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Manque de sages-femmes : le quart des Ontariennes qui en cherchent n'en trouvent pas

Femme enceinte
Femme enceinte Photo: iStock
Radio-Canada

Alors que 27 % des femmes qui tentent d'obtenir les soins d'une sage-femme n'y arrivent pas, la province ne prévoit pas augmenter le nombre de places dans les trois programmes d'études offerts en Ontario.

Un texte de Stéphany Laperrière

En 1994, l'Ontario devient la première province canadienne à réglementer la profession de sage-femme et à intégrer ces praticiennes au système de santé.

Depuis, le recours aux sages-femmes n'a cessé d'augmenter dans la province. L'an dernier, 16 % des accouchements en Ontario étaient assistés par une sage-femme, la grande majorité en milieu hospitalier.

Qu'est-ce qu'une sage-femme?

Les sages-femmes fournissent des soins primaires aux femmes dont la grossesse présente un faible risque. Elles suivent les femmes pendant toute la grossesse, le travail, l'accouchement et six semaines après la naissance et les encouragent à jouer un rôle actif dans les soins qui leur sont prodigués. Les sages-femmes peuvent administrer des médicaments et commander des analyses de laboratoire et des échographies.

Avoir recours à une sage-femme permet de choisir entre un accouchement à l'hôpital ou à la maison. Les sages-femmes collaborent avec les médecins et le personnel infirmier et peuvent admettre des clientes dans un hôpital et effectuer leur mise en congé.

Il n'est pas nécessaire d'avoir une recommandation d'un médecin pour obtenir les services d'une sage-femme. Ces services sont remboursés par le gouvernement de l'Ontario.

Source: ministère de la Santé et des Soins de longue durée

Photo : Radio-Canada / Stéphany Laperrière

Qu'est-ce qui explique cette popularité grandissante? Selon Tonya MacDonald, professeure à l'École de profession des sages‐femmes à l'Université Laurentienne, les femmes sont de plus en plus informées et veulent avoir davantage leur mot à dire sur les soins qui leur sont offerts.

Ça peut changer leur vie, d'avoir quelqu'un qui essaie de protéger le normal, qui ne voit pas une femme enceinte comme une personne malade.

Tonya MacDonald, professeure à l'École de profession des sages-femmes à l'Université Laurentienne

Longues listes d'attente

Malgré ses démarches auprès des deux centres de sages-femmes de la région de North Bay, Christine Rancourt n'a pas réussi à obtenir les services d'une sage-femme, à sa grande déception.

Les sages-femmes sont là pour la maman et son bébé, elles ne sont pas là pour les 15 autres femmes dans l'hôpital en train d'accoucher.

Christine Rancourt
Photo : Radio-Canada / Joël Ashak

À l'établissement où pratique Tonya MacDonald à Hamilton, il n'y a déjà plus de place jusqu'à septembre.

« Les femmes qui sont dues pour septembre viennent juste de tomber enceintes », dit-elle.

La situation s'est toutefois améliorée. Il y a 10 ans, c'était 40 % des Ontariennes qui cherchaient une sage-femme qui n'en trouvaient pas.

Près de 900 demandes d'admission

Cet intérêt pour la profession se reflète aussi dans le nombre de demandes d'admission aux trois programmes d'études pour devenir sage-femme en Ontario.

Au cours des huit dernières années, ce nombre a presque doublé.

Le désir de contribuer à la santé de la femme et de lui offrir des choix est l'une des raisons qui ont poussé beaucoup d'étudiants à déposer une demande d'inscription.

« Dans la culture de l'accouchement qu'on a maintenant, ce sont les personnes qui servent la femme, comme le médecin, qui sont valorisées, mais c'est vraiment les femmes qui devraient être valorisées », dit l'étudiante au programme de l'Université Laurentienne Heather Froese.

 

Pas d'augmentation du nombre de places

Malgré la popularité croissante des sages-femmes, le nombre de places disponibles dans les trois programmes d'études n'a pas changé depuis 2008. Un maximum de 90 étudiants peuvent être admis chaque année dans la province.

Le ministère de la Santé et des Soins de longue durée mentionne que le gouvernement n'a pas l'intention d'augmenter le nombre de places disponibles, sans toutefois expliquer pourquoi.

Un porte-parole rappelle par contre que la disponibilité des services d'une sage-femme en Ontario dépend de plusieurs facteurs.

Selon Tonya MacDonald, la solution au manque de sages-femmes ne repose pas uniquement sur l'augmentation du nombre d'étudiants admis dans ces programmes d'études. Encore faut-il pouvoir les accueillir dans les collectivités.

« Où est-ce que les sages-femmes vont travailler? Ça prend des sages-femmes qui sont déjà dans les communautés pour recevoir les étudiants », dit-elle.

De 2008 à 2016, le nombre de sages-femmes dans la province a presque doublé, mais ce n'est toujours pas assez pour répondre à la demande, affirme Tonya MacDonald.

Avec la collaboration de Mathieu Grégoire et de Sophie Vallée

Nord de l'Ontario

Santé publique