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Romeo Saganash réclame la démission d'une sénatrice conservatrice

Romeo Saganash, député néodémocrate.

Romeo Saganash, député néodémocrate.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Le député néo-démocrate Romeo Saganash réclame la démission de la sénatrice conservatrice, Lynn Beyak, qui a affirmé qu'il y avait de « bonnes intentions » derrière les pensionnats autochtones.

L'élu, qui a lui-même été arraché à ses parents pour être envoyé dans une telle institution, est allé jusqu'à affirmer que tenir de tels propos revenait à dire que derrière le génocide des juifs par le régime du dictateur allemand Adolf Hitler se cachaient de nobles visées.

« À mon avis, dire que les pensionnats, c'était quelque chose quand même de bien, que ce n'était pas malintentionné comme institution, ça équivaut à dire que ce que Hitler a fait envers les juifs, c'était pas malintentionné », a-t-il dénoncé jeudi dans le foyer de la Chambre.

« Quand on parle des génocides, on ne peut pas dire qu'il y a des aspects qui sont bons, d'autres aspects moins bons », a ajouté le député du Nouveau Parti démocratique (NPD), citant la définition de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide.

Le texte adopté par les Nations unies en 1948 stipule que le « transfert forcé d'enfants du groupe à un autre groupe » est l'un des actes qui définissent le génocide.

Les propos controversés qui ont provoqué l'ire de Romeo Saganash ont été prononcés pendant un débat au Sénat, mardi, alors que la sénatrice Lynn Beyak a pris la parole lors d'une discussion sur la surreprésentation des femmes autochtones dans les prisons canadiennes. C'est pendant cet exposé que la sénatrice conservatrice a étayé sa théorie.

La sénatrice conservatrice Lynn Beyak

La sénatrice conservatrice Lynn Beyak considère que les expériences positives et les «bonnes actions» des administrateurs des pensionnats autochtones ont été éclipsés par les atrocités commises.

Photo : Sénat du Canada

« Les personnes qui ont joué jadis un rôle dans les pensionnats indiens, dont certaines sont peut-être même vos ancêtres, avaient surtout de bonnes intentions, et nous devrions pardonner à celles pour qui ce n'était pas le cas », a-t-elle lâché.

« Comme pour toute chose dans la vie, le pardon contribuera énormément au processus de réconciliation », a poursuivi la sénatrice de l'Ontario.

Celle qui a été nommée au Sénat par l'ancien premier ministre Stephen Harper en 2013 affirme avoir parlé à des Autochtones qui lui ont confié avoir vécu une expérience positive dans ce système. Elle ajoute que bon nombre d'entre eux ont conservé leur foi chrétienne après le démantèlement des pensionnats.

Ces propos ont fait bondir le sénateur Murray Sinclair, un juge d'origine autochtone qui a présidé la Commission de vérité et réconciliation (CVR) avant d'être nommé à la Chambre haute en mars dernier.

Je suis un peu choqué [...] que vous croyiez encore des choses qui ont été prouvées fausses au fil des ans. J'accepte tout de même que vous ayez le droit de penser ainsi.

Une citation de Murray Sinclair, sénateur indépendant

Mardi, la sénatrice Beyak a également tenu à souligner qu'il était injuste de qualifier Hector-Louis Langevin, considéré comme l'un des architectes du système, de raciste. Selon elle, de nombreux parents ont choisi volontairement d'envoyer leurs enfants dans ces écoles confessionnelles, où ils ont appris « des enseignements pertinents à propos de Jésus ».

Les pensionnats autochtones : un génocide culturel selon la CVR

Dans un rapport publié en 2015 après sept années de travaux, la CVR a employé le terme « génocide culturel » pour décrire le sort qui a été infligé aux enfants autochtones.

Sur une période de 130 ans, environ 150 000 enfants ont été arrachés à leur famille et obligés à fréquenter ces écoles religieuses.

Les survivants ont raconté avoir été battus, agressés sexuellement, affamés et négligés. Plusieurs – dont un frère de Romeo Saganash – n'en sont jamais revenus.

Le député estime que la sénatrice Beyak devrait minimalement présenter des excuses, mais idéalement renoncer à son siège au Sénat.

« Pour les survivants, je pense qu'on préférerait qu'elle démissionne. C'est un manque de respect total et absolu », a plaidé le représentant d'Abitibi-Baie-James-Nunavik-Eeyou.

Me dire à moi que c'était correct, qu'il y avait de bons côtés à t'enlever à tes parents, de te séparer de tes frères et sœurs, de m'envoyer dans une institution qui m'était complètement étrangère, que c'était correct, que c'était pas malintentionné, je n'accepte pas.

Une citation de Romeo Saganash, député fédéral néo-démocrate d'Abitibi-Baie-James-Nunavik-Eeyou

La sénatrice Beyak, qui est originaire du Nord-Ouest de l'Ontario, a décliné la demande d'entrevue de La Presse canadienne, jeudi.

« La sénatrice n'a rien à ajouter à ses remarques de mardi, alors qu'elle a commenté tant sur les aspects positifs que négatifs du système des pensionnats autochtones », a écrit son adjointe dans un courriel.

« IIs ne voulaient pas faire de mal à qui que ce soit »

Ce n'est pas la première fois que la sénatrice Beyak tient ce genre de propos. Lors d'une rencontre du comité sénatorial permanent des peuples autochtones le 31 janvier dernier, elle a dit que ceux qui dirigeaient les pensionnats autochtones « ne voulaient pas blesser qui que ce soit ».

« À ce jour, les pères, les fils et les membres de la famille des religieuses et des prêtres doivent assumer cette réputation également, et personne n’a jamais voulu blesser qui que ce soit. »

« Les petits sourires émanant de la Commission de vérité et de réconciliation sont réels, les vêtements étaient propres et les repas étaient bons. De nombreuses personnes sont sorties des pensionnats avec une bonne formation et de bonnes compétences linguistiques; bien sûr, on y a aussi commis des atrocités », a-t-elle ajouté.

Lynn Beyak croit que la CVR a proposé peu de nouvelles solutions pour régler les problèmes liés à la condition socio-économique actuelle des membres des Premières Nations.

Jim Miller, un professeur d'histoire à l'Université de la Saskatchewan, témoignait ce jour-là au comité sénatorial. Il dit avoir tenté d'expliquer aux gens présents qu'une très faible minorité d'enfants autochtones ont vécu de belles expériences dans les pensionnats autochtones.

Mes recherches m'ont appris que la majorité des gens ont des sentiments très partagés par rapport à leur expérience.

Une citation de Jim Miller, professeur d'histoire à l'Université de la Saskatchewan

Il a aussi noté que la CVR avait répertorié quelques exemples d'étudiants ayant de bons souvenirs.

Le Nord-Ouest de l'Ontario est la région où l'on a répertorié le plus grand nombre d'anciens pensionnats autochtones en activité.

Avec la collaboration de CBC

Avec les informations de La Presse canadienne

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