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Moment faste pour les femmes poètes

Nicole Brossard lors de la Nuit de la poésie le 27 mars 1970

Nicole Brossard lors de la Nuit de la poésie le 27 mars 1970

Photo : Capture d'écran du documentaire Nuit de la poésie du 27 mars 1970

Radio-Canada

Dans la nuit de samedi à dimanche, de minuit à 2 h du matin, la poésie était à l'honneur de la Nuit blanche à Montréal dans une reprise du concept de la fameuse Nuit de la poésie qui avait eu lieu en 1970. Cependant, il y avait une différence : les femmes étaient plus nombreuses à participer à cet événement qu'à celui d'il y a 47 ans.

Un texte de Cécile Gladel

« En 1970, c’était le début d’une prise de conscience. C’était la poésie du pays à travers l’indépendance, un cri de colère. La question des femmes n’était pas encore posée », souligne l’une des rares femmes qui a participé à la Nuit de la poésie, la poète et romancière Nicole Brossard. Michèle Lalonde, avec son célèbre poème Speak white, était aussi présente en 1970.

Michèle Lalonde lors de la première « Nuit de la poésie », le 27 mars 1970

Michèle Lalonde lors de la première « Nuit de la poésie », le 27 mars 1970

Photo : ONF/Jean-Claude Labrecque et Jean-Pierre Masse

À cette époque, le féminisme en était à ses balbutiements et les femmes poètes étaient peu nombreuses. « Même dans les réunions, il n’y en avait qu’une ou deux. L’ouverture s’est faite à partir de là pour mener à 1975, l’Année internationale de la femme. Ce fut très tumultueux, car on a entendu des paroles de femmes qui en avaient beaucoup à dire. Il y a eu une collision frontale quant à la conception de la poésie. On tentait de se comprendre et de s’inscrire [dans le mouvement féministe]. Il fallait tout déplacer et assumer sa solitude », rappelle Nicole Brossard.

Cette vague féministe et la prise de parole des femmes dans le milieu de la poésie ont diminué de 1985 aux années 2000. Puis, tout a repris à l’aube du 21e siècle, comme une sorte d’élan avec la nouvelle génération.

Les filles ne veulent pas faire ce que leurs mères ont fait, il faut attendre les petites-filles. C’est comme une vague, lance Nicole Brossard. Maintenant, nous sommes dans une période faste où cinq générations se côtoient dans la poésie. C’est d’une très grande richesse, car elles viennent de différents horizons culturels et de plusieurs générations.

Nicole Brossard

Une histoire qui date du 20e siècle
Plusieurs périodes distinctes ont été identifiées dans l’histoire des femmes poètes au Québec. La poésie des femmes a connu sa véritable sortie du placard au début du 20e siècle. Nicole Brossard le rappelle dans l'introduction de son Anthologie de la poésie des femmes au Québec, des origines à nos jours (2003). « Force est de reconnaître que les premiers recueils de poèmes écrits par des femmes ne verront le jour qu’au début du 20e siècle », écrit-elle.

Les premiers recueils de femmes poètes correspondent au mouvement des suffragettes qui réclame le droit de vote des femmes. « Quand il y a du féminisme dans l’air, il y a un renouveau de la poésie », note Nicole Brossard. Souvent, ces femmes étaient aussi des journalistes et elles fréquentaient des poètes.

Jusqu’en 1935, la période est faste, puis s'essouffle jusqu’à la fin de la Deuxième Guerre mondiale pour ne donner que ce que Nicole Brossard appelle une poésie soumise. Puis, c’est la grande noirceur sous l’ère Duplessis jusqu’aux années 60, qui mèneront à la Nuit de la poésie en 1970.

Cérémonie de remise de l'ordre national du Québec 2013

Nicole Brossard lors de la cérémonie de remise de l'ordre national du Québec 2013

Photo : Simon Villeneuve

Un moment privilégié dans l’histoire
Aujourd'hui, les femmes poètes prennent de plus en plus leur place. De nos jours, cinq générations de femmes poètes se côtoient au Québec. Les grandes manifestations ont été remplacées par des événements de moindre ampleur, mais plus rapprochés dans le temps.

« On a multiplié les petites rencontres qui regroupent de 50 à 70 personnes qui se retrouvent dans la poésie. Elles se répètent plus fréquemment. Je crois que c’est propice à recréer un espoir à travers la parole, l’amitié. L’énergie est très positive. La poésie est l'inscription d’une présence dans la langue, car c’est différent, ça dérange, ça crée une zone qui dérange », souligne Nicole Brossard qui a un regard très positif sur notre époque.

Malgré la solitude devant notre téléphone et nos écrans, Nicole Brossard pense que les soirées de lecture de poésie sont des moments importants de véritables rencontres qui donnent de l'énergie. « Ce n’est pas un confort artificiel, mais véritable. Ça permet de sortir du monde virtuel et cruel. »

La poète ajoute que la jeune génération écrit remarquablement bien, que sa poésie est très intéressante et variée. « Dans les années 60 et 70, les discours étaient assez durs. Aujourd’hui, il y a plusieurs tendances, plusieurs singularités qui prennent la parole. »

Nicole Brossard sera membre du jury du Prix de poésie Radio-Canada 2017.

La Nuit de la poésie du 27 mars 1970 au théâtre Gesù à Montréal

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