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Où l'égalité des sexes est-elle le plus avancée? La réponse en carte

L'égalité entre les sexes est loin d'être atteinte, selon le Rapport mondial 2016 sur la parité entre les hommes et les femmes du Forum économique mondial (FEM). En fait, au rythme actuel, la parité ne serait pas atteinte avant 2186.

Un texte de Mélanie Meloche-Holubowski

Le FEM utilise 14 indicateurs pour comparer la situation des femmes (niveau d'instruction, participation à la vie politique, rapport du salaire hommes-femmes, nombre de jours de congé de maternité, espérance de vie, etc.).

« Nous voulons comprendre pourquoi il existe autant d’écarts dans une ville, dans une communauté, dans une région avec une même situation économique et sociale. Est-ce une question de discrimination envers les femmes? » mentionne la chercheuse Kate McInturff du Centre canadien de politiques alternatives.

Ça nous permet de brosser un bon portrait de la situation et nous indique si la situation s’améliore ou se détériore.

Kate McInturff

Chaque pays obtient une note calculée selon ces indicateurs.

 

Les pays nordiques continuent de se classer parmi les pays les plus performants. L’Islande arrive en première position depuis huit ans, et est suivie de la Finlande, de la Norvège et de la Suède.

Une des raisons qui expliquent le succès des pays scandinaves est leur haut taux de participation des femmes au marché du travail, souligne Mme McInturff.

« Et ça s’explique par le fait que les pays scandinaves ont un excellent système de service de garde, ajoute-t-elle. Il faut rappeler que le manque de services de garde est un obstacle majeur à la participation des femmes au marché du travail. »

Par exemple, certaines femmes au Canada paient jusqu’à 15 000 $ en service de garde par année par enfant, précise Mme McInturff. « Pour une mère d'une famille monoparentale, c’est la moitié de son salaire, qui est en moyenne entre 35 000 $ et 40 000 $! »

Étonnamment, le Rwanda est classé au 5e rang de l’index, en raison de la forte participation des femmes en politique.

Ce n’est pas arrivé magiquement, c’est arrivé parce qu’ils ont instauré en 2003 des quotas de femmes pour les élections.

Kate McInturff, chercheuse

Depuis, près de 65 % des élus au Parlement rwandais sont des femmes, l'un des taux les plus élevés au monde.

En fait, seuls quatre pays comptent un nombre équivalent d’hommes et de femmes aux postes de législateurs, de cadres supérieurs et de directeurs. « C’est un phénomène que l’on observe autant dans les pays riches et moins nantis », note Mme McInturff.

 

En outre, plus de 88 % des Rwandaises participent au marché du travail (comparativement à 74 % au Canada et 66 % aux États-Unis) et le rapport de leur salaire est meilleur qu’au Canada. Pour chaque dollar gagné par une femme au Rwanda, un Rwandais gagne 1,22 $. Au Canada, les hommes gagnent 1,52 $ pour chaque dollar gagné par une Canadienne.

Le progrès stagne

À l’échelle mondiale, les hommes et les femmes se rapprochent de la parité en matière d’éducation et de santé.

Par contre, les femmes continuent de gagner en moyenne un peu plus de la moitié du salaire que perçoivent les hommes, malgré de plus longues heures de travail, rémunérées comme non rémunérées.

 

Seulement la moitié des femmes en âge de travailler ont un emploi, en comparaison avec 76 % des hommes.

Et pourtant, la proportion de femmes avec un diplôme universitaire est égale, voire supérieure à celle des hommes dans 95 pays.

Kate McInturff affirme qu'énormément de progrès a été fait dans les années 80 et 90, avant un ralentissement au début des années 2000. « Dans les années 70 et 80, beaucoup de femmes sont entrées sur le marché du travail et cela a changé la dynamique. »

La récession en 2008 et 2009 a eu une incidence majeure sur la situation économique des femmes. « Les hommes ont aussi été affectés par cette crise. Mais les femmes, qui avaient déjà des salaires plus bas et qui travaillaient majoritairement à temps partiel, ont été particulièrement frappées par cette crise », ajoute Mme McInturff.

Aujourd’hui, le FME estime qu’au rythme actuel, il faudra plus de 170 ans avant de voir une parité hommes-femmes complète.

 

La situation au Canada

Le Canada se situe en 35e position de l'index du FME, devant les États-Unis (45e position), qui ont perdu 10 places en un an.

« Les Canadiens croient, à tort, que la question [de l’égalité et de la parité] a été réglée », affirme Kate McInturff, qui est l'auteure du rapport The Gender Gap in Canada’s 25 Biggest Cities (trad. : Les disparités entre les hommes et les femmes dans 25 villes canadiennes). Selon ce rapport, Victoria est l’une des seules villes canadiennes avec une mairesse ainsi qu'un conseil municipal composé majoritairement de femmes.

Les 10 villes canadiennes les plus égalitaires au Canada

  1. Victoria
  2. Kingston
  3. London
  4. Québec
  5. Gatineau
  6. Montréal
  7. Sherbrooke
  8. Saint Jean (T.-N.-L.)
  9. Vancouver
  10. Halifax

À Gatineau, au 5e rang du palmarès, un homme gagne 1,13 $ pour chaque dollar gagné par une femme (ce rapport est de 1,52 $ à l’échelle du pays.) Windsor, qui se retrouve au bas de la liste, a le plus haut taux de pauvreté chez les femmes au pays (24 %).

Les villes qui ont une économie basée sur des domaines typiquement masculins (Edmonton, Calgary, Oshawa et Windsor) sont parmi les moins égalitaires pour les femmes.

L'égalité économique difficilement atteignable?

Des femmes travaillant dans une usine au Paraguay.Des femmes travaillant dans une usine au Paraguay. Photo : Reuters / Jorge Adorno

Le taux d’activité des femmes, surtout dans les pays sous-développés, reste principalement élevé dans les fonctions peu qualifiées, un problème que les pays devront aborder s’ils veulent améliorer leur situation économique.

La transformation du monde du travail risque d’avoir des implications importantes pour les femmes.

Les deux sexes jouent un rôle absolument essentiel dans la garantie que la quatrième révolution industrielle tiendra ses promesses auprès de la société.

Klaus Schwab, fondateur et président du Forum économique mondial

Justement, cette « quatrième révolution industrielle », basée sur la technologie et l’économie verte, pourrait exclure davantage de femmes du marché du travail.

« Les femmes sont peu présentes dans les secteurs de l’ingénierie, des mathématiques, des sciences, de la physique. Ça va se refléter dans le marché du travail. De plus, plusieurs femmes qui étudient dans ces domaines quittent leur métier parce que l’environnement n’est pas adapté aux femmes », dit Mme McInturff, qui ajoute que les pays qui ne réduisent pas les inégalités entre les sexes risquent de compromettre leur croissance économique.

 

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