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Le Québec et les Prairies : deux solitudes au chapitre de la religion

L'art de vivre dans une société multiconfessionnelle
Selon le sondage CROP/Radio-Canada, 59 % des répondants au Manitoba et en Saskatchewan accordent beaucoup d'importance aux croyances religieuses - la plus haute proportion au pays. Photo: iStock
Radio-Canada

À la demande de Radio-Canada, la maison de sondage CROP a pris le pouls des Canadiens sur leur ouverture face aux immigrants et aux réfugiés, ainsi que sur leurs perceptions des musulmans. Les résultats révèlent que, si le religieux dérange au Québec, c'est tout le contraire au Manitoba et en Saskatchewan.

Un texte de Christianne Hacault

Les résultats du sondage intitulé Les Canadiens, le populisme et la xénophobie révèlent un constat frappant : au Québec, le religieux dérange, surtout lorsqu'il est visible sur la place publique. « La minute que vous incluez le religieux dans la discussion, vous avez une intolérance marquée qui est perçue comme une menace », observe le président de la maison de sondage CROP, Alain Giguère.

 

Au Manitoba et en Saskatchewan, 59 % des répondants accordent beaucoup d'importance aux croyances religieuses - la plus haute proportion au pays. Les habitants des plaines sont aussi beaucoup plus ouverts au port de signes religieux et à la construction de lieux de culte dans leur voisinage que toute autre région du Canada.

« Est-ce que c'est le Québec qui se distingue? Ou est-ce que c'est l'Ouest? se demande Paul Brochu, professeur en sociologie à l'Université de Saint-Boniface à Winnipeg. Évidemment, ce n'est pas la même chose. On n'a pas les mêmes configurations en termes de groupes sociaux. »

Le sondage CROP révèle qu'il existe aussi une méfiance envers les musulmans chez les Québécois, qui se manifeste notamment par des réticences lorsqu’il est question de la construction d’une mosquée et par une opinion négative à propos du port du voile.

Sur ces questions, les Prairies et le Québec sont encore à des pôles opposés : tandis que les deux tiers des Manitobains et Saskatchewanais croient que le port du voile intégral devrait être autorisé dans les lieux publics, une majorité des répondants québécois souhaiteraient que ce symbole soit interdit.

 

Selon Paul Brochu, le mouvement de sécularisation - c'est-à-dire la séparation de la politique et de la religion - survenu au Québec lors de la Révolution tranquille est lié au rejet généralisé de la religion dans cette province.

« Je pense qu'au niveau de la perception, les Québécois sont très sensibles au fait que, dans certains coins de la planète, la religion musulmane est aussi un instrument politique, remarque M. Brochu. Le nationalisme québécois est très sensible à cette dimension politique que certaines religions pourraient contenir. »

Une menace au nationalisme québécois?

Pour Alain Giguère, cette perception de menace, qui peut mener à l'intolérance, s’enracine dans une société de plus en plus complexe. « Une partie de la population - de souche - a de la difficulté à vivre avec cette population de plus en plus diversifiée et il y a un potentiel d'intolérance qui s’exprime », explique-t-il.

Une opinion que partage Paul Brochu, qui rappelle que, depuis la fin des années 1950, les Québécois francophones se définissent selon une identité « très nationaliste », tandis que le Manitoba et la Saskatchewan ont un passé d'immigration très varié.

La défense de l'identité québécoise est encore très sensible aujourd'hui, alors qu'ici, c'est beaucoup plus fractionné en termes de groupes et c'est beaucoup plus communautaire. La dimension politique est moins présente.

Paul Brochu, sociologue à l'Université de Saint-Boniface

« Le fait qu'il n'y a pas une majorité, tels les francophones au Québec, ça fait une grosse différence  », conclut-il.

Méthodologie

Sondage web par panel auprès de Canadiens âgés de 18 ans et plus.

Le sondage intitulé Les Canadiens, le populisme et la xénophobie a été réalisé en deux parties : un premier volet ayant eu lieu du 27 au 30 janvier, soit dans les jours précédant l’attentat survenu à la grande mosquée de Québec, avec un total de 682 entrevues effectuées. [Aucune réponse n’a été obtenue le 30 janvier, lendemain de l’attentat]. Compte tenu de la forte couverture médiatique accordée à cet événement, il a été convenu d’interrompre la collecte des données pendant deux semaines avant de reprendre le deuxième volet, qui s’est déroulé du 14 au 20 février, pour un total de 1831 entrevues effectuées.

Échantillon final de 2513 personnes : 191 dans les Prairies (Manitoba/Saskatchewan), 1024 au Québec et 1298 ailleurs au Canada.

L’échantillon final devait respecter certains quotas (âge, sexe, région) pour en assurer une bonne répartition.

La validité des répondants a été vérifiée en éliminant les répondants trop rapides ou incohérents

L’échantillon final a été pondéré pour le rendre représentatif de la population canadienne selon l’âge, du sexe, la région, la scolarité et la langue maternelle (au Québec seulement pour ce dernier critère) en utilisant les données de Statistique Canada (recensement de 2011).

Vous pouvez consulter l'ensemble du sondage ici

Manitoba

Société