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Sclérose en plaques : les leçons à tirer de l'étude sur la méthode Zamboni

Images du cerveau d'un patient atteint de sclérose en plaques

Images du cerveau d'un patient atteint de sclérose en plaques

Photo : iStock

Radio-Canada

Le controversé traitement de la sclérose en plaques préconisé par le médecin italien Paolo Zamboni n'a pas d'effet spécifique sur la maladie. Il ne la guérit pas. Il ne la soulage ou ne la ralentit ni plus ni moins qu'un traitement simulé. Et quand un traitement ou un médicament n'est pas meilleur qu'un placebo, c'est qu'il n'a pas en soi d'efficacité.

Un texte de Yanick Villedieu, animateur de l'émission Les années lumière

C’est la conclusion de l’étude canadienne sur le traitement Zamboni, dont les résultats ont été annoncés cette semaine à Washington. L’étude, menée selon les règles de l’art, a été faite avec 104 patients traités à Vancouver, Winnipeg, Montréal et Québec. La moitié a reçu le traitement Zamboni, l’autre, un traitement simulé, une sorte de chirurgie placebo. Ils ont été suivis pendant quatre ans. Ni les patients ni les neurologues qui les évaluaient ne savaient à quel groupe ils appartenaient.

Résultat : on n’a trouvé aucune différence dans les symptômes entre les deux groupes, les traités et les non-traités. Ce résultat va bien sûr être discuté, débattu, réfuté par les partisans du traitement et par des patients qui l’ont reçu. Mais disons qu’il met beaucoup de plomb dans l’aile, et même dans les deux ailes, de l’hypothèse Zamboni.

Ce résultat, il est vrai, n’est pas une surprise pour les spécialistes de la sclérose en plaques. Le traitement Zamboni se fonde en effet sur une conception non orthodoxe, et non prouvée, de la maladie. Celle-ci serait due au blocage partiel des veines du cou (par lesquelles le sang sort du cerveau), un problème appelé, en termes savants, insuffisance vasculaire céphalo-rachidienne chronique.

Pour traiter cette insuffisance et la maladie qui en découlerait, la sclérose en plaques, il suffirait de rétablir un flux sanguin normal en dilatant les veines du cou par une simple angioplastie : c’est la « thérapie par libération ». Pas de surprise non plus dans ce résultat, parce qu’on a déjà montré que ce blocage partiel des veines est aussi fréquent chez les personnes atteintes de sclérose en plaques que chez celles qui ne le sont pas.

Le blogue de Yanick Villedieu  

L’étude canadienne est donc intéressante. Mais les raisons pour lesquelles on a décidé de la faire le sont peut-être encore plus.

On se rappelle que le traitement Zamboni a connu un immense engouement il y a un peu plus de sept ans, après un reportage au réseau CTV, en novembre 2009. Les réseaux sociaux s’étaient enflammés. On réclamait que le traitement soit offert au Canada. En attendant, les malades canadiens allaient à l’étranger pour le recevoir à fort prix (on estime que 3000 personnes du Canada on fait ce genre de voyage).

Les spécialistes de la sclérose en plaques étaient fort sceptiques. Mais sous la pression de l’opinion publique, les gouvernements avaient finalement décidé de demander l’étude dont les résultats viennent de sortir.

Fallait-il dépenser les 5,5 millions qu’aura coûté cette étude? Oui, dans la mesure où cela évitera à des patients de subir une intervention inutile et coûteuse. Oui, dans la mesure où les neurologues auront un argument supplémentaire pour déconseiller à leurs patients de croire à ce prétendu miracle. Mais non, quand on sait que l’innovation, en médecine, doit se faire dans une démarche clinique rigoureuse, ordonnée. Une démarche fondée sur des données probantes et non pas sur des anecdotes, même nombreuses, de patients qui se trouvent soulagés ou guéris par une procédure qui n’a pas été éprouvée par plusieurs autres équipes.

Ce qui s’est passé avec la méthode Zamboni n’est pas sans rappeler ce qui s’était passé avec la thérapie à l’oxygène en chambre hyperbare. Des parents disaient qu’elle améliorait considérablement les symptômes de la paralysie cérébrale, ce que d’autres parents disent maintenant pour l’autisme. Un médecin en était profondément persuadé. Mais, comme avec la méthode Zamboni, l’efficacité de l'approche n’avait pas pu être prouvée par des experts indépendants.

Ce qui rappelle un fait : les règles de la recherche clinique et de la preuve scientifique doivent toujours prévaloir pour éviter les dérapages. Surtout en cette ère où les médias sociaux peuvent colporter n’importe quelle fausse nouvelle et vendre n’importe quel faux miracle médical.

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Science