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Le parcours d'une mère qui a tout tenté pour sauver sa fille

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Une femme rousse portant des lunettes rouges est assise sur un fauteuil de cuir.

Johanne Brunelle

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2017 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Une mère dont la fille atteinte de problèmes mentaux s'est enlevé la vie livre un vibrant témoignage, quelques semaines avant le dépôt d'un rapport sur la loi portant sur l'hospitalisation d'une personne contre son gré. Cette modification aurait pu lui apporter le soutien nécessaire.

Un texte de Davide Gentile

Plus de deux ans après le suicide de sa fille, la douleur reste vive pour Johanne Brunelle.

« Des fois, je me sens coupable de pas aller la rejoindre, dit la mère de famille de Saint-Jean-sur-Richelieu. Mais je ne peux pas parce qu'il y a tout le reste autour de moi. »

Son épreuve illustre les difficultés pour les familles, et pour les psychiatres, à concilier les droits des patients avec leur santé.

« Dès le secondaire, c'était difficile », relate Johanne au sujet de sa fille Catherine. Elle rechignait à voir le médecin. La situation s'aggravait chaque année, jusqu'à une tentative de suicide en 2012 à l'âge de 22 ans.

Catherine a survécu, malgré de multiples fractures.

Je me suis dit : "Enfin, ils vont l'aider avec ses problèmes de santé mentale."

Johanne Brunelle

On pense alors qu'elle est dépressive et qu'elle souffre d'un trouble de personnalité limite.

Mais Catherine refuse qu'on traite ses problèmes psychologiques. « Elle était majeure et ne présentait pas de danger pour elle-même et les autres. Ils ne pouvaient pas la garder de force! », raconte Mme Brunelle.

Sa fille Catherine, qui sort handicapée de sa tentative de suicide, retourne à la maison avec ses démons.

Une photographie de Johanne Brunelle et sa fille CatherineAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Johanne Brunelle et sa fille Catherine

Photo : Radio-Canada / Courtoisie : La famille Brunelle

Nouvelles menaces de suicide dans les mois qui suivent. Les policiers l'amènent à deux reprises à l'hôpital. Chaque fois, c'est le même scénario. « Ils l'ont gardée 24 heures. Le lendemain, ils l'ont laissée sortir », dit Johanne Brunelle.

La jeune femme ne présente plus de danger « immédiat » pour elle-même ou autrui, l'élément-clé de la loi qui permet de forcer l'hospitalisation. « S'il n'y a pas de danger, quelqu'un ne pourra pas être gardé », dit Gilles Chamberland de l'Institut Philippe-Pinel.

« C'est difficile d'évaluer le danger quand quelqu'un veut retenir de l'information pour ne pas être gardé contre son gré », affirme le psychiatre.

Il est encore plus difficile de forcer la jeune femme à suivre une thérapie ou à accepter une médication.

Fin 2014, après plusieurs jours sans nouvelles de sa fille, elle demande l'aide des policiers, qui la rappellent quelques heures plus tard.

Je me rappelle très bien la phrase : "Votre fille s'est enlevé la vie."

Joanne Brunelle

Comme d'autres proches dans la même situation, Johanne Brunelle a beaucoup souffert de la maladie de sa fille. Elle combat une dépression et, plus de deux ans après la mort de sa fille, elle garde des remords. « Peut-être que si j'avais appelé [la police] deux heures d'avance, ils l'auraient sauvée. Peut-être qu'il y aurait eu un déclic et qu'elle aurait accepté d'être traitée », dit-elle.

Changer la loi

Plusieurs personnes réclament, depuis des années, qu'on assouplisse la loi P-38 contre la difficulté d'hospitaliser certains malades.

« Il faut faire en sorte que ces personnes-là puissent être traitées de façon précoce », affirme Francine Dubé de la Société québécoise de la schizophrénie.

On ne considère pas du tout ce que vivent les familles.

Francine Dubé, directrice générale de la Société québécoise de la schizophrénie.

L'avocat Jean-Pierre Ménard pense que les lois québécoises sur l'hospitalisation sont adaptées. Il estime que c'est le suivi des gens qui sortent de l'hôpital qui est déficient. « En santé mentale, c'est un immense problème. Souvent, le seul service qui existe, c'est d'appeler la police pour ramener la personne à l'hôpital », explique-t-il.

D'autres provinces comme le Nouveau-Brunswick veulent changer les lois pour permettre aux médecins d'intervenir plus tôt contre les problèmes de santé mentale.

En décembre, le ministre québécois de la Santé, Gaétan Barrette, se disait ouvert à l'idée de modifier la loi pour faciliter l'hospitalisation dans certains cas de maladie mentale. Il n'a toutefois pas évoqué la possibilité de faciliter l'obligation de traitement.

Un comité travaille depuis 2011 sur une révision éventuelle de la loi. Le rapport doit être présenté au gouvernement d'ici quelques semaines.

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