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Perception de la communauté musulmane : un sondage qui suscite déception et espoir

Sondage CROP-Radio-Canada : perception de la communauté musulmane
Radio-Canada

Les résultats du sondage réalisé par la firme CROP pour le compte de Radio-Canada qui met en relief d'un côté la compassion, mais aussi des perceptions négatives de Québécois face à la communauté musulmane sont accueillis avec un certain étonnement par les leaders de la communauté.

Un texte de Cathy Senay

Le sondage réalisé en partie après l’attentat, et dont les résultats ont été dévoilés ce matin, démontre que malgré une ouverture quant à une volonté de bâtir un dialogue et des liens solides avec la communauté musulmane, les perceptions négatives demeurent.

« La tragédie a démontré qu’on est une grande famille. Et il faut que cette famille apprenne à se connaître », réagit Mohamed Labidi, le vice-président du Centre culturel islamique de Québec.

Dans la foulée de la fusillade du 29 janvier, environ 80 % des Québécois sondés par la firme CROP ont affirmé avoir ressenti une plus grande compassion face à la communauté musulmane et avoir un jugement plus nuancé sur la question des différences religieuses.

M. Labidi croit en un rapprochement des cultures. « J’espère que ce soit le début d’une bonne relation avec la communauté musulmane. […] Moi, personnellement ça m’a donné encore plus le goût d’aller vers l’autre », estime M. Labidi.

Le porte-parole du Conseil des imams du Québec, Hassan Guillet, partage cette même vision : « Le rapprochement entre les Québécois musulmans et non-musulmans, je le vois très bien et partout. »

Or, les autres résultats du sondage les préoccupent davantage. Les deux tiers des 1024 Québécois sondés par CROP après l’attentat croient que les accommodements religieux demandés par les musulmans démontrent que ces derniers ne veulent pas vraiment s’intégrer, et donc que la colère dirigée vers eux est normale.

« Malheureusement, je trouve cela décevant et je souhaite de tout mon cœur que le sondage ne soit pas précis ou que les gens aient mal compris la question parce que la proportion est très élevée, et c’est faux », affirme l’imam Guillet.

Il dit ne pas comprendre pourquoi des Québécois se concentreraient sur des petites différences culturelles et religieuses.

« Moi à mon humble avis, il n’y a même pas d’accommodements qu’on demande. […] Il est où le problème », déplore M. Labidi.

Il souligne qu’il n’a jamais demandé au travail quoi que ce soit relié à sa religion, sauf un petit local pour faire ses prières quotidiennes. M. Labidi est confiant que la société civile et l’intelligentsia vont faire un jour la part des choses : « Dans notre communauté on parle d’intégration et non pas de désintégration. Faut qu’on garde nos cultures. Faut qu’on garde nos valeurs, mais en même temps, on adhère à la société et aux principes fondamentaux de la société. 

« Une méconnaissance de la communauté »

La division à une autre question du sondage réalisé par CROP bouleverse par ailleurs Mohamed Labidi et l’imam Guillet. Plus de 50 % des Québécois sondés sont d'avis que cela ne les dérangerait pas que des événements comme le récent attentat découragent des musulmans à immigrer ici.

« En voyant cette réponse-là, je ne voulais pas croire que c’est une réponse qui peut venir des Québécois et ça, c’est comme si on justifie des attentats », dit Hassan Guillet.

« On aurait aimé que la proportion de gens qui soient dérangés par le départ de musulmans soit plus élevée. Et ça encore une fois, ça reflète la méconnaissance de la communauté musulmane. Et la méconnaissance de l’apport de cette communauté à la société québécoise et canadienne », explique M. Labadi en pesant chaque mot.

Il ajoute que les 11 victimes, les 6 morts et les 5 blessés, étaient tous des hommes qui participaient à la vie active, payaient leurs impôts et n’avaient aucun casier judiciaire. « Qu’est-ce qui fallait leur demander de plus? »

Pour le vice-président du Centre culturel islamique, la forte proportion des Québécois, plus de la moitié, opposés au projet de construction d’une mosquée dans leur quartier est encore l’effet de la stigmatisation des musulmans qui a duré trop longtemps. « Il est temps que tous les paliers de gouvernement travaillent pour améliorer la perception de l’autre et la perception des musulmans au niveau de l’opinion publique. »

Toutefois, l’imam Guillet voit une lueur d’espoir. Cette opposition à la construction de mosquées était plus élevée, soit plus des deux tiers des Québécois, avant l’attentat.

« On chemine et dans la bonne voie. Est-ce que c’est assez? Est-ce assez rapide? Je ne le sais pas, c’est le temps qui va nous le dire. […] Malheureusement, ça a pris une tragédie de cette ampleur-là pour qu’on puisse découvrir l’un et l’autre. Si on a eu besoin de tomber malade pour apprécier la santé, bien tant pis », dit-il.

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