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Des antidouleurs pour l'homme de Néandertal il y a 48 000 ans

L'homme de Néandertal, du genre Homo comme l'homme moderne, est apparu il y a environ 300 000 ans en Eurasie et s'est éteint il y a environ 30 000 ans.

Photo : Reuters / Nikola Solic

Radio-Canada

Les Néandertaliens se soignaient à l'aide d'antidouleurs il y a 48 000 ans en mangeant du peuplier, qui libère une substance aux propriétés anti-inflammatoires et antalgiques, et de la moisissure produisant naturellement de la pénicilline, un antibiotique.

Un texte d'Alain Labelle

L'analyse de l’ADN ancien enfermé dans le tartre dentaire de quatre individus permet de mieux connaître les habitudes de vie de nos cousins préhistoriques aujourd’hui éteints.

« Elle jette un regard nouveau sur leur utilisation de la médecine végétale pour traiter la douleur et la maladie », explique l’Australienne Laura Weyrich de l'Université d'Adélaïde, la principale auteure de cette étude internationale publiée dans la revue Nature (Nouvelle fenêtre).

Les fossiles ont été retrouvés en Belgique (grotte de Spy) et en Espagne (site d'El Sidron), et datent de 42 000 à 50 000 ans.

Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Photo : Paleoanthropology Group MNCN-CSIC

La plaque dentaire est une banque inestimable d’informations puisqu’elle contient des micro-organismes de la bouche, des agents pathogènes de l'appareil respiratoire et digestif, mais aussi de petits morceaux de nourriture coincés dans les dents. Lorsqu'elle se minéralise sur les dents, elle se transforme en tartre.

Un abcès révélateur

La « grande surprise de l’étude est venue au moment de l’analyse du tartre dentaire d'un jeune adulte néandertalien trouvé dans la grotte d'El Sidron. L’homme souffrait d'un abcès dentaire encore visible sur sa mâchoire. L'analyse de son tartre montre qu'il était aussi affecté par un parasite intestinal (Enterocytozoon bieneusi) qui provoque des diarrhées sévères.

Les chercheurs ont découvert qu’il mangeait du peuplier, dont les bourgeons sont réputés pour contenir des concentrations élevées d'anti-inflammatoires ou antalgiques, comme notamment la salicine, métabolisée en acide salicylique (aspirine) par notre foie.

Une autre découverte surprenante : de l'ADN de Penicillium a aussi été détecté dans le tartre. Cette moisissure produit naturellement de la pénicilline, un antibiotique décrit pour la première fois en 1897 par le médecin français Ernest Duchesne.

Apparemment, les hommes de Néandertal connaissaient bien les plantes médicinales et leurs propriétés anti-inflammatoires et antidouleur, et semblent s'être automédiqués.

Alan Cooper, Université d'Adélaïde

L'étude illustre aussi la diversité des régimes alimentaires de l'homme de Néandertal suivant la région où il vivait et le type de nourriture disponible.

Ces travaux corroborent une étude parue en 2013 qui évoquait la possibilité que l'homme de Néandertal se soit servi de plantes médicinales comme la camomille ou la millefeuille pour se soigner. Elle s'appuyait sur l'analyse chimique du tartre de fossiles de Néandertaliens retrouvés aussi à El Sidron.

Par exemple, en Belgique, les Néandertaliens de la grotte Spy mangeaient du rhinocéros laineux et des mouflons, accompagnés de champignons.

Plus au sud, les hommes de Néandertal du site d'El Sidron vivaient dans une forêt dense. Leur régime était largement composé de champignons, de pignons de pin et de mousses, plutôt que de gros gibier.

Il semble donc que la population belge était chasseuse et cueilleuse, alors que la population espagnole était juste cueilleuse.

Bastien Llamas, Université d'Adélaïde

Les scientifiques indiquent également être parvenus à réaliser le séquençage presque complet d'une bactérie très similaire au Methanobrevibacter oralis, qui provoque des parodontites (l'infection de la gencive et du tissu osseux). Vieux de 48 000 ans, il s'agit du plus vieux génome microbien à avoir été décrypté.

Avec les informations de Agence France-Presse

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