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Dany Aubé, la chanteuse la plus populaire de l'histoire de l'Abitibi?

Photo promotionnelle de Dany Aubé

Photo promotionnelle de Dany Aubé

Photo : Archives Félix B. Desfossés

Radio-Canada

Dany Aubé a été l'une des plus grandes vedettes féminines de l'époque du yéyé. Ses succès ont dominé les palmarès au milieu des années 60. Née à La Sarre, elle n'osait même pas rêver du fait qu'une « petite fille d'Abitibi » comme elle puisse un jour faire carrière en musique. Non seulement a-t-elle réalisé cette utopie, mais elle est peut-être devenue la chanteuse la plus populaire de l'histoire de l'Abitibi.

Dans le cadre du 100e anniversaire de La Sarre, nous consacrerons une série d'articles de la série Abitibi-Témiscamingue inusitée à l'histoire de l'Abitibi-Ouest.

Un texte de Félix B. DesfossésTwitterCourriel 

Fille de pionniers

« Ma mère m’avait dit, quand je voulais m’en aller chanter : "On en a parlé ton père et moi et on te fait confiance." Mais quand ma mère disait "on te fait confiance", je savais ce que ça voulait dire. Ça voulait dire : "Fais-nous pas honte!" C’était important dans ce temps-là. Laisser partir leur petite fille à 15 ans, 16 ans, de La Sarre pour s’en aller à Montréal… ça devait être [difficile]. Je les trouvais bons mes parents », se souvient Dany Aubé.

The Black Cats vers 1962. Au centre, le chanteur Paul Aubé, frère aîné de Dany Aubé.

The Black Cats vers 1962. Au centre, le chanteur Paul Aubé, frère aîné de Dany Aubé.

Photo : Archives Ginette Fontaine? / Page Facebook 100e La Sarre

Arrivés à La Sarre en 1920, les parents de la famille Aubé savaient ce que c’était de partir avec le rêve pour bagage. Ces pionniers ont peut-être transmis leur ferveur aventurière à leur progéniture. Un de leurs fils, Paul Aubé, était devenu une vedette de rock and roll en Abitibi-Ouest avec son groupe The Black Cats, vers la fin des années 50. D’ailleurs, Dany – Réjeanne de son nom de naissance – allait le voir jouer à la salle Nelson et a fait ses premiers pas dans le monde de la musique dans ce décor. Deux des sœurs de Dany sont exilées afin de devenir animatrices à la télévision. L’une d’elles, Andrée, à CHLT-TV de Sherbrooke, l’autre à Radio-Nord, à Rouyn-Noranda. Lise Aubé a été la première animatrice à CKRN-TV.

Une publicité pour les « soirées d'amateurs » de l'hôtel Nelson de La Sarre (1966)

Une publicité pour les « soirées d'amateurs » de l'hôtel Nelson de La Sarre (1966)

Photo : Page Facebook 100e La Sarre

« À la salle Nelson, on était plusieurs qui participaient à des concours [d’amateurs]. Il y avait Isabelle Forget, de Dupuy je pense, une belle grande fille. Elle chantait bien. Des fois c’est moi qui gagnais, des fois c’était elle. » C’est lors de ces compétitions locales que Mme Aubé s’est forgé une voix et une expérience de scène, mais surtout, qu’elle a eu la piqûre du chant. Et c'est en particpant à un tel concours qu'elle a été nommée « Reine du Nord-Ouest »!

D'infirmière à chanteuse

Le destin a voulu que sa sœur Andrée, animatrice à Sherbrooke, subisse un important accident. Dany a donc quitté La Sarre avec l’intention de s’occuper de sa sœur à sa résidence d’Estrie. Son rôle d’infirmière lui a valu de faire la rencontre de plusieurs membres influents de l’industrie du « show-business » qui venaient rendre visite à sa sœur.

Un représentant de la compagnie de disques Trans-Canada, apprenant que Dany Aubé était chanteuse, lui a demandé une maquette. Le lendemain, elle était invitée à Montréal pour signer un contrat avec le producteur Tony Caticchio. « Étant donné que je venais de La Sarre, de l’Abitibi, je désirais être chanteuse, mais je me disais que ça ne se pouvait pas parce que je restais trop loin, se décourageait-elle. Mais quand je suis passée par Sherbrooke… on dirait que la vie nous place tout sur le bon chemin quand on veut vraiment quelque chose. J’ai rencontré M. Caticchio et à partir de ça, c’est parti! »

Tony Caticchio et Dany Aubé présentés dans le magazine « Disque-Ton » en 1967

Tony Caticchio et Dany Aubé présentés dans le magazine « Disque-Ton » en 1967

Photo : « Disque-Ton » / Archives Félix B. Desfossés

Aujourd'hui La Sarre, demain le monde

Photo promotionnelle de Dany Aubé

Photo promotionnelle de Dany Aubé

Photo : Archives Félix B. Desfossés

Avec lui, elle enregistre la chanson Goodbye, au revoir, arrivederci, en 1965. La carrière de Dany Aubé explose. 60 000 copies sont écoulées. « À ce moment-là, dès qu’on faisait un hit à la radio, si Jeunesse d’aujourd’hui nous engageait pour passer à la cette émission-là, c’était comme La Voix aujourd’hui : tu étais consacrée. Quand tu passais à Jeunesse d’aujourd’hui, tu étais vedette », rappelle-t-elle. Non seulement a-t-elle été invitée à la prestigieuse émission de Télé-Métropole, mais elle est devenue une invitée régulière de plusieurs autres émissions télévisées.

Les succès suivants s’enchaînent à une vitesse impressionnante. Il m’appelait Goguette et Ma casquette dominent les palmarès radio en 1966. Elle a 19 ans et elle est au sommet de l’industrie musicale. Elle se démarque parmi plus de 150 chanteuses populaires.

Dany Aubé donne des spectacles en tête d’affiche dans les plus grands cabarets et prend part aux grandes tournées musicales avec les artistes les plus populaires du moment. Le succès l’amène se produire au Mexique, sur le fameux bateau Queen Elizabeth, en Allemagne, à Chypre et en Italie.

Une femme d'Abitibi qui prend sa place

Un 45 tours de Dany Aubé

Un 45 tours de Dany Aubé

Photo : Archives Félix B. Desfossés

La jeune Lasarroise est l’une des figures yéyé les plus en vue, sur le même piédestal que Jenny Rock ou Michèle Richard. En pleine époque des mini-jupes, elle devient une icône pop. « Je suis restée toujours terre à terre. Je ne me suis jamais prise pour une vedette. Mon gérant m’avait dit : "Dany, si un jour tu penses que tu es le top, à ce moment-là, tu n’avances plus. Il faut toujours que tu travailles." », cite-t-elle.

Avec cette éthique de travail, Dany Aubé arrive à tirer le meilleur d’une époque de changements majeurs. Quand elle pense à sa génération comparativement à celle de ses parents, elle constate à quel points les mœurs se sont libérées, particulièrement pour la femme. « Dans ce temps-là, tout était permis, c’était peace and love et tout ça. Ce n’était pas comme dans le temps de nos mères! On était plus libres et c’était plus accepté, dit-elle. C’est ça la révolution de la femme! On pouvait foncer quand on en avait envie. »

Peu d’artistes de l’Abitibi-Témiscamingue ont connu des carrières musicales aussi populaires que celle de Dany Aubé, de 1965 à 1972. Parmi les femmes de la région qui ont percé l'industrie musicale, Mme Aubé est probablement celle qui a connu le plus grand succès populaire, aux côtés de Diane Tell et Isabelle Pierre. Pourtant, de nos jours, on ne parle que très peu d’elle. Mme Aubé mène une vie tranquille à Val-d’Or où l'art et la peinture l’animent.

Mais ce qu’elle retient de sa carrière de chanteuse, ce n’est pas le vedettariat. C’est le dépassement de soi. C’est ce qui la rend fière.

Tout ce temps-là, c’était extraordinaire, mais je me souviens d’une fois où je chantais à la Place des Arts. On a toujours le trac avant. J’ai dit au régisseur : Je ne serai pas capable! Il me pousse sur la scène! Rendu sur la scène, un coup que le pied était là, mon Dieu! Ça a été super! Toutes ces choses-là que les artistes vivent… les gens ne peuvent pas s’imaginer à quel point on fait des gros efforts sur nous autres.

Dany Aubé

Abitibi–Témiscamingue

Musique