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Transfert des services du fédéral au provincial : les francophones oubliés?

La porte d'entrée du centre de services à l'emploi WorkBC au centre-ville de Vancouver, qui affiche dans les deux langues officielles.

Les centres de services à l'emploi affichent dans les deux langues officielles.

Photo : Radio-Canada / Julie Landry

Radio-Canada

Quand le gouvernement fédéral transfère la responsabilité des services aux provinces, les obligations linguistiques doivent-elles suivre? Le gouvernement fédéral doit-il s'assurer que les francophones continuent de recevoir des services quand il y a dévolution de pouvoir? C'est ce qui est au coeur d'une cause qui sera entendue les 15, 16 et 17 mars en Cour fédérale.

Un texte de Julie Landry

En effet, la Fédération des francophones de la Colombie-Britannique (FFCB) poursuit le gouvernement fédéral parce qu’elle croit qu’il a failli à faire respecter ses obligations linguistiques quand il a transféré les services d’aide à l’emploi aux provinces, en 2008.

« En résultat, il y a moins de services d’aide à l’emploi et la qualité est amoindrie », explique l'un des avocats de la FFCB, Justin Dubois, de la firme Juristes Power.

Christian Deron, coordinateur des relations gouvernementales et de la recherche à la Fédération des francophones de la Colombie-BritanniqueAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Christian Deron, coordinateur des relations gouvernementales et de la recherche à la Fédération des francophones de la Colombie-Britannique

Photo : Radio-Canada / Julie Landry

Christian Deron en sait quelque chose. Il observe la situation depuis 2008, en tant que coordinateur des relations gouvernementales et de la recherche à la FFCB. Pour le rapport du commissaire aux langues officielles sur le sujet, il avait même fait le tour des centres d’emploi pour demander des services en français.

« Il y a des endroits où effectivement j’ai eu mon service en français », raconte-t-il.

Il y a d’autres endroits où on m’a dit gentiment : "Monsieur, si vous voulez parler le français, rentrez au Québec."

Christian Deron, coordinateur des relations gouvernementales et de la recherche à la FFCB

Il constate qu'il existe maintenant une volonté de la province qui n’était pas là auparavant, mais que le problème réside dans le manque d’uniformité. « C’est le grand problème du service actuel. (...) À travers la province, c’est très très très inégal », explique M. Deron.

Un service vraiment bilingue?

Katia Dorcin le constate sur place, puisqu’elle est conseillère en emploi pour les francophones à Vancouver, au centre Open Door (Centre d’emploi de Work BC), et employée du centre communautaire La Boussole. Elle se retrouve à aider des francophones de la grande région de Vancouver qui n’ont pas pu recevoir des services en français dans leur secteur.

Katia Dorcin, conseillère en emploi pour les francophones à VancouverAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Katia Dorcin, conseillère en emploi pour les francophone à Vancouver

Photo : Radio-Canada / Julie Landry

Et ce n’est pas parce que le service bilingue est affiché qu’il l’est vraiment. « Dans les Work BC, il y a des personnes qui se disent bilingues, sauf que leur niveau de langue en français n’est pas si compréhensible. Des fois, j’ai affaire avec eux. On commence en français et on vire à l’anglais parce qu’il y a une mauvaise compréhension », constate-t-elle.

Un résident qui veut garder l’anonymat a parlé à Radio-Canada de ce qu'il a vécu dans les centres de Kelowna et de West Kelowa, qui publicisent des services bilingues. Dans un courriel, il écrit : « Personne dans leurs bureaux ne parle le français. Quand j'ai demandé pourquoi ils répondent au téléphone en français s'ils ne parlent pas le français, on m'a répondu que c'est leur employeur qui les y oblige. Tsé, c'est de la fausse publicité pour paraître bien. En tout cas, c'est pas fort fort. »

Certains dépliants offerts dans les centres de services à l'emploi sont en français.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Certains dépliants disponibles dans les centres de services à l'emploi sont en français.

Photo : Radio-Canada / Julie Landry

Les gouvernements se disent engagés

Le ministère fédéral de l'Emploi et du Développement social a indiqué ceci dans un courriel :« Bien que le gouvernement verse du financement en vertu des Ententes sur le développement du marché du travail, les décisions concernant la prestation de programmes et de services en matière d’emploi en Colombie-Britannique relèvent du gouvernement de la Colombie-Britannique. Les provinces ont la flexibilité d’élaborer les programmes liés au marché du travail selon leurs besoins particuliers. »

Par courriel, la ministre du Développement social de la Colombie-Britannique, Michelle Stilwell, a indiqué que la province offre des services bilingues là où la demande est suffisante, comme à Abbotsford, à Chilliwack, à Kamloops, à Kelowna, à Nanaimo, à Penticton, à Prince George, à Vancouver et à Victoria. Elle précise que la province fait un suivi pour que les services soient constants. Elle vante aussi le site web de WorkBC traduit en français et les services de traduction offerts à ceux qui utilisent les services par téléphone ou par courriel.

Toutefois, la qualité du français n’est pas toujours là, d’après Katia Dorcin, qui croit qu’il devrait avoir un test et des formations pour s’assurer que les conseillers parlent et comprennent vraiment la langue. Cette langue commune est essentielle pour un bon service. « En français, c’est beaucoup plus facile pour le client et aussi pour le conseiller. [...] On le guide complètement parce qu’on a pris le temps de l’écouter et de comprendre ce qu’il recherche. »

Retour au guichet unique

Au centre de services à l'emploi du centre-ville de Vancouver, un poste de travail est destiné aux francophones avec un clavier en françaisAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Au centre de services à l'emploi du centre-ville de Vancouver, un poste de travail est dédié aux francophones.

Photo : Radio-Canada / Julie Landry

L’idéal, selon les francophones, serait un retour au service d’aide à l’emploi offert par les associations francophones, comme c’était le cas avant. D’ailleurs, les francophones de Victoria ont pu garder leur centre d’emploi dans les bureaux de la Société francophone de Victoria, même si une entreprise externe en assure l’administration « La recherche en sciences sociales démontre toujours que les services offerts directement par la communauté, par les organismes francophones, répondent davantage aux besoins de cette communauté », dit l’avocat Justin Dubois.

Les francophones de la Colombie-Britannique espèrent gagner cette cause pour qu’elle fasse jurisprudence. « Pour que le gouvernement fédéral, pour des raisons qui sont strictement financières, cesse cette manie de garrocher les choses vers les provinces, juste parce qu’il ne veut plus s’en occuper », conclut Christian Deron.

Colombie-Britannique et Yukon

Francophonie