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L’art coup de poing de Marly Fontaine

Marly Fontaine en pleine performance avec son oeuvre « Résilience».
Marly Fontaine en pleine performance avec son oeuvre « Résilience». Photo: Photo fournie par Marly Fontaine

Jusque dans les années 1970, un Autochtone perdait son statut d'indien s'il obtenait un diplôme universitaire. Cette seule raison a été suffisante pour donner envie à Marly Fontaine de se battre et de persévérer pour acquérir de l'éducation.

Un texte d'Anne-Marie Yvon, d'Espaces autochtones

Si la menace ne pèse plus de nos jours sur leur statut, les Autochtones ne sont pourtant pas encore très nombreux à obtenir un grade universitaire.

Selon des données de Statistique Canada, en 2011 ils étaient à peine 10 %, comparativement à 26% pour la population canadienne en générale.

Tant qu’on reste dans l’ignorance, on se fait piler sur les pieds.

Marly Fontaine, artiste

Poussée par sa mère, et même si elle considérait que le système scolaire n’était pas fait pour elle, Marly Fontaine a travaillé fort. À 28 ans, après huit années passées sur les bancs de l’école secondaire, plus de cinq années de CÉGEP, elle termine sa quatrième année de baccalauréat à l'UQAM.

Si Marly voulait travailler en relation d’aide, tout comme plusieurs membres de sa famille, ses professeurs ont plutôt vu l’artiste qui sommeillait en elle.

Diplôme d’arts visuels et médiatiques en poche sous peu, c’est par son travail de création qu’elle compte sensibiliser les gens à la réalité des Autochtones et à leur histoire trop longtemps ignorée.

« Je me suis rendu compte qu’à travers l’art, on peut transmettre beaucoup de messages. Quand je fais mes performances, après, les gens viennent me remercier », me dit-elle.

Dommages collatéraux

Si Marly est une artiste autochtone, elle ne fait pas de l’art autochtone. Dans son cas, il n’est pas question de sculpter dans un os de caribou. Mais elle emprunte à sa culture, à son histoire, à ses tragédies, pour réaliser des performances et vidéos.

Elle y aborde l’histoire des pensionnats autochtones et leur répercussion sur les générations suivantes, elle parle des abus sexuels, vécus par les autres ou par elle.

Sans nécessairement se sentir interpellés par la question autochtone, beaucoup sont touchés par les réalités qu’elle transpose dans ses œuvres.

Au-delà de son travail d’artiste, c’est à une véritable thérapie collective que travaille Marly et à un éveil des consciences.

Une de ses performances passées a fortement marqué l’assistance présente. Avec une autre étudiante, elles ont traité du thème des pensionnats à la manière « Marly »:

Une autre performance, intitulée Résilience, a secoué les personnes présentes dans le cadre d’une activité organisée par le Cercle des Premières Nations de l’UQAM (CPNUQAM) et le CIERA (Centre interuniversitaire d'études et de recherches autochtones).

En bruit de fond, une bande audio de plus en plus aliénante suggérant que nous sommes dans la tête de Marly. On y entend des voix qui se confondent, son esprit est de plus en plus torturé, angoissé.

Au sol, des roches qu’elle déplace pour en faire un cercueil d’enfant, rappelant tous les enfants morts dans les pensionnats et les victimes qui ont survécu à cette triste réalité. Ensuite Marly se purifie, et plus elle se purifie, plus les voix disparaissent.

Je fais des choses troublantes, mais je veux qu’il y ait des messages d’espoir, je ne veux pas juste de la violence. Je crois qu’on peut vivre ensemble. J’ai espoir qu’on ne soit plus juste un sous-peuple, une sous-culture, une sous-race.

Marly Fontaine

« Holocauste indien »

Sa prochaine réalisation risque aussi de secouer. Marly compte se faire tatouer son numéro de bande sur son avant-bras pour faire un rappel à l’holocauste juif, dans le cadre d’une performance présentée à Passage à découvert, l’exposition des finissants du baccalauréat en arts visuels et médiatiques de l’UQAM.

Ayant pris pleinement conscience du potentiel et de la puissance de ses œuvres, elle souhaite maintenant les partager avec la société.

« Même si je ne touche qu’une seule personne, moi j’ai l’impression d’avoir changé les choses, avec une oeuvre », conclu Marly Fontaine.

 

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