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Mythes, fausses idées et croyances en éducation : quelques pièges à éviter

Mythes, idée fausse et croyance pédagogiques
Mythes, idée fausse et croyance pédagogiques Photo: Radio-Canada / Angie Bonenfant
Radio-Canada

On veut tous le meilleur pour nos enfants. On souhaite leur donner la meilleure éducation possible. On est à l'affût des dernières tendances en enseignement, et parfois, on se laisse emporter par une nouvelle approche. Même les enseignants ne sont pas à l'abri de certaines mauvaises surprises.

Un texte d'Angie Bonenfant

Nous avons demandé à des spécialistes en enseignement de déboulonner certains mythes provenant du monde de l'éducation, de départager le vrai du faux, de faire la part des choses entre ce qui a été prouvé scientifiquement et ce qui a été réfuté. Bien évidemment, les opinions exprimées dans le texte qui suit sont matière à débat.


1. Plus la punition « fait mal », plus c'est efficace

Un enfant en punitionUn enfant en punition Photo : iStock / .

L'idée selon laquelle plus une punition « fait mal » à l'enfant qui la subit, plus elle est efficace est probablement l'une des erreurs les plus courantes constatées par Nancy Gaudreau, professeur à la Faculté d'éducation de l'Université Laval.

Il y a, dit-elle, parmi certains parents et quelques enseignants, cette fausse impression selon laquelle un enfant ne comprendrait pas véritablement sa leçon, si la correction qui lui est infligée n'est pas assez sévère.

« Tant que l'enfant n'a pas pleuré, il n'a pas compris », « Juste qu'il soit repentant, ce n'est pas assez, il faut plus! », « Il faut que ça le touche là où ça lui fait le plus mal »… Ces phrases sont représentatives d'une vieille mentalité selon laquelle l'enfant doit souffrir pour apprendre de ses erreurs, soutient Mme Gaudreau.

Elle déplore que certaines écoles fassent encore trop souvent l'usage de punitions, qui ont pour effet d'humilier ou d'isoler socialement les élèves, au lieu de privilégier des gestes réparateurs, qui leur enseignent à assumer les conséquences et à apprendre de leurs erreurs.

Cette façon de faire, croit Nancy Gaudreau, va à l'encontre d'une approche éducative.


2. Les enfants d'âge scolaire apprennent mieux avec un iPad

L'utilisation de nouvelles technologies dans les classes est de plus en plus populaire.L'utilisation de nouvelles technologies dans les classes est de plus en plus populaire. Photo : iStock / monkeybusinessimages

Les nouvelles technologies de l'information, telles les tablettes, sont omniprésentes. Il ne faut donc pas s'étonner qu'elles fassent aussi leur apparition dans les salles de classe. Mais favorisent-elles réellement l'apprentissage?

« La question était très pertinente, il y a longtemps. Mais de nos jours, malgré le fiasco des tableaux numériques, ce n'est plus la question à se poser », laisse entendre Thierry Karsenti, titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les technologies de l'information et de la communication en éducation à l'Université de Montréal.

En 2017, il y a tellement de choses que l'on peut faire avec le numérique que la réponse est : oui. On peut vraiment apprendre plus avec le numérique.

Thierry Karsenti, titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les technologies de l'information et de la communication en éducation, Université de Montréal.

Il y a toutefois un bémol. « C'est faux de croire que si on remet une tablette à des enfants du secondaire, ils vont spontanément aller sur Wikipédia pour apprendre des choses savantes », ajoute M. Karsenti. « Ils vont jouer à des jeux ou aller sur des réseaux sociaux, garçons ou filles, c'est la même chose. Une tablette ce n'est pas magique! »

« Les recherches actuelles démontrent à tous les coups que les nouvelles technologies ont un effet positif sur la réussite, mais cette répercussion peut être petite selon l'usage qu'on en fait », tient-il à préciser. « La formation des enseignants est importante et il faut regarder quels outils a le plus de potentiel en éducation. »


3. L'école est faite pour tous les enfants

Des enfants marchant vers l'écoleDes enfants marchant vers l'école Photo : Getty Images / Andreas Rentz

L'un des plus gros mythes entourant l'apprentissage scolaire est de croire que l'école est faite pour tous les enfants, selon Serge Larivée, professeur titulaire à l'École de psychoéducation de l'Université de Montréal.

C'est une idée qui surprend et qui peut même choquer, admet-il, mais tous les enfants n'ont pas, selon lui, les capacités pour fréquenter l'école dite « traditionnelle ».

Peu de gens acceptent de le reconnaître, poursuit-il, mais il y a dans cette affirmation la principale variable du décrochage scolaire. « Il me semble que si vous n’aviez pas de bonnes capacités intellectuelles, vous auriez vous aussi le goût de lâcher l'école, n'est-ce pas? L'école n'est pas faite pour tout le monde », lance-t-il.

S'il n'en tenait qu'à lui, tous les enfants présentant des problèmes à l'école devraient passer un test de QI. Ceux qui ont de bonnes capacités intellectuelles seraient incités à rester à l'école.

Par contre, ceux qui n'auraient pas démontré de bonnes habiletés intellectuelles seraient encouragés à poursuivre leurs études jusqu'à l'âge légal requis, selon la loi. Ensuite, ils seraient orientés vers une école de métier de leur choix, dans un domaine qui les passionne.

Ce n'est pas tout le monde qui doit aller à l'université. On a besoin de bons plombiers, de bons électriciens, etc.

Serge Larivée, professeur titulaire, École de psychoéducation, Université de Montréal

« Si un enfant veut aller à l'université plus tard, il n'a pas le choix, il doit démontrer qu'il a de bonnes notes », rappelle-t-il.


4. C'est comme ça qu'on a appris à l'école, alors la formule est bonne

Un enfant apprend à écrire à l'école.Un enfant apprend à écrire à l'école. Photo : iStock / .

L'éducation soutient Nancy Gaudreau est une science, pas seulement une expérience. Malheureusement, trop de gens se basent sur leur expérience personnelle comme approche pédagogique.

« On m'a élevé d'une certaine façon. Moi, ça m'a aidé, alors ça doit être bon. » Voilà un raisonnement qui ne tient pas la route, selon Mme Gaudreau. Ce qui a été utilisé comme méthode d'enseignement, il y a 30 ans, n'est pas nécessairement la meilleure approche aujourd'hui, soutient-elle.

Les sciences de l'éducation évoluent au même titre que d'autres domaines scientifiques telle la santé, explique-t-elle. Vous n'utiliseriez pas les mêmes méthodes chirurgicales pour le coeur qu'il y a 30 ans, alors pourquoi en serait-ce ainsi en pédagogie, se questionne-t-elle.

Les enseignants se doivent donc d'être à l'affût des dernières tendances en éducation, afin de donner à leurs élèves un maximum de chances de réussir.


5. Les devoirs ne sont pas nécessaires à l'apprentissage scolaire

Comment aider les enfants avec leurs devoirs?Comment aider les enfants avec leurs devoirs? Photo : iStock.com/Svetlana Damjanac

L'abandon des devoirs est une question qui divise les enseignants. Ceux qui prônent pour l'abandon soutiennent que les devoirs reflètent des méthodes d'enseignement d'il y a 50-60 ans et qu'ils n'ont pas un si grand effet positif sur les résultats scolaires.

Le professeur Thierry Karsenti n'adhère pas à cette idée. « Il semble clair qu’éliminer totalement les devoirs à l'école primaire constituerait une grave erreur », a-t-il écrit dans son ouvrage intitulé Les devoirs : ce que dit la recherche, les stratégies gagnantes, l'impact des technologies.

Les devoirs à l'école primaire, dit-il, sont une façon de préparer les élèves à la charge de travail qui les attend au secondaire, où le rôle des devoirs est important.

« Il ne faut toutefois pas se leurrer », avise-t-il. « Des devoirs trop chronophages donnés à de jeunes enfants restés assis de longues heures sur les bancs d'école seraient tout autant [ une erreur ]. »

Pour être efficaces, les devoirs doivent s'inscrire dans le prolongement de ce que les élèves apprennent à l'école et la tâche ne doit pas être trop lourde pour les enfants, selon M. Karsenti.


6. Il existe plusieurs types d'intelligence pour apprendre

Un enfant lit un livreL'accès à des activités culturelles et à des livres favorise l'apprentissage des jeunes, selon le professeur en sciences de l'éducation à l'Université du Québec à Rimouski, Jean Bernatchez. Photo : iStock/evgenyatamanenko

Connaissez-vous la théorie sur l'intelligence multiple de Howard Gardner, professeur en sciences de l'éducation à l'Université Harvard? Elle laisse entendre que l'intelligence d'un enfant d'âge scolaire ne se mesure pas uniquement par ses capacités linguistiques et logico-mathématiques. Il existerait, selon le professeur Gardner, plusieurs formes d'intelligence. Il en a catégorisé huit.

Un élève qui présente de faibles résultats à un test de QI ne serait pas nécessairement « inintelligent », selon Gardner, parce que ces tests ne sont pas conçus pour mesurer tous les types d'intelligence (musicale, spatiale, interpersonnelle, intrapersonnelle, etc.)

« C'est [une théorie] très à la mode chez les enseignants. Le problème, c'est que cela ne mesure pas l’intelligence mais des talents », émet comme réserve Serge Larivée.

La théorie de Gardner cherche surtout à renforcer l'estime des élèves, croit-il.

On fait ici une confusion entre intelligence et talent. Cette confusion crée de faux espoirs, mais rassure beaucoup les enseignants.

Serge Larivée, professeur titulaire, École de psychoéducation, Université de Montréal

Les tests d'intelligence actuels (QI) demeurent d'excellents prédicateurs de réussite au primaire et au secondaire, selon M. Larivée, et les seuls aptes à mesurer adéquatement les capacités intellectuelles.


7. L'aménagement des classes peut favoriser la réussite

Photo d'élèves en classe.Des élèves en classe. Photo : Shutterstock/Syda Productions

Même si certaines recherches ont démontré qu'une classe bien aménagée avait un certain effet bénéfique sur l'apprentissage des enfants, il ne faut surtout pas croire que le « design intérieur » est le seul responsable de ces réussites, selon la professeure Nancy Gaudreau. L'enseignant, dit-elle, demeure au coeur de la réussite scolaire des enfants.

Ce n'est pas comment on aménage une classe qui fait la différence, soutient-elle, mais les actions que va poser l'enseignant au sein de cette classe. Quelles activités fait-il vivre à ses élèves? Comment réussit-il à motiver sa classe?

Entre un enseignant hyper dynamique, passionné, qui maîtrise bien son contenu, qui entretient de bonnes relations avec ses élèves, mais qui évolue dans un local traditionnel, et un enseignant nullement passionné et peu tolérant, qui travaille dans une classe 2.0, à la fine pointe de la technologie, avec une décoration stimulante, le choix de Mme Gaudreau est clair.

De beaux espaces de travail repensés améliorent certainement la qualité de l'enseignement et stimulent la motivation des élèves, mais les enseignants demeurent les piliers d'une éducation réussie, selon elle.


8. Écouter un certain genre de musique rend plus intelligent

Un bébé écoute de la musique.Un bébé écoute de la musique. Photo : iStock / .

Mettons une chose au clair : faire écouter du Mozart à votre nouveau-né ne le rendra pas plus intelligent! Les recherches à ce chapitre sont claires. Cette théorie n'est qu'une légende urbaine. Là-dessus, nos experts sont tous d'accord.

Par contre, certaines études ont démontré qu'écouter de la musique en travaillant permettrait aux élèves d'améliorer leurs résultats scolaires ainsi que leur capacité de travail et d'apprentissage.

Même s'il est d'accord avec les conclusions de ces études, Thierry Karsenti souligne qu'il serait prudent de ne pas généraliser trop vite.

Malgré l'action bienfaitrice qu'on lui reconnaît sur le cerveau et la mémoire, la musique demeure potentiellement une source de distraction.

Thierry Karsenti, Université de Montréal [extrait de son livre Les devoirs: ce que dit la recherche, les stratégies gagnantes, l'impact des technologies]

« Pour éviter ce piège », dit-il, « il semble donc préférable d'écouter de la musique sans paroles (la musique instrumentale favoriserait la concentration) et de la musique plus lente. »

Et, surtout, ne pas perdre de vue que l'absence totale de bruit est aussi bénéfique.

Ottawa-Gatineau

Éducation