de Montpellier. Cette percée offre une nouvelle piste pour éliminer le virus de l'organisme des personnes séropositives. Explications.

Un texte d'Alain Labelle

En fait, cette découverte ouvre la voie à la création de nouvelles stratégies thérapeutiques qui permettront d'isoler et d'analyser ces cellules réservoirs qui, en hébergeant silencieusement le virus, sont responsables de sa persistance même chez les patients sous traitements antirétroviraux, et dont la charge virale est pourtant indétectable.

Le saviez-vous? Une petite proportion de cellules du système immunitaire, des globules blancs lymphocytes T CD4, abritent le virus « dormant » et lui permettent de ressurgir et de proliférer après l'arrêt du traitement. Ce sont ces cellules que les chercheurs ont étudiées. L'infection par le VIH entraîne une réduction progressive du nombre des cellules T CD4 dans le sang, en l'absence de traitement. Leur nombre est utilisé par les médecins pour vérifier l'efficacité des traitements.

Actuellement, il n'existe pas de traitement pour guérir les personnes séropositives qui sont contraintes de prendre des médicaments à vie pour contrôler l'infection.

Le talon d’Achille du virus

Depuis 1996, les scientifiques s’entendent pour affirmer que la guérison du VIH passe par le ciblage des « cellules réservoirs » qui abritent le virus dans les organismes des personnes sous trithérapie.

C’est que le VIH, en latence, se cache dans ces réservoirs. Il peut s’y cacher pendant plusieurs dizaines d'années, échappant à la réponse immunitaire et aux traitements antirétroviraux, sans qu'aucune protéine virale ne soit exprimée.

En cas d'arrêt du traitement, cependant, le virus recommence à se multiplier et la maladie progresse de nouveau. C’est pour cette raison que les personnes séropositives sont contraintes à un traitement à vie.

Vider le réservoir

Pour envisager d'éliminer le virus dormant, une première étape est de bien distinguer les cellules réservoirs qui sont infectées par le VIH de celles qui sont saines. Ce qui n’est pas une mince tâche puisqu’elles sont très ressemblantes. C’est ce que viennent de réussir Benjamin Descours et ses collègues, qui ont identifié un marqueur des cellules réservoirs : une protéine présente uniquement à la surface des cellules infectées.

L’équipe est partie de l'hypothèse selon laquelle le VIH laisse une empreinte à la surface de sa cellule hôte. Elle a tout d'abord travaillé in vitro sur un modèle d'infection développé dans son laboratoire. Une comparaison entre cellules infectées et cellules saines les a conduits à remarquer une protéine particulière, codée par un gène parmi la centaine de gènes exprimés de manière spécifique par les cellules infectées.

Un espoir nommé CD32a

Présente uniquement à la surface des cellules infectées, la protéine CD32a remplissait dès lors in vitro les critères d'un marqueur de cellules réservoirs. Les expérimentations sur échantillons cliniques l'ont confirmé. En étudiant des prélèvements de sang de 12 patients vivant avec le VIH et sous traitement, les chercheurs ont isolé les cellules exprimant le marqueur et ont constaté qu'elles étaient quasiment toutes porteuses du VIH. In vitro, l'activation de ces cellules a induit une production de virus capable de réinfecter des cellules saines tandis que leur élimination a provoqué un retard important de la production virale.

Cette découverte devrait déboucher sur des stratégies thérapeutiques visant à éliminer de l'organisme le virus latent.

CNRS

Selon le chercheur américain Douglas Richman de l'Université de Californie à San Diego, qui n’a pas participé à ces travaux, l’identification d’un tel marqueur n’a pas été facile.

Il faut maintenant déterminer, selon lui, si la protéine CD32a joue un rôle actif pour permettre au virus de s'installer dans les cellules CD4. Si oui, cela pourrait déboucher sur la mise au point de médicaments pour empêcher le virus de se maintenir dans l’organisme.

Toutefois, ce marqueur n'a été trouvé que dans la moitié environ des cellules réservoirs T CD4.

Il reste aussi à déterminer si cette protéine est un bon marqueur pour les lymphocytes T CD4 qui se trouvent ailleurs que dans le sang, dans les ganglions lymphatiques, la moelle osseuse, l'intestin et d'autres tissus qui pourraient contenir également des réservoirs.

Bref, c’est une percée encourageante, mais il reste du travail à accomplir.

Le détail de cette étude fait l’objet d’un article publié dans la revue Nature (Nouvelle fenêtre).

Science