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Quand Marc Hamilton jouait les caïds avec de futurs membres d'Abbittibbi...

Le groupe Les Caïds

Le groupe Les Caïds

Photo : Archives Rémi Perron

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2017 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Avant le succès monstre de Comme j'ai toujours envie d'aimer, Marc Hamilton a joué dans plusieurs groupes yéyé que l'histoire a malheureusement oubliés... ou presque! À l'occasion de son spectacle au Théâtre du Cuivre de Rouyn-Noranda, le chanteur se souvient de ses aventures avec un groupe de la région dont les membres allaient ensuite faire partie d'Abbittibbi.

Un article de Félix B. DesfossésTwitterCourriel 

Maniwaki, 1967

La scène se déroule dans le bar enfumé d’un hôtel de Maniwaki, en Outaouais, au petit matin, en 1967. L’endroit est fermé depuis déjà un certain temps. Le parrain de la mafia italienne québécoise, dont nous tairons le nom, prend place au centre de la salle avec son entourage.

Pour eux, la soirée n’est pas finie, bien que les premières lueurs du lendemain commencent à poindre. Le silence est lourd. On veut de la musique.

Un membre de l’entourage est envoyé au deuxième étage. On l’a chargé de ramener sur scène les musiciens qui ont assuré l’ambiance plus tôt durant la soirée.

- Le boss vous demande de revenir jouer.
- Mais la soirée est finie?
- Le boss vous demande de revenir jouer. Qu’est-ce que vous buvez?

Marc Hamilton répond qu’il boit de la « liqueur douce ». On lui en amène une caisse sur scène. Daniel Nault, lui, répond qu’il boit de la « liqueur forte ». On lui dépose une bouteille complète sur scène.

Avaient-ils vraiment le choix? Les musiciens enfilent de nouveau leurs habits de scène. Il s’agit de costumes inspirés de ceux de membres de la pègre, époque Al Capone. Chapeaux Stetson, vestons à épaulettes, bretelles, pantalons amples et souliers cirés. Sur leurs photos promotionnelles, Les Caïds ajoutent même à leur attirail quelques accessoires, dont une mitraillette, cigares et cigarettes.

« Ça a cliqué entre nous autres tout de suite! On a monté ce groupe-là dans lequel on était comme des gars de la pègre… on jouait les caïds, quoi!, se souvient Marc Hamilton. On a joué beaucoup à l’époque, beaucoup de musique de danse. »

1967, c’était la dernière ligne droite des « gimmicks » et des groupes costumés. Le groupe Les Judans, de Rouyn-Noranda, s’était rebaptisé Les Caïds au moment où le chanteur Marc Hamilton l'avait rejoint. Selon les souvenirs du bassiste, Rémi Perron, c’est Hamilton lui-même qui aurait eu l’idée d’adopter ce concept inspiré de la mafia.

 

Des Caïds à Abbittibbi

Le groupe Les CaïdsAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le groupe Les Caïds

Photo : Archives Rémi Perron

Son existence a été de courte durée. En 1969, l’aventure était déjà terminée. Hamilton allait devenir l'une des plus grandes vedettes de la francophonie avec son succès Comme j’ai toujours envie d’aimer, en 1970.

Daniel Nault, qui partageait le tour de chant et la guitare avec Marc Hamilton, allait partir en solo sous le nom de Mathieu.

Rémi « Le Pic » Perron et le batteur Guy Jetté allaient se joindre à Abbittibbi en 1976 aux côtés d’un certain Richard Desjardins.

Mais ce destin n’était pas encore joué.

Caïds et mafieux

À Maniwaki, Les Caïds doivent satisfaire les exigences du parrain de la mafia qui veut les entendre jouer.

Vêtus de leurs habits de faux mafieux, ils entament leur tour de chant devant les plus dangereux véritables gangsters italiens de la province. Quelle mise en abyme! C’en est presque burlesque.

Il semble que malgré leurs accoutrements, ils aient plu. Après le spectacle, les musiciens sont invités à s’asseoir à la table de la mafia. « Daniel Nault était avec un gars de la gang qui était très très connu, qui était comme le boss si on veut. Il parlait d’humilité avec lui en le tenant par le cou et l’autre lui payait à boire! Mon Daniel s’était mis chaud malade! », se remémore en riant Marc Hamilton.

Souvenirs doux et monstrueux à la fois

Dracula, alias Marc Hamilton, à l'époque des MonstresAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Dracula, alias Marc Hamilton, à l'époque des Monstres

Photo : Extrait du livre « La chanson qui m'a tué »

Pour lui, cette période avec un groupe de Rouynorandiens, précédant celle où il a connu un succès démesuré, en est une de bons souvenirs. Il parle des Caïds, tout comme de ses premiers groupes, Les Shadols et Les Monstres, avec une nostalgie évidente.

Fait inusité, Marc Hamilton a interprété Dracula dans le groupe costumé Les Monstres en 1965 et 1966! Ses musiciens, déguisés en Bossu de Notre-Dame, Frankenstein, la Momie ou le Fantôme de l’Opéra, l’amenaient sur scène dans un cercueil dont il sortait pour prendre le micro!

Les Monstres ont fait une tournée de l’Abitibi-Témiscamingue en 1966 en compagnie du groupe Batman. C’est peut-être à cette occasion que Marc Hamilton a fait la rencontre des musiciens de Rouyn-Noranda avec qui il formait Les Caïds l’année suivante.

Avec son groupe d’horreur rock à gogo, Hamilton a marqué les esprits, atteignant un statut. Un de leurs 45 tours, sur lequel se trouvait une reprise du succès Monster Mash, peut se vendre aujourd'hui à des sommes astronomiques dans le milieu des collectionneurs.

Le groupe Les Monstres avec Marc Hamilton, en haut à gauche, costumé en DraculaAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le groupe Les Monstres avec Marc Hamilton, en haut à gauche, costumé en Dracula

Photo : Extrait du livre « La chanson qui m'a tué »

De compétiteurs à complices

À cette époque, Les Monstres faisaient aussi des tournées avec Les Misérables – les Rolling Stones canadiens-français, disait-on alors. Leur chanteur et guitariste, Gerry Bribosia, est toujours un acolyte d’Hamilton. Il accompagne le chanteur sur scène. Rivaux à l’époque, ils sont aujourd’hui complices.

« Je suis parti en France après Les Caïds, mais on est tous restés chums. Un peu comme avec Gerry Bribosia, qui est mon chef d’orchestre et aussi mon grand compagnon. On s’est connus, on avait en bas de 20 ans! C’est comique! Deux petits-vieux de 70 ans qui roulent en voiture pour aller faire un spectacle à Rouyn-Noranda… c’est une vraie farce! Si on m’avait dit ça il y a 50 ans, je ne l’aurais pas cru. J’aurais dit : "Voyons donc toi, je vais être mort depuis longtemps!" Mais non, on est loin d’être morts. C’est vraiment spécial ce qui nous arrive. »

Marc Hamilton et son complice Gerry BribosiaAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Marc Hamilton et son complice Gerry Bribosia

Photo : Radio-Canada / Félix B. Desfossés

Marc Hamilton en concert au Théâtre du cuivre de Rouyn-Noranda ce mercredi 15 mars, 14h.

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