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Le Sibérien et la première traversée du lac Abitibi

Un groupe de travailleurs chinois construisant le chemin de fer Transcontinental

Un groupe de travailleurs chinois construisant le chemin de fer Transcontinental

Photo : Source inconnue

Radio-Canada

La 23e Traversée du lac Abitibi effectuée au cours des derniers jours était peut-être en fait la 24e. La toute première tentative enregistrée, réalisée en 1909 par un Sibérien et son groupe de travailleurs, n'a cependant pas été couronnée de succès. Ce périlleux périple ainsi que son issue dramatique sont racontés dans les livres relatant l'histoire de La Sarre.

Dans le cadre du 100e anniversaire de La Sarre, nous consacrerons plusieurs articles de la série Abitibi-Témiscamingue inusitée à l'histoire de l'Abitibi-Ouest.

Un texte de Félix B. DesfossésTwitterCourriel 

Une grande entreprise

En 1909, le chemin de fer Transcontinental est en pleine construction. C'est d’ailleurs 4 ans plus tard, en 1913, que le Canada sera unifié - à Senneterre (!) - par l’achèvement de cette primordiale voie de transport. Les travaux de construction du Transcontinental amènent un grand nombre de nouveaux venus dans la région abitibienne.

« C’est la compagnie Foley, Welsh & Stuart qui aurait engagé des immigrés d’Europe orientale. Ces immigrés-là, après avoir terminé les travaux de terrassement d’un viaduc, ont décidé de partir et de traverser de Matheson [en Ontario], sur le lac Abitibi, par un froid de -60 », raconte Christiane Pichette, agente patrimoniale à la Société d’histoire et du patrimoine de la région de La Sarre.

Les immigrés et les bûcherons

Un camp de bûcherons dans le secteur de La SarreAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Un camp de bûcherons dans le secteur de La Sarre

Photo : SHPRLS

Ils étaient une vingtaine d’hommes. Un groupe de travailleurs immigrants parlant à peine le français ou l’anglais. Inutile de dire que, par ce froid rageur, les aventuriers sont frigorifiés.

« Les marcheurs atteignirent un camp, mais on refusa de les y abriter; force leur fut de continuer leur route : il leur restait 27 milles à parcourir », peut-on lire dans le livre du 60e anniversaire de La Sarre.

C'était probablement un camp de bûcherons. Était-ce le nombre imposant de voyageurs demandant l’asile ou encore peut-être leurs airs peu familiers qui ont poussé ces bûcherons à leur refuser un peu de chaleur? L’histoire ne le dit pas.

Le groupe passe son chemin et continue sa route, malgré la morsure incisive du froid et des vents sur le lac Abitibi.

Un enterrement à La Sarre

Un train arrivant à La SarreAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Un train arrivant à La Sarre

Photo : SHPRLS

25 milles plus loin, l’un des immigrés est exténué et complètement gelé. Il ne peut plus continuer sa route. On devine qu'il souffre d'hypothermie. Un Sibérien rend l’âme. Il se trouvait à deux milles seulement de sa destination finale.

« Ses compagnons, ne voulant pas le laisser aux loups pour ne pas qu’ils le dévorent, ont décidé de l’enterrer. Ils l’ont enterré debout parce que ça prenait moins de place pour creuser parce que le terrain était gelé », relate Mme Pichette.

L’identité du mort s’est perdue dans la nuit des temps. L’endroit exact de sa sépulture n’est pas connu avec précision. Dans le livre du 60e de La Sarre, rédigé en 1977, on indique que le Sibérien reposerait quelque part sous les cours à bois de la compagnie J.H. Normick Inc. Une chose est certaine, c'est là où la ville de La Sarre allait être fondée quelques années à peine plus tard qu’on a enterré le Sibérien qui n’a pas survécu aux rigueurs de la région.

Cette aventure est également racontée dans le roman Harricana de Bernard Clavel.

Abitibi–Témiscamingue

Histoire