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Les belles années de l'hôtel Wellington

Photo : Photo fournie par Michel Bourgault

Radio-Canada

Sophistiqué, chic, splendide, moderne... Des qualificatifs tirés d'un autre temps pour désigner l'hôtel Wellington. Construit en 1928, l'établissement a été, sur plusieurs décennies, l'endroit élégant qu'il fallait fréquenter. Même le grand Louis Armstrong s'y est arrêté dans les années 1950 pour une prestation.

Un texte de Annie CorriveauTwitterCourriel 

 

Louis Armstrong en spectacle à l'hôtel Wellington de Sherbrooke dans les années 1950Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Photo : Fonds Guy Frégeau. La Société d'histoire de Sherbrooke.

L'hôtel a perdu de son lustre depuis longtemps et tombera sous le pic des démolisseurs dans un proche avenir. Acheté récemment par la Ville de Sherbrooke, il ne sera plus qu'un souvenir dans le plan visant à donner un nouveau souffle du côté sud de la rue Wellington. Pincements au coeur pour ceux qui ont connu les belles années. Michel Bourgault est de ceux-là.

Michel Bourgault se rappelle son père, Roger, qui a été le propriétaire de l'hôtel Wellington de 1957 jusqu'au début des années 80.« C'était son bébé, lui, dans la vie. Il avait évidemment sa famille, mais il avait son hôtel. C'était sacré! Toutes les heures qu'il a passées là, je ne pourrais pas les compter. » Un homme qui en a fait le centre de sa vie et qui est décédé peu de temps après l'avoir vendu. Une suite de fermetures et de reventes s'en est suivie.

« Il faisait de l'argent, il le réinvestissait dans l'hôtel. C'est comme ça d'ailleurs que c'est devenu ce que c'est devenu. » Dans les années 1960, l'hôtel agrandi offrait 83 chambres rénovées, salle à manger, plusieurs salles de réception, piscine intérieure, sauna, des services de massothérapie et même un barbier!

Publicité de l'hôtel Wellington dans la Tribune, 20 juillet 1964Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Publicité de l'hôtel Wellington dans la Tribune, 20 juillet 1964

Photo : La Tribune

Michel Bourgault se rappelle la première fois qu'il est entré dans le lobby avec ses parents et son frère aîné. La jeune famille habitait au chalet pendant l'été et passait l'hiver à l'hôtel. « Certains clients nous assoyaient sur le bar... Ma mère n'aimait pas ça! On a été pensionnaire jeune chez nous! » relate Michel Bourgault en riant.

L'ancien propriétaire était son grand-père, l'homme d'affaires Eddy Blouin, qui a ouvert la première mouture du cabaret Flamingo, en 1955, attenant à l'hôtel. Un couple de vrais flamants roses attirait les curieux dans la vitrine. La petite histoire veut que les oiseaux n'aient pas survécu longtemps à ce coup de marketing.

De chics soirées dansantes au Flamingo!

« Je suis descendu au Flamingo en 1957 et j'ai été là 13 ans! » dit fièrement Jacques Auger, le batteur du Trio Marc Legrand. Originaire de Québec, il n'a jamais plus quitté Sherbrooke.

Jacques Auger en 1957, à l'époque des belles années du Flamingo, et en 2017, derrière sa batterieAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Jacques Auger

Photo : Radio-Canada / ICI Estrie et courtoisie

« Nous, on a eu le beau temps...ah oui! » ajoute avec nostalgie le musicien, qui aura bientôt 89 ans.

Le trio touchait 600 $ par semaine à l'époque où les nombreux hôtels avaient leur orchestre. Du lundi au samedi, leur musique faisait danser les clients. « Il y avait beaucoup de voyageurs dans le temps. Tous les soirs, on peut dire qu'il y avait une couple de cent personnes tout le temps. » Une clientèle soignée qui aimait la danse sociale.

Le cabaret Flamingo en 1957Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Photo : Photo fournie par Jacques Auger

C'était l'époque des commis voyageurs, des étudiants de la récente université et le lieu de rencontres par excellence pour plusieurs générations.

Il doit y avoir de 25 à 50% des gens qui se sont rencontrés là qui se sont mariés ou qui ont eu une famille

Michel Bourgault, fils de Roger Bourgault, propriétaire de l'hôtel entre 1957 et 1982

« On mettait le radar en activité. L'éclairage pouvait nous jouer des tours par exemple, parce que c'était tellement tamisé! » rigole Jacques Faucher, qui a mis les pieds au Flamingo avant d'avoir l'âge requis, vers la fin des années 60.

Jacques Faucher aime à dire qu'il y avait à Sherbrooke autant d'hôtels que d'églises pour aller se confesser le dimanche, mais que l'hôtel Wellington et son cabaret étaient d'une classe supérieure. « Les fauteuils, les petites tables rondes, un bar à chaque extrémité et les néons un peu partout. C'était merveilleux! »

On s'endimanchait pour y aller parce que c'était l'endroit le plus sophistiqué de Sherbrooke pour la danse.

Jacques Faucher, client et musicien au Flamingo
Jacques Faucher (à gauche) avec le Trio Wellington, en 1970, et aujourd'huiAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Montage photo de Jacques Faucher lors des belles années de l'Hôtel Wellington et aujourd'hui

Photo : Radio-Canada / ICI Estrie/Courtoisie

De client, le jeune Faucher est devenu musicien sur la scène du Flamingo avec ses acolytes du Trio Wellington. « On arpentait la Well pis on s'est dit, ce serait chic, Wellington! » Tout l'été 70, il a joué à l'orgue le succès de l'heure, Comme j'ai toujours envie d'aimer, et bien « des choses qui faisaient lever! C'était la tribune par excellence pour les musiciens parce que si tu étais au Flamingo, d'entrée de jeu, tu étais bon, tu étais très bon même! » Quelques années plus tard, l'arrivée des discothèques commence à modifier l'offre du cabaret.

Incendies

En 1959, le Flamingo est touché par un incendie. Possiblement en raison des nombreux néons, selon les souvenirs du musicien Jacques Auger, qui y a laissé sa batterie. « C'est une intensité de chaleur qui s'est produite. Les fauteuils et tout, c'est resté tel quel, mais si tu touchais à quelque chose, ça tombait. »

En 1971, en pleine nuit, l'alerte générale est donnée. L'hôtel est évacué. Les dommages sont importants et s'élèvent à plus d'un demi-million de dollars. Le propriétaire, Roger Bourgault, est en pleurs le soir de l'incendie, selon la Tribune du 28 août. Il venait à peine de terminer les dernières rénovations.

« Mon père a dit : "on va reconstruire, les employés vont reprendre leur place" », explique Michel Bourgault.

Un exemple de détermination qui inspire le fils qui doit, toutefois, se résigner à tourner la page devant le défi coûteux que représente l'hôtel décrépit. « Si j'avais eu le capital, je ne vous dis pas non. J'aurais fait quelque chose, c'est sûr! Je trouve ça de valeur... »

Monsieur Bourgault espère que le projet de revitalisation de la rue Wellington Sud redonnera ses lettres de noblesse au centre-ville même si cela entraîne la démolition du vieil hôtel de près de 90 ans.

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