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L'ouverture, mais encadrée, dit Couillard en réponse au malaise face à l'immigration

Le reportage de Sébastien Bovet.
Radio-Canada

Commentant les résultats du sondage CROP-Radio-Canada qui illustrent les inquiétudes d'une partie des Québécois et des Canadiens face aux immigrants, le premier ministre du Québec dit comprendre leurs sentiments, tout en soutenant que la réponse n'est pas de tendre vers la fermeture, mais plutôt d'adopter une « ouverture encadrée ».

« Je comprends cela. On est une société qui, pendant longtemps, a été longtemps très homogène et, clairement, il y a une grande transformation qui s’annonce au cours des prochaines années », a affirmé Philippe Couillard.

Il souligne que ces changements, déjà en cours dans les villes, sont appelés à gagner les régions du Québec.

Les données du sondage CROP indiquent que près de 40 % des Québécois estiment qu’« il y a trop d'immigration et [que] cela menace la pureté du pays », un pourcentage similaire à celui qui est relevé dans le reste du pays.

Selon lui, la meilleure réponse aux préoccupations des Québécois est d'avoir un « dispositif d’encadrement, de sélection des immigrants, d’accompagnement, et de faire en sorte que les gens s’intègrent dans la société tout en respectant les règlements ».

Philippe Couillard a dit estimer qu'en « général » le peuple québécois demeurait ouvert et accueillant.

Il faut comprendre que nous sommes dans une période de changements profonds dans nos sociétés.

Philippe Couillard

Préparer la communauté d’accueil

Mariama Zhouri, présidente du Congrès maghrébin au Québec, croit que les résultats du sondage CROP démontrent la nécessité de mieux préparer les Québécois à l’accueil des immigrants.

Ça nous dit qu’il y a encore du travail à faire. Il ne faut pas se décourager et aussi prendre l’exercice et les résultats tels qu’ils sont.

Mariama Zhouri, présidente du Congrès maghrébin au Québec

« Il faut faire un peu de sensibilisation [auprès des Québécois] », comme il se fait auprès des immigrants, a-t-elle dit en entrevue à RDI. « On oublie souvent que la société d’accueil doit elle aussi être prête à accueillir des gens. »

Mariama Zhouri estime par ailleurs qu’il aurait fallu être plus prudent dans la façon de formuler les questions du sondage, particulièrement depuis l’attentat à ;la mosquée de Québec. Elle déplore par exemple le choix de mots employés dans certaines questions, comme « pureté ».

Elle rappelle en outre que l’immigration musulmane dans la province remonte à une centaine d’années et qu’il faut analyser le sondage dans son contexte historique.

« Le fondement du Québec et du Canada repose sur l’immigration […] On veut valoriser la contribution à la société des gens qui viennent d’ailleurs », dit-elle.

Couillard garde le cap sur les signes religieux

Le sondage CROP révèle que 76 % des Québécois souhaitent que le port de vêtements religieux soit interdit pour les personnes en position d'autorité, notamment le voile.

Philippe Couillard a répliqué que le visage découvert pour les personnes qui travaillent dans les services publics était la solution privilégiée par son gouvernement.

À l'heure actuelle, le projet de loi 62 sur la neutralité religieuse de l’État, défendu par la ministre de la Justice Stéphanie Vallée, affirme le principe de la laïcité de l’État et prône que les services gouvernementaux soient reçus et offerts à visage découvert pour des raisons de communication, de sécurité et d'identification, et non pour des motifs religieux.

Les partis d'opposition ont récemment exigé que le gouvernement Couillard aille plus loin et adopte les recommandations de la commission Bouchard-Taylor sur l'interdiction du port de signes religieux par les personnes en position d'autorité.

En ce qui a trait au fait qu'un Québécois sur cinq pense qu'il devrait y avoir un chef politique à l’image de Donald Trump au Québec, le premier ministre a offert une réponse courte et directe :

« Ça ne serait pas moi! »

Le sondage est reçu différemment au Parti québécois. « C’est que les Québécois sont impatients face à l’incapacité du gouvernement Couillard d’agir sur les signes religieux, sur les accommodements religieux », a réagi le chef du PQ, Jean-François Lisée.

Pour le PQ comme pour les autres partis d'opposition, encore aujourd'hui, il faut revenir aux recommandations de la commission Bouchard-Taylor, soit l'interdiction du port de signes religieux pour les personnes en position d'autorité.

« Ces craintes obligent à une réflexion, à rassurer, mais elles concrétisent une position qu'on a toujours présentée », a estimé le député caquiste François Paradis.

Le député de Québec solidaire Amir Khadir se sent personnellement interpelé. « Il y a, oui malheureusement, des perceptions très négatives vis-à-vis de l’ensemble des immigrants. Pas partagés par tout le monde, mais par suffisamment de monde pour que moi cela me dérange, l’immigrant que je suis », a déploré le député de Mercier.

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