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Les Pays-Bas « paieront le prix », menace Erdogan

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Le président turc Recep Tayyip Erdogan lors d'un discours à Istanbul

Le président turc Recep Tayyip Erdogan lors d'un discours à Istanbul

Photo : Getty Images / Ozan Kose/AFP

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2017 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a haussé le ton, dimanche, face aux pays européens qui refusent l'entrée à ses ministres. Il a déclaré que le « nazisme était encore vivant en Occident ».

M. Erdogan a également soutenu que les Pays-Bas « paieront le prix » pour leurs actions sans précédent. Le président turc avait tenu des propos semblables envers l'Allemagne plus tôt ce mois-ci.

En début de journée, le premier ministre néerlandais, Mark Rutte, avait déclaré qu'il tenterait de limiter les dégâts causés par sa décision d'empêcher deux ministres turcs de faire campagne aux Pays-Bas.

M. Rutte a insisté sur l'importance de ne pas courber l'échine devant la Turquie, malgré la menace de sanctions si ses ministres étaient refoulés.

« La Turquie est une nation fière. Les Pays-Bas sont une nation fière. Nous ne pourrons jamais faire des affaires sous ce genre de menaces et de chantage », a-t-il lancé.

Si les Turcs choisissent de faire monter la pression, nous devrons réagir, mais nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour désamorcer la situation.

Le premier ministre des Pays-Bas Mark Rutte

Des élections nationales sont prévues mercredi, aux Pays-Bas, où des centaines de milliers de citoyens ont des origines turques. Après une campagne où les questions sur l'identité, l'immigration et les relations avec la communauté musulmane ont été à l'avant-scène, le premier ministre sortant et son rival se trouvent au coude-à-coude dans les sondages.

Escalade de chicanes diplomatiques

Entre-temps, le différend entre la Turquie et les Pays-Bas, qui n'a cessé de s'envenimer au cours des derniers jours, s'est transformé en crise diplomatique dans la soirée de samedi lorsque la ministre de la Famille s'est vu empêcher d'entrer dans le consulat de Turquie à Rotterdam, qu'elle avait gagné par la route depuis l'Allemagne.

Des centaines de manifestants se sont rassemblés devant le consulat pour protester contre la décision.

Un homme a arraché le drapeau néerlandais de la bâtisse et l'a remplacé par le drapeau turc.

La police néerlandaise a utilisé des chiens et des canons à eau pour les disperser et plusieurs manifestants ont été frappés à coups de matraque par les forces de l'ordre, indique un journaliste de Reuters.

La ministre chargée de la Famille, Fatma Betül Sayan Kaya, a pris un avion privé à Cologne pour rentrer à Istanbul, a précisé le quotidien Hurriyet dimanche.

« Nous avons subi un traitement grossier et pénible [...] Traiter ainsi une ministre est lamentable », a-t-elle dit aux journalistes à l'aéroport Atatürk d'Istanbul, où elle a été accueillie par une foule brandissant des drapeaux turcs.

Polémique en France

Les autorités néerlandaises avaient aussi refusé, samedi matin, au ministre turc des Affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu, d'atterrir à Rotterdam où il devait s'exprimer en faveur du oui au référendum sur la réforme constitutionnelle.

M. Cavusoglu a pu se rendre dans la ville de Metz, en France, où il s'est adressé à une foule de plus d'une centaine de personnes. Il a déclaré que l'ambassadeur néerlandais ne pourrait plus entrer en territoire turc, ajoutant que son gouvernement a d'« autres étapes en tête » pour user de représailles.

Le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu, lors du rassemblement à Metz, en FranceAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu, lors du rassemblement à Metz, en France

Photo : La Presse canadienne / Elyxandro Cegarra/AP

La décision des autorités françaises d'autoriser cette rencontre a été vivement critiquée par l'opposition qui a dénoncé une « rupture de la solidarité européenne » et une « caution » apportée au régime du président de la Turquie, Recep Tayyip Erdogan.

Pour François Fillon, le candidat de la droite et du centre à l'élection présidentielle, le gouvernement « aurait dû empêcher la tenue du meeting de Metz ».

Nos plus proches alliés, l'Allemagne et les Pays-Bas, ont été publiquement insultés de façon inqualifiable par les dirigeants turcs [...] Cette affaire a été mal gérée de bout en bout par le gouvernement socialiste de François Hollande.

François Fillon

« Le gouvernement turc a tenu des propos inacceptables, mettant gravement en cause les valeurs européennes et nos partenaires les plus proches », a souligné le chef du mouvement « En Marche! », Emmanuel Macron.

Le directeur de campagne de Marine Le Pen, David Rachline, a aussi dénoncé la décision prise par le Quai d'Orsay.

« Je crois qu'il faut être extrêmement vigilant à l'égard de ce genre de discours qui peuvent semer le trouble dans notre pays et la division, a-t-il dit sur BFM TV. Le gouvernement néerlandais l'a bien compris, malheureusement nous sommes toujours en retard en France et nous n'arrivons pas à réagir. »

Pour Europe-Ecologie-Les Verts (EELV), l'accueil de ce meeting « rend la France témoin et caution du grave glissement autoritaire que connaît la Turquie actuellement ».

Le chef de la diplomatie française, Jean-Marc Ayrault, a toutefois défendu la décision d'autoriser cette rencontre. « La France est un État de droit qui tient compte des circonstances », a souligné le ministre des Affaires étrangères dans un communiqué.

« En l’occurrence, en l’absence de menace avérée à l’ordre public, il n’y avait pas de raison d’interdire cette réunion qui, au demeurant, ne présentait aucune possibilité d’ingérence dans la vie politique française. »

Fermeture de l'ambassade des Pays-Bas à Ankara

Dimanche dernier, M. Erdogan avait fustigé dans les mêmes termes les autorités allemandes à la suite d'annulations similaires à celles des Pays-Bas, s'attirant les critiques d'Angela Merkel. Le président turc a qualifié les responsables néerlandais de « fascistes  ayant recours à des « vestiges du nazisme », samedi.

Les autorités turques ont fait fermer dans la soirée l'ambassade à Ankara et le consulat des Pays-Bas à Istanbul devant lesquelles des centaines de manifestants se sont également réunis.

Les résidences de l'ambassadeur néerlandais, absent de Turquie en ce moment, du chargé d'affaires de l'ambassade et du consul général ont également été bouclées. Le ministère des Affaires étrangères turc a dit ne pas souhaiter le retour de l'ambassadeur néerlandais avant « un certain temps ».

Les ministres turcs sont en campagne en Europe pour convaincre les membres de la diaspora de voter oui au référendum du 16 avril sur la réforme constitutionnelle. Le projet prévoit de renforcer les prérogatives du président.

Avec les informations de Associated Press, Reuters, et Agence France-Presse

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