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Dans quels pays la pollution fait-elle le plus de ravages? La réponse en carte

Radio-Canada

Tous les jours, des millions d'enfants du monde entier sont exposés à la pollution atmosphérique et à des produits toxiques, consomment de l'eau insalubre et n'ont pas accès à des toilettes. La conséquence? Le quart des décès et des maladies chez les enfants de moins de cinq ans sont reliés à un environnement pollué. État de la situation.

Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), parmi les 1,7 million d’enfants qui meurent annuellement, 570 000 meurent d'infections respiratoires liées à la pollution atmosphérique ambiante et à la fumée secondaire (principalement de la pneumonie).

Quelque 361 000 autres meurent de maladies diarrhéiques en raison d'un accès insuffisant à de l'eau potable et à des installations sanitaires.

De plus, 270 000 enfants meurent dans le premier mois de leur vie de maladies liées un environnement pollué.

La proportion des morts d’enfants attribuables à l’environnement a toutefois légèrement baissé; elle était de 37 % entre 2002 et 2012.

Carte du mondeMorts d'enfants / 100 000 pers. (La version originale de ce document a été modifiée. Pour des raisons techniques, la version interactive de la carte n'est plus disponible.) Photo : Radio-Canada

La version originale de ce document a été modifiée. Pour des raisons techniques, la version interactive de la carte n'est plus disponible.

Les 10 pays avec le plus de décès liés à un environnement pollué ou dangereux sont tous situés en Afrique. Plusieurs pays sud-asiatiques, dont le Pakistan, sont aussi classés en haut de la liste.

Le Canada se retrouve en 167e position sur 193 pays, tandis que les États-Unis se classent au 156e rang. Les pays scandinaves (Finlande, Islande, Norvège) sont parmi les pays qui comptent le moins de décès reliés à l’environnement.

 

Pourquoi les enfants sont-ils si vulnérables?

Retards cognitifs, risques de maladies cardiovasculaires, cancers, maladies respiratoires chroniques, diabète… la liste des effets néfastes causés par des environnements pollués est longue.

Les enfants, surtout pendant les 1000 premiers jours de leur vie, sont particulièrement sensibles aux contaminants parce que leurs organes et leur système immunitaire sont en pleine croissance. Proportionnellement à leur taille, les enfants mangent, boivent et respirent plus d’air que les adultes. Ils absorbent donc plus de contaminants.

Les enfants, qui mettent souvent des objets dans leur bouche, augmentent leur risque d’exposition à certains contaminants.

De plus, les mères qui allaitent peuvent exposer leurs nourrissons à certains produits chimiques. Cette exposition précoce peut avoir de profondes répercussions sur la santé physique et le développement cognitif des enfants. « L’exposition aux polluants est particulièrement inquiétante au niveau des expositions prénatales, explique Jonathan Chevrier, professeur adjoint à la Chaire de recherche du Canada en sciences de la santé environnementale de l'Université McGill.

Il y a beaucoup de produits chimiques qui traversent le placenta, qui n’est pas une bonne barrière

Dr Jonathan Chevrier, Université McGill

Les impacts de la pollution atmosphérique commencent eux aussi in utero, ajoute Jill Baumgartner, professeure adjointe à la Chaire de recherche du Canada en sciences de la santé environnementale de l'Université McGill. « Les mères exposées à la pollution ont des bébés avec un faible poids et ces enfants risquent de développer une pneumonie, de l’asthme, des problèmes cognitifs et intellectuels, des maladies cardiovasculaires et des cancers. »

De l’air « empoisonné » pour les petits poumons

Des jeunes en Indonésie se rendent à pied à l'école malgré un smog épais. Des jeunes en Indonésie se rendent à pied à l'école malgré un smog épais. Photo : Reuters / Antara Foto/Wahdi Setiawan

L’OMS estime qu’en 2012, 169 250 enfants de moins de 5 ans sont morts de maladies liées à la pollution ambiante et 531 190 en raison de la pollution intérieure.

Selon l'UNICEF, 2 milliards d'enfants, dont 620 millions en Asie du Sud et 520 millions en Afrique, vivent dans des zones où la pollution atmosphérique s'élève à au moins six fois le niveau recommandé par l'OMS.

Ce n’est peut-être pas surprenant, puisque la moitié de la population mondiale habite dans un endroit où le niveau de pollution atmosphérique dépasse les normes de l’OMS (moyenne annuelle de 10 microgrammes par mètre cube d'air (μg/m3)).

C’est omniprésent. Nous sommes tous exposés à la pollution atmosphérique.

Dr Jill Baumgartner, Université McGill

La pollution atmosphérique est notamment responsable de la moitié des cas de pneumonie chez les enfants, à l'origine de la plupart des morts infantiles. De plus, l’asthme est maintenant la plus importante maladie chronique chez les enfants; jusqu’à 14 % des enfants de plus de 5 ans en ressentent des symptômes.

 

Les niveaux de pollution atmosphérique en Égypte, au Qatar et en Arabie saoudite sont dix fois plus élevés que la limite fixée par le WHO.

La Chine, qui fait souvent les manchettes avec ses épisodes de smog, se classe au 17e rang avec une moyenne annuelle de particules fines (PM2.5) de 61,83 microgrammes par mètre cube d'air (μg/m3).

Mais il n’y a pas que l’Inde et la Chine qui sont accablées par des problèmes de pollution, rappelle Mme Baumgartner. « Il y a plusieurs pays qui ne mesurent pas adéquatement les niveaux de pollution atmosphérique. Mais toutes les grandes villes des pays en développement ont des problèmes de pollution. »

Aucune société ne peut se permettre d’ignorer le problème de la pollution atmosphérique

Anthony Lake, directeur général de l'UNICEF

Au 172e rang, le Canada est beaucoup mieux classé, avec une moyenne annuelle de 7,26 μg/m3.

Ces statistiques n’étonnent pas Mme Baumgartner, puisque plus de 3 milliards de personnes utilisent encore des combustibles fossiles pour cuisiner et pour se réchauffer.

En Ouganda, une femme prépare un repas pour ses enfants.En Ouganda, une femme prépare un repas pour ses enfants. Photo : Reuters / Euan Denholm

« En Chine, au moins 40 % de la population cuisine et chauffe son domicile avec des combustibles fossiles. On le voit aussi souvent en Inde; des mères qui portent leurs bébés sur leur dos pendant qu’elles cuisinent dans des endroits sans ventilation. Leurs enfants sont automatiquement exposés à beaucoup de particules fines », précise Mme Baumgartner.

 

De plus, de nombreux enfants dans les régions sous-développées utilisent régulièrement des lampes à kérosène pour lire et pour faire leurs devoirs, même si cette source de lumière les expose à de hauts niveaux de particules fines.

Ces combustibles fossiles émettent de nombreux contaminants; entre autres, des hydrocarbures aromatiques polycycliques, du mercure, du dioxyde d’azote, du dioxyde de soufre, du monoxyde de carbone.

Des produits toxiques au quotidien

Une dame teste la toxicité de la peinture sur un jouet. Une dame teste la toxicité de la peinture sur un jouet. Photo : Reuters / Bobby Yip

L’OMS craint également que les enfants à travers le monde soient de plus en plus exposés à des produits chimiques et à des produits chimiques perturbateurs du système endocrinien.

Plastique, mercure, plomb, pesticides, arsenic, bisphénol A : de nombreux objets utilisés au quotidien (jouets, équipement électronique, bouteilles, emballages, etc.) peuvent contenir des composantes potentiellement toxiques. Selon les experts, ces produits ont un impact potentiel sur le développement du système reproductif et du cerveau, sont associés à des problèmes de thyroïde et de foie, peuvent entraîner un déficit de l'attention, des lésions pulmonaires ou encore un cancer.

D'ailleurs, on estime que 12 % des déficiences intellectuelles idiopathiques seraient attribuées à une exposition au plomb.

Tout le monde est régulièrement exposé à ces produits.

Dr Jonathan Chevrier, Université McGill
  • Près d’un million d’enfants dans 70 pays travaillent dans des mines où ils sont exposés notamment à des vapeurs de mercure.
  • L’eau dans 25 % des maisons au Bangladesh contient des niveaux d’arsenic qui dépassent les normes de l’OMS.
  • Près de 70 % des enfants d’Afrique subsaharienne dorment sous un filet traité à l’insecticide.
  • Plusieurs groupes, comme le Canadian Partnership for Children's Health & Environment, demandent au gouvernement canadien de mieux réglementer les ampoules fluocompactes qui contiennent une petite quantité de mercure qui peut être libérée lorsqu'une ampoule se brise.

« Parmi les produits récemment étudiés et dont ont craint le plus les effets est le bisphénol A – un produit chimique qui imite l’estrogène. Ce produit est présent dans l'organisme de la majorité des gens dans les pays développés », dit le Dr Chevrier.

Plusieurs autres produits chimiques sont à l'étude, notamment les phtalates que l’on retrouve dans les cosmétiques, les shampoings et les plastiques mous.

Certaines substances ignifuges, qui ont été bannies du Canada il y a plus de dix ans, sont toujours présentes dans l’environnement. « C’est un polluant très persistant. Après plusieurs années, on détecte encore de ces polluants dans le sang des Canadiens. », précise le Dr Chevrier.

Par contre, il y a encore environ 23 000 substances au Canada qui n’ont jamais été adéquatement évaluées, déplore le Dr Chevrier.

Notamment, l’interaction entre tous ces produits n’est pas très bien comprise. « Les gens sont exposés à plusieurs produits chimiques en même temps. On pourrait avoir l’impression qu’un produit, utilisé en petite quantité, est sécuritaire, mais s’il y a une exposition avec d’autres produits, l’effet peut être additif, et l’impact, multiplicatif. »

Pourtant, indique Dr Chevrier, contrairement aux nouveaux médicaments, plusieurs produits (y compris les produis qui remplacent les produits bannis) ne sont pas testés pour démontrer leur efficacité et leurs effets secondaires avant leur mise en marché. « Pour les produits chimiques, c’est l’inverse. On les introduit et on les retire seulement si on réussit à prouver les effets secondaires. Et ça, ça peut prendre des années d’études. »

On a tendance à effectuer des expérimentations cycliques au niveau des populations. On expose les gens à de nouveaux produits jusqu’à ce qu’on fasse des études et qu’on retire le produit.

Dr Jonathan Chevrier, Université McGill
À Manille, des enfants recherchent des morceaux de cuivre parmi une pile de déchets électroniques.À Manille, des enfants recherchent des morceaux de cuivre parmi une pile de déchets électroniques. Photo : Reuters / John Javellana

L’OMS s’inquiète aussi du nombre croissant d’enfants exposés aux produits toxiques émanant des déchets électroniques et électriques.

Dans certains pays, les enfants participent au recyclage des déchets électroniques. Puisqu’ils ont de petites mains, ils sont utilisés pour extraire des métaux précieux d’ordinateurs, de cellulaires, de batteries et de télévisions. Mais le processus d’extraction expose les enfants à des produits hautement toxiques.

Par ailleurs, l’OMS estime qu’en 2012, la mort de 360 000 enfants aurait pu être évitée grâce à un meilleur accès à de l’eau potable età des installations sanitaires.

Manque d’installations sanitaires et d’eau potable

Le nombre d’enfants morts d’une maladie diarrhéique est passé de 1,2 million en 2000 à 526 000 en 2015, à cause d’un meilleur accès à de l’eau potable. Par contre, 10 % de la population mondiale n’a toujours pas accès à de l’eau potable, tandis qu’un tiers n’a pas accès à des installations sanitaires.

Dans plus d’une dizaine de pays, dont le Soudan du Sud, le Niger et le Chad, moins de 20 % de la population a accès à des installations sanitaires.

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