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Berlin outré par les accusations de « nazisme » du président turc Erdogan

Le président turc Recep Tayyip Erdogan, lors d'un rassemblement des femmes en faveur du « oui », dimanche, à Istanbul.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan, lors d'un rassemblement des femmes en faveur du « oui », dimanche, à Istanbul.

Photo : Getty Images / OZAN KOSE

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2017 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

La chancellerie fédérale allemande réagit avec colère aux propos incendiaires du président turc Recep Tayip Erdogan, furieux que des rassemblements électoraux favorables à une extension de ses pouvoirs aient été annulés par des municipalités allemandes.

Lors d'un rassemblement tenu dimanche à Istanbul, M. Erdogan a déclaré que l’annulation de ces rassemblements, organisés en vue du référendum constitutionnel turc du 16 avril, évoquait des pratiques « qui ne diffèrent en rien de celles de la période nazie ».

« Nous rejetons fermement toute comparaison entre la politique de la démocratique République fédérale allemande et l'époque nazie », a commenté lundi le porte-parole d'Angela Merkel, Steffan Seibert, lors de son point de presse régulier.

« De telles comparaisons sont toujours absurdes et déplacées parce qu'elles ne conduisent qu'à une chose : une banalisation des crimes contre l'humanité. »

— Une citation de  Steffan Seibert, porte-parole d'Angela Merkel

« Ces accusations sont absolument inacceptables », a renchéri le chef de cabinet de la chancelière Angela Merkel, Peter Altmaier, sur l'antenne de la chaîne ARD. « Il n’y a aucune raison que [le pouvoir turc] nous fasse la leçon ou des reproches. »

Berlin va « très clairement » exprimer son mécontentement à Ankara, a ajouté M. Altmaier. Une rencontre entre les ministres des Affaires étrangères des deux pays doit notamment avoir lieu mercredi.

Selon des médias allemands, le chef de la diplomatie turque, Mevlüt Cavusoglu, doit également se rendre mardi à Hambourg, pour faire campagne pour le oui au référendum auprès de l’importante communauté turque allemande.

Une diaspora favorable à Erdogan

Environ 3 millions de Turcs ont élu domicile en Allemagne depuis les années 60, dont 1,4 million pourront voter au référendum. Cela fait du pays la quatrième circonscription électorale turque en importance, après Istanbul, Ankara et Izmir.

M. Erdogan y jouit d’un fort soutien. Aux élections législatives de novembre 2015, son parti politique, l’AKP, a récolté 59,7 % des suffrages, contre 49,5 % en Turquie. Dans la mesure où le référendum sur le renforcement de ses pouvoirs s’annonce serré, cet électorat pourrait être déterminant.

« Le vote des Turcs de l'étranger n'a été instauré que pour l'élection présidentielle de 2014. Seulement 10 % des personnes concernées avaient alors voté. [Elles] étaient 50 %, aux législatives de 2015 », rappelle Jean Marcou, professeur à Sciences Po Grenoble. « Contrairement à ses prédécesseurs laïques, l'AKP a toujours parlé à cette diaspora. ».

Depuis le putsch raté de juillet 2016, qui a incité le gouvernement turc à déclencher une vague de purges, les tensions se sont multipliées en Allemagne entre pro-Erdogan et anti-Erdogan.

Les heurts entre les deux camps sont restés limités, mais Berlin craint que les conflits intérieurs soient attisés par l'actuelle campagne électorale. La chancellerie a déjà appelé la communauté à ne pas importer ces différends en Allemagne.

L'Allemagne compte également une communauté kurde forte d'un million de personnes, ce qui fait également craindre une importation sur le sol allemand du différend entre Turcs et Kurdes.

Cette inquiétude n'est pas nouvelle, mais elle a été ravivée quand la communauté kurde de Turquie est devenue l'une des cibles des purges organisées après le coup d'État manqué.

De nombreux contentieux

Ankara ne se prive d’ailleurs pas pour accuser l’Allemagne d’abriter des « terroristes », un qualificatif désignant tout à la fois des putschistes présumés et des militants du Parti des travailleurs du Kurdistan, une organisation considérée comme terroriste par Ankara, Bruxelles, Washington et Ottawa.

Les tensions politiques entre l’Allemagne et la Turquie semblent se multiplier depuis l’accord Union européenne-Turquie sur les migrants conclu d’abord et avant tout à l’initiative de la chancelière Angela Merkel.

Ankara digère mal les critiques allemandes des derniers mois sur le respect de la liberté d’expression et les droits des partisans de l’opposition dans la foulée des purges qui ont touché des dizaines de milliers de personnes.

Les tensions ont aussi été exacerbées après la reconnaissance par l’Allemagne du génocide arménien, en juin, et par la diffusion, à la télévision allemande, d’un poème satirique à caractère sexuel sur le président Erdogan.

La semaine dernière, de nouvelles tensions sont apparues après que le correspondant en Turquie du journal Die Welt eut été accusé de « propagande terroriste ».

Avec les informations de Reuters, et Agence France-Presse

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