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François, le révolutionnaire? Quatre ans déjà!

Le pape François au Vatican

Le pape François au Vatican

Photo : Reuters / Max Rossi

Radio-Canada

« Habemus papam! » Je me souviens très bien de ce moment, il y a aujourd'hui quatre ans. « Nous avons un pape », clamait le cardinal Tauran du haut du balcon, place Saint-Pierre, en nous présentant... Jorge Mario Bergoglio. Non mais d'où il sort, celui-là?

Un texte d'Alain Crevier

Nous étions des milliers de journalistes à Rome. Nous avons tous été surpris. Le cardinal Bergoglio n’était pas sur nos listes de papables. Et pourtant, étrangement, nous n’avions pas tout à fait tort. Ou pas autant qu’il y paraît!

Bergoglio est sorti tout droit des périphéries. De ces lointaines régions souvent ignorées ou négligées par le gouvernement de l’Église catholique, au Vatican, cette autre planète qui ne semble pas toujours comprendre le monde dans lequel nous vivons.

« Ils sont venus me chercher au bout du monde », a dit le nouveau pape en se présentant au balcon. Et sur les épaules de ce vieil homme reposait tout à coup le devoir de faire entendre ces périphéries oubliées, ces catholiques de bonne foi qui voulaient rappeler à Rome que l’Église, c’est eux : pauvres, invisibles, sans voix.

On sait peu de choses de ce qui se passe dans un conclave. C’est la loi du silence. Mais on raconte qu’au moment où le cardinal Bergoglio a dépassé les deux tiers des votes nécessaires à son élection, le cardinal Hummes, qui était tout près, lui a glissé à l’oreille : « N’oublie pas les pauvres. » Dans l’instant qui a suivi, Bergoglio a choisi le nom de François. Comme dans saint François d’Assise, le pauvre.

Je raconte ça parce que je crois que c’est ce qui caractérise le mieux les quatre années qui viennent de s’écouler. Le Vatican a été l’épicentre d’un tremblement de terre et de ciel.

Bergoglio a été élu avec un mandat : réformer. Mais réformer quoi, au juste? La curie, le gouvernement égaré de l’Église? La banque du Vatican? Les finances?

Le pape François en compagnie de deux cardinaux.

Le pape François en compagnie de deux cardinaux.

Photo : Reuters / Alessandro Bianchi

Plusieurs cardinaux de ce conclave 2013 me l’ont dit : ils voulaient du changement. Mais jamais n’ont-ils imaginé que ce pape venu de loin allait en faire autant!

Avec un peu de recul, je crois que le plus important est justement ce que les cardinaux-électeurs n’avaient pas prévu. Pas l’administration des biens du Vatican. Ni même les vastes logements gratuits de certains cardinaux. Pas les milliers de comptes de la banque du Vatican qui ont été fermés. Pas les nouveaux ministères créés. N'en déplaise à certains (et ils sont nombreux), la révolution Bergo, c’est dans l’attitude, dans l’être et non l’avoir.

J’ai dit ça un jour au cardinal Barbarin. J’ai dit le mot « révolution ». Et il m’a sermonné : « Il n’y a pas de révolution, monsieur. Juste l’Évangile. » Je me rappelle lui avoir répondu du tac au tac : « Oui, mais cet Évangile, l’Église semble l’avoir oublié. » François aurait été d’accord avec moi.

Que ce soit « qui suis-je pour juger », ou encore l’image de cette Église comme un hôpital sur un champ de bataille, ou ce petit quelque chose de gauche de cette Église pour les pauvres qui agace certains richissimes Américains… la révolution Bergo se trouve dans un profond changement d’attitude. Moins tribunal. Plus accueillante. Quitte à froisser les traditions.

Mine de rien, dans cette institution vieille de 2000 ans, faite de protocoles, de diplomatie, de traditions intouchables… Bergo, c’est la révolution! Et ce n’est pas terminé.

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