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« Je suis partie parce que je voulais disparaître » - Magali Harvey

Magali Harvey
Magali Harvey Photo: Radio-Canada
Radio-Canada

Écartée à la surprise générale de la sélection canadienne de rugby à 7 pour les Jeux de Rio, Magali Harvey est de retour au pays après un exil de sept mois en Nouvelle-Zélande, où elle a repris goût à son sport.

Un texte d'Olivier Paradis-Lemieux

Joueuse par excellence de la Coupe du monde 2014 de rugby à 15, la rapide ailière de Québec avait été retranchée en juillet de la dernière sélection de l’entraîneur John Tait pour les Jeux olympiques.

Pendant que le père de l’athlète, l’ex-député conservateur Luc Harvey, remettait sévèrement en question la décision de l’entraîneur-chef du programme à sept canadien dans différents médias et sur les réseaux sociaux, Magali Harvey a été peu loquace, espérant jusqu’au bout obtenir une place de réserviste avec l’équipe, mais en vain.

Quand ses coéquipières ont ultimement décroché le bronze à la première présence de cette version aux Jeux olympiques, la Québécoise n’était pas devant la télévision.

« Je dois t’avouer que je ne l’ai pas écouté, confie Magali Harvey à Radio-Canada Sports. J’ai écouté la finale de la Nouvelle-Zélande contre l’Australie, mais à part de ça j’ai essayé d’éviter d’écouter les matchs. Je suis vraiment heureuse pour mes coéquipières, je suis vraiment contente qu’elles aient gagné le bronze. C’est super. Cela dit, pour moi… Je n’étais pas prête à le regarder. »

Dès le mois d’août, Magali Harvey s’est envolée pour l’autre bout du monde afin de sortir de la tempête médiatique.

« Je suis partie parce que j’étais tannée de répondre aux questions, explique l’ailière. Et en même temps, je voulais me préparer pour la Coupe du monde de 2017 de rugby à 15, et je me suis dit que la Nouvelle-Zélande, c’était vraiment un bon endroit pour le faire. »

Elle s’est intégrée à l’équipe de la région de Waikato, la première formation à répondre à son appel.

« J’ai contacté trois entraîneurs. Le premier à me répondre était l’entraîneur de Waikato. Je me suis dit : "Ok, je vais aller là-bas." Je n’ai pas regardé c’était où. Je me suis dit que j’allais me pointer, que j’allais jouer. Quand je suis arrivé, il m’a trouvé un endroit où rester, il m’a trouvé un petit boulot. C’était un peu backpack. »

Je crois que quand j’étais dans l’équipe nationale, les six années que j’étais là, du lundi au samedi, de 7 h 30 jusqu’à 16 h 30, tu te fais dire exactement quoi faire. Chaque jour. Donc, tu ne penses pas vraiment pour toi-même. C’est drôle à dire parce que j’ai 26 ans, mais je sens que j’ai appris à devenir une adulte, à prendre mes propres décisions quand je suis allée en Nouvelle-Zélande. C’est vraiment bien. Ç’a m’a donné l’occasion de me découvrir, de prendre les occasions qui viennent à moi, sans compter sur quelqu’un.

Magali Harvey

La Nouvelle-Zélande, terre de rugby

Au pays du haka et des kiwis, la joueuse s’est immergée dans une nation qui vit et respire le rugby.

« C’est impressionnant. C’est différent parce que tout le monde joue ici : rugby à 7, à 9, à 10, à 13, à 15. Je ne savais même pas qu’il y avait du rugby à 9! Tout le monde joue, tout le monde a une compréhension. C’était plaisant d’en faire partie. Tu ouvres la télévision, il y a toujours un match de rugby. Ça fait juste partie de leur culture. Et, à cause de ça, tout le monde a une bonne compréhension du jeu, ou une meilleure compréhension. »

Magali Harvey se souvient en particulier d’un match amical sans plaquage où « des hommes de 40-50 ans en bedaine  » lui ont donné une réelle leçon de rugby.

« Ils savaient tous comment faire des changements de direction et voir le jeu. Ils étaient vraiment bons. J’étais surprise de manière plaisante. J’ai vraiment appris. Parce qu’ils me disaient : "Pourquoi tu as fait ça?" Juste de jouer avec des hommes de 45 ans, ça m’a aidé à comprendre le jeu. »

En plus de travailler dans un café et de s’entraîner régulièrement avec ses coéquipières néo-zélandaises, Magali Harvey a aussi profité des derniers mois pour s’initier au métier d’entraîneur.

« J’ai fait mon niveau 2 d’entraîneur et j’ai l’impression que mon rugby s’est vraiment amélioré en termes de compréhension de jeu et de changement de direction. Je trouve qu’il y a une petite lacune au Canada et aux États-Unis. J’adorerais être capable d’entraîner, de montrer ce que j’ai appris, pour que dans le futur on puisse compétitionner davantage avec les autres pays. »

Irlande 2017, nouvel objectif

Dans une semaine, l’équipe canadienne de rugby à 15 amorce son camp d’entraînement en Colombie-Britannique.

L’entraîneur François Ratier a réuni 38 des meilleures joueuses du pays en prévision des matchs préparatoires contre les États-Unis à la fin du mois, à San Diego. Seulement 3 des 12 joueuses présentes à Rio seront à Shawnigan Lake, sur l’île de Vancouver. Cela confirme la division qui s’opère au pays entre les programmes de rugby à 15 et à 7.

« Je vais t’avouer qu’il y a toujours eu une petite frustration que le 7 et le 15 n’arrivent pas à travailler ensemble. Il y a certains pays comme l’Angleterre où les joueuses peuvent passer de gauche à droite, ça aide le calibre pour les deux équipes. »

Concentrée maintenant à 100 % sur le rugby à 15, Magali Harvey encense l’entraîneur François Ratier et sa façon d’enseigner. Même si elle ne souhaite pas parler du pilote de rugby à 7 John Tait, il est aisé de lire entre les lignes.

« François te laisse faire tes erreurs, explique-t-elle. Il dit : "Arrête de penser trop. Va sur le jeu, et fais ce que tu penses qui est correct. Si tu fais une erreur, tu vas en faire une, et tu vas la faire à 100 %. Tu fais quelque chose de bien, tu vas l’avoir fait à 100 %." Ça te permet d’être en confiance. »

Ça fait une grosse différence comment tes coéquipières et ton entraîneur te traitent. Quand tu te sens isolée, quand tu es blessée [elle s’est fracturé la cheville il y a plus d’un an], c’est vraiment ordinaire. Parce que tu sens que tu ne fais pas vraiment partie du groupe. Quand ton entraîneur t’inclut et continue de te parler, tu te sens quand même spécial. Et une fois que tu réintègres le programme, c’est sûr qu’il faut que tu regagnes ta confiance. Mais encore une fois, une bonne partie de ta confiance c’est ton entraîneur, qui te supporte si jamais tu fais des erreurs. Pour moi, j’ai eu des hauts et des bas.

Magali Harvey

En Irlande, en août prochain, le Canada tentera de faire encore mieux que lors de la dernière Coupe du monde de rugby à 15, où la sélection de François Ratier, menée par une Magali Harvey au-dessus du lot, s’était inclinée en finale devant l’Angleterre.

« Ce que j’aime le plus de mon sport, c’est qu’il faut que ce soit un sport d’équipe, conclut-elle. C’est vrai, oui, je suis ailière, donc je reçois beaucoup d’attention parce que je marque les essais. Mais je me rends compte, surtout dans les dernières années, que c’est toute une équipe qui te permet de marquer ces essais-là. »

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