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Comment Uber a trompé les autorités grâce à l’application Greyball

Une des techniques mises de l’avant par Uber consiste à établir un périmètre autour des édifices gouvernementaux

Une des techniques mises de l’avant par Uber consiste à établir un périmètre autour des édifices gouvernementaux.

Photo : Radio-Canada / Andrew Harrer/Bloomberg

Radio-Canada

Créer une application qui fait taire les opposants à son service ou qui trompe les forces de l'ordre un peu trop insistantes. C'est un peu ce qui est à l'origine de l'application Greyball, du géant international Uber, révèle un reportage du New York Times.

Le programme mis en place en 2014 utilise des données tirées de l’application Uber et plusieurs techniques afin d’identifier les représentants des autorités de réglementation qui essaient de prendre le service de transport de personnes en défaut.

En tout, le programme comporte une douzaine d’indicateurs. Le premier objectif est de protéger les conducteurs d'UberX, qui est la version économique du service offert par Uber.

Une des techniques utilisées par Uber consiste à établir un périmètre autour des édifices gouvernementaux. L’entreprise observe quels utilisateurs à proximité de ces édifices ouvrent et ferment l’application Uber, ce qu’on qualifie d'examen empirique (eyeballing) à l’interne.

Une autre stratégie consiste à regarder les informations de cartes de crédit des utilisateurs et à déterminer si cette dernière est liée à une institution financière comme une caisse populaire de policiers.

Le programme permet d’indiquer s’il s’agit de nouveaux utilisateurs réguliers ou, encore, de représentants des autorités de réglementation.

Un client qui tombe dans la deuxième catégorie a droit à des « véhicules fantômes » lorsqu’il ouvre son application. Il est aussi parfois informé qu’aucune voiture n’est disponible.

Si un vrai conducteur Uber fait monter, par hasard, un utilisateur suspect, il est rapidement invité à mettre fin au trajet.

Dans une déclaration, Uber explique qu'elle refuse d’offrir son service aux utilisateurs « qui violent les conditions d’utilisation – que ce soit des personnes qui s’en prennent physiquement à des conducteurs, des concurrents qui veulent déstabiliser [ses] opérations, ou des opposants qui complotent avec les autorités pour des opérations surprises visant à prendre [ses] conducteurs en défaut ».

Des employés d’Uber ont affirmé que cet outil faisait partie des mesures de sécurité mises en place afin de protéger les conducteurs dans certains pays. En France, en Inde et au Kenya, par exemple, les compagnies de taxis ont ciblé et attaqué les nouveaux conducteurs Uber.

Uber a également dit qu’elle était à risque en ce qui concerne les tactiques utilisées par les taxis et les limousines dans certains marchés. Dans ces endroits, l’application Greyball brouillait les positions des chauffeurs UberX afin de leur éviter d’être démasqués.

Au moins une cinquantaine de personnes à Uber étaient au courant de l’application, et certaines d’entre elles ont exprimé un des doutes par rapport au fait qu’elle était éthique ou légale. Le service juridique de l'entreprise a approuvé l’application.

Gagner du temps

Uber s’est servie de ces méthodes pour tromper les autorités dans des villes comme Boston, Paris et Las Vegas, et dans des pays comme l’Australie, la Chine et la Corée du Sud.

Ce stratagème a permis à Uber d’éviter des amendes à l’endroit de ses conducteurs en plus de gagner du temps à plusieurs endroits où son service était illégal, révèle le New York Times.

Par exemple, l’application Greyball a été utilisée à la fin de 2014 à Portland, en Oregon. L’administration municipale, en guerre ouverte avec Uber à ce moment, espérait arrêter des conducteurs en se servant de l’application.

Or, l’administration municipale n’a jamais été en mesure d’arrêter un conducteur.

Quelques semaines après avoir entrepris ses activités à Portland, le géant a conclu une entente avec l’administration municipale qui légalisait son service.

Plusieurs révélations

Cette révélation intervient alors qu'Uber peine à contrôler les dégâts causés par des allégations portant sur la culture sexiste, violente et dépravée qui régnerait au sein de l'entreprise.

Le patron fondateur du service, Travis Kalanick, a également été impliqué dans des polémiques.

Il s'est excusé en début de semaine après avoir eu une altercation avec un chauffeur Uber, allant même jusqu'à avouer qu'il devait « devenir adulte » et qu'il avait besoin d'aide pour son entreprise.

M. Kalanick avait aussi été critiqué pour avoir accepté de faire partie du forum stratégique de dirigeants d'entreprises chargé de conseiller le président américain, Donald Trump. Devant l'avalanche de protestations et les menaces de boycottage d'Uber que cela avait entraîné, M. Kalanick a quitté ce forum début février.

Uber est valorisée à hauteur de 68 milliards de dollars et est installée dans des dizaines de pays. Toutefois, l'entreprise accumule les pertes et les controverses. Elle a jusqu'ici largement couvert ses besoins financiers grâce à des investisseurs privés.

Avec les informations de New York Times, et Agence France-Presse

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