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La reconnaissance faciale utilisée dès ce printemps dans des aéroports canadiens

L'aéroport Pearson de Toronto se fera installer 130 bornes libre-service dotées de la reconnaissance faciale en mai.

Photo : La Presse canadienne / Aaron Vincent Elkaim

Radio-Canada

Le système de reconnaissance faciale sera mis en place dans les principaux aéroports canadiens à partir de ce printemps. Il fait partie du programme de contrôle des voyageurs élaboré par l'Agence des services frontaliers du Canada, selon ce qu'a appris CBC.

Cette technologie sera utilisée dans de nouvelles bornes libre-service.

Dans un communiqué, l'Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) précise que « ces bornes amélioreront la sécurité aux frontières et contribueront à réduire les temps d'attente dans les aéroports les plus fréquentés du Canada ».

À terme, elles finiront par remplacer les bornes actuelles, qui offrent une technologie plus limitée.

Dans un premier temps, les nouvelles bornes seront installées à l'aéroport international d'Ottawa ce printemps, selon des sources de CBC. L'ASFC affirme que le déploiement se poursuivra en 2018 dans d'autres aéroports.

Le programme du contrôle frontalier automatisé est dans les cartons depuis au moins 2015, et prévoit offrir « un traitement automatisé des risques des voyageurs », peut-on lire dans un appel d'offres de l'ASFC.

Le système de reconnaissance faciale semble être similaire à celui mis en place par le département de la Sécurité intérieure des États-Unis. Il sert à comparer le visage d'un voyageur à l'image enregistrée sur son passeport électronique.

Dans ce cas, les images ne sont pas conservées à moins qu'elles ne correspondent pas.

Au Canada, cependant, on sait peu de choses sur la façon dont les nouvelles bornes vont fonctionner.

L'ASFC a refusé de répondre à des questions précises sur le programme du contrôle frontalier automatisé. Elle a simplement dit que d'autres détails seront dévoilés avant le lancement officiel.

Une annonce devrait être faite dans les prochaines semaines.

Déploiement des bornes

Les aéroports internationaux de Toronto, de Québec et d'Ottawa se préparent à installer les nouvelles bornes. Des documents publics indiquent qu'ils ont lancé des appels d'offres.

Pour sa part, l'aéroport international de Vancouver mettra au point ses propres bornes automatisées.

Une entreprise portugaise, Vision-Box, installera 130 bornes à l'aéroport international Pearson de Toronto.

Dans une entrevue accordée à CBC, Vision-Box donne un aperçu de la façon dont le nouveau programme va fonctionner.

« En ce qui concerne l'ASFC, il s'agit essentiellement de la biométrie », a déclaré Jean-François Lennon, vice-président des ventes et du développement des affaires à Vision-Box.

L'entreprise travaille depuis près de deux ans avec l'ASFC en recherche et développement et prévoit installer ses bornes à l'aéroport Pearson en mai.

Selon M. Lennon, la mise en place du programme se décline en deux phases : la reconnaissance faciale et l'enregistrement des empreintes digitales.

Les bornes permettront la reconnaissance de l'iris pour ceux qui voyagent dans le cadre du programme NEXUS.

Même si l'ASFC n'a pas voulu parler des technologies de biométrie utilisées, une source au fait du dossier des bornes automatisées a confirmé que la reconnaissance faciale fera partie de la première phase.

La personne ne pouvait cependant pas confirmer si l'enregistrement des empreintes digitales fera partie de la deuxième phase.

Les représentants des aéroports de Toronto, de Québec, d'Ottawa et de Vancouver ont transmis toutes les questions sur le programme du contrôle frontalier automatisé à l'ASFC.

De son côté, la porte-parole de l'Administration aéroportuaire de Vancouver, Tess Messmer, a simplement affirmé que la technologie Borderxpress, qui est déjà utilisée dans certains aéroports du pays, répond aux exigences canadiennes.

L'incidence sur la vie privée

Les spécialistes de la protection de la vie privée suivront attentivement la mise en place de ce programme pour s'assurer que la reconnaissance faciale sera utilisée comme prévu.

Un avocat de la Clinique d'intérêt public et de politique d'Internet du Canada, Tamir Israël, craint que cette technologie, une fois instaurée, puisse être utilisée dans d'autres contextes.

Historiquement, lorsque nous avons la capacité technique, nous ne sommes pas très bons pour en limiter notre utilisation.

Tamir Israël

M. Israël affirme par exemple qu'en 2011, la Société d'assurance automobile de la Colombie-Britannique (ICBC) a offert à la police de Vancouver de lui donner accès à sa base de données de photos de permis de conduire, de façon à utiliser le logiciel de reconnaissance faciale pour identifier les personnes ayant participé à l'émeute de la Coupe Stanley.

Bien que la police de Vancouver n'ait pas accepté l'offre de l'ICBC, le commissaire à l'information et à la protection de la vie privée de la Colombie-Britannique a statué que ces renseignements ne pouvaient être fournis librement par un organisme public sans ordonnance d'un tribunal.

Remplacer des agents

Plusieurs s'attendent également à ce que les bornes diminuent le nombre d'entrevues avec les agents frontaliers lors d'un contrôle, puisque ce travail pourrait être confié aux nouvelles machines.

Pour sa part, le président du Syndicat des douanes et de l'immigration, Jean-Pierre Fortin, craint que les nouvelles machines ne soient pas aussi efficaces que les agents pour contrôler les voyageurs. Le syndicat représente 10 000 agents de première ligne.

Les machines ne devraient pas remplacer nos agents, mais être là pour complémenter leur travail.

Jean-Pierre Fortin, président du Syndicat des douanes et de l'immigration

M. Fortin dit comprendre que le gouvernement veuille accélérer le processus de passage aux douanes, mais souligne qu'il y a une question de sécurité qui s'y rattache, et que tenter de supprimer l'entrevue avec un agent enlève une couche de sécurité et fait en sorte qu'on est vulnérable.

« On s'expose à laisser entrer des gens qui ne devraient pas être au Canada », soutient-il.

« Le but de l'exercice [de l'ACSF], c'est de diminuer l'interaction et accélérer le processus, alors que nous, on prône une augmentation des ressources pour pouvoir maintenir le niveau de sécurité », ajoute-t-il.

Dans une rencontre avec la présidente de l'ASFC, Linda Lizotte-MacPherson, en août dernier, M. Fortin avait soulevé les préoccupations de sécurité de ses membres à l'égard de la mise en oeuvre de nouvelles technologies, dont les nouvelles bornes.

Selon M. Fortin, « il y a un tas de choses pour lesquelles nous [les agents] sommes formés qu'une machine ne peut pas faire ».

Avec les informations de CBC

Société