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La mobilisation des agriculteurs québécois coûtera-t-elle la victoire à Maxime Bernier?

Le reportage de Raphaël Bouvier-Auclair
Radio-Canada

Des centaines d'agriculteurs québécois mécontents de la position de Maxime Bernier sur la gestion de l'offre se procurent leur carte de membre du Parti conservateur. À moins de trois mois de l'élection du prochain chef, ils espèrent que leur mobilisation coûtera la victoire au député de Beauce.

Un texte de Raphaël Bouvier-Auclair

Il se promène avec des formulaires d'adhésion au Parti conservateur en main et discute de stratégies. Si nous ne l'avions pas rencontré dans sa ferme familiale, nous aurions pu croire que Martin Nichols est conseiller politique et non agriculteur.

Depuis quelques semaines, ce producteur laitier de la région de Saint-Hyacinthe est un membre conservateur en règle.

Tu m'aurais dit il y a un mois : "Tu vas vendre des cartes du Parti conservateur", je t'aurais donné un coup de pied au derrière et je t'aurais mis dehors.

Martin Nichols, agriculteur
Le producteur laitier Martin Nichols est membre du Parti conservateur depuis quelques semaines. Le producteur laitier Martin Nichols est membre du Parti conservateur depuis quelques semaines. Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair

Sa motivation : la défense de la gestion de l'offre. Il n'a pas digéré la prise de position de l'aspirant chef conservateur Maxime Bernier contre ce mécanisme. Le député de Beauce propose d'abolir ce système qui permet de prévoir la production de certains produits, dont le lait, et estime que les consommateurs paieraient moins cher.

Martin Nichols a déjà encouragé une dizaine de personnes dans son entourage à l'imiter et à se doter, elles aussi, d'une carte de membre du parti pour nuire aux chances de Maxime Bernier de devenir chef en mai.

Gestion de l'offre :

Mécanisme de distribution de quotas qui permet aux producteurs de lait, d'œufs et de volaille de planifier la production et de négocier les prix.

Un mouvement qui prend forme

Martin Nichols ne mène pas ce combat seul. Nous nous sommes rendus mardi dans une assemblée de producteurs de lait de la Montérégie. Plusieurs d'entre eux étaient déjà membres du parti et des dizaines de formulaires d'adhésion ont été remplis.

Sur Facebook, près de 8000 personnes ont rejoint en moins de deux mois un groupe qui les invite à devenir membres du Parti conservateur pour défendre la gestion de l'offre.

Le nombre est considérable, surtout que, selon nos informations, le Parti conservateur ne compte que 5500 membres au Québec.

Avec le système électoral qui permettra d'élire le prochain chef, chaque circonscription a le même poids.

Au Québec, la moitié des 78 circonscriptions québécoises ont actuellement moins de 50 membres.

Difficile à ce stade de savoir combien d'agriculteurs sont réellement devenus membres, mais dans les camps de différents candidats, on s'attend à ce qu'il y en ait au moins 2000, voire beaucoup plus.

La mobilisation des agriculteurs pourrait donc avoir un impact significatif dans au moins une trentaine de circonscriptions, notamment dans les régions de Québec, de Chaudière-Appalaches, de l'Estrie et de la Montérégie.

Des candidats en mode séduction

Pas étonnant que certains des adversaires de Maxime Bernier courtisent les agriculteurs québécois.

Le candidat à la direction du Parti conservateur, Andrew Scheer, en train de parler à un producteur de lait. Le candidat à la direction du Parti conservateur, Andrew Scheer, en train de parler à un producteur de lait. Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair

« Il y a beaucoup de circonscriptions avec des membres qui appuient le système », a dit le candidat Andrew Scheer qui s'est présenté avec plusieurs formulaires d'adhésion à l'assemblée des producteurs de lait à Saint-Hyacinthe, mardi.

Son adversaire, le député québécois Steven Blaney, est aussi venu prononcer un discours devant les producteurs montérégiens­.

N'eût été de l'attaque frontale contre la gestion de l'offre, je n'aurais pas été candidat à la direction du Parti conservateur.

Steven Blaney, candidat à la direction du Parti conservateur
Le candidat à la direction du Parti conservateur, Steven Blaney, devant des producteurs laitiers de la Montérégie, mardi. Le candidat à la direction du Parti conservateur, Steven Blaney, devant des producteurs laitiers de la Montérégie, mardi. Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair

Maxime Bernier persiste et signe

À quelques mois de la fin de la course et avec la mobilisation des agriculteurs qui prend de l'ampleur, le député de Beauce n'entend pas changer de plan.

Il veut abolir la gestion de l'offre et offrir des compensations aux producteurs.

Je suis en politique pour défendre des principes. Je l'ai dit dès le début de la campagne, lorsqu'on croit au libre marché, à la liberté économique et qu'on veut défendre les consommateurs, il y a peut-être un prix à payer. Je suis prêt à le payer ce prix politique là.

Maxime Bernier, candidat à la direction du Parti conservateur
Maxime Bernier, candidat à la chefferie du PCCMaxime Bernier, candidat à la chefferie du PCC Photo : Radio-Canada / Virginie Gagnon-Leduc

Le député rappelle que des discours en faveur de la gestion de l'offre ont été hués lors de débats entre les candidats à Edmonton et Montréal. Maxime Bernier estime donc que sa proposition séduit plusieurs membres.

Dans cette compétition où la vente de cartes de membres est centrale, le temps est compté. La date limite pour adhérer au Parti conservateur est le 28 mars.

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