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Faire du pouce de Halifax à Vancouver en 11 jours

Jonah, Tyce et Jackson, à leur arrivée à Vancouver
Jonah, Tyce et Jackson, à leur arrivée à Vancouver Photo: Jonah Haber - jonahhaber.com

Deux jeunes Torontois, Jonah Haber et Jackson Peters, ont parcouru le Canada d'un océan à l'autre en auto-stop. Grâce à 26 généreux chauffeurs, les deux voyageurs ont couvert environ 6000 kilomètres de route.

Un texte de Cédric Lizotte Twitter Courriel  
 

La raison de leur périple?

Faire du pouce, c’est beaucoup trop stigmatisé. Ça prend une seule histoire d’horreur parmi des milliers de récits merveilleux pour générer de la peur. Ce qu’on a immédiatement appris, durant notre voyage, c'est que les gens sont foncièrement bons.

Jonah Haber

Contrairement à ce qu’on pourrait penser, ils n’ont pas eu à attendre bien longtemps sur le bord de la route. Mais lors d’un si long périple, il y a toujours des imprévus.

Le temps d’attente le plus long a été de six heures. « Florenceville-Bristol [au Nouveau-Brunswick] représente notre plus gros défi de tout le voyage. On est restés pris durant six heures : il n’y avait aucune voiture qui passait, explique M. Haber. On s’est même demandé si on devait laisser tomber… »

La générosité des gens

Un portrait de Rhonda et SamanthaRhonda et Samantha Photo : Jonah Haber - jonahhaber.com

Et c’est la générosité des gens qui leur a permis de sortir de Florenceville-Bristol. « Deux dames, Rhonda et Samantha, qui nous avaient aperçus assis sur le bord de la route trois heures plus tôt, ont eu pitié de nous. Elles nous ont emmenés 25 kilomètres plus loin – alors qu’elles n’avaient pas à s’y rendre! – pour nous permettre de continuer notre chemin. » D’autres chauffeurs ont d’ailleurs dévié de leur itinéraire prévu de plusieurs kilomètres pour leur rendre service durant ce voyage.

Un portrait de CarolynCarolyn Photo : Jonah Haber - jonahhaber.com

Par exemple, lorsque Carolyn a appris que les deux gars étaient pris sur le bord de la route au milieu de l’Ontario, elle a pris le temps d’aller les chercher et de les « ramener à la civilisation », comme dit M. Haber. Carolyn les a amenés au centre d'Arnprior, dans l'est de l'Ontario. « On s’est arrêtés pour manger des frites chez Wes' Hot Chips, puis elle a demandé à un inconnu s’il voulait nous embarquer, et il a accepté! »

Des soirées folles

Une photo de François, derrière le volant de sa voiture, qui allume un pétardFrançois et ses pétards Photo : Jonah Haber - jonahhaber.com

Non seulement les deux acolytes ont pu rencontrer des gens de tout acabit, ils se sont aussi fait des amis. François leur a permis de parcourir plus de 1500 kilomètres, mais aussi de s’amuser.

Avec François, on a été nager dans le Lac Supérieur au milieu de la nuit, on a fait sauter des pétards à Wawa, on a mangé du Kraft Dinner à la frontière de l’Ontario et du Manitoba sur son réchaud de camping, et on a écouté beaucoup de musique ensemble. J’espère qu’on va le revoir bientôt.

Jonah Haber

Le cas spécial de Wawa, Ontario

Une des villes les plus marquantes de tout le voyage reste Wawa, en Ontario.

« Dans le monde de l'auto-stop au Canada, Wawa est célèbre parce qu’il est difficile de la quitter, explique M. Haber.

« C'est pratiquement la seule ville dans un tronçon de 800 kilomètres entre Sault-Sainte-Marie et Thunder Bay, dit-il. Sur tous les blogues d’auto-stop, une blague circule : si on vous dépose à Wawa, vous devriez peut-être vous y installer et épouser une des autres stoppeuses qui y sont restées prises! L'endroit a représenté un jalon incroyablement significatif pour nous. Cette ville nous inquiétait depuis le début. Quand François nous a ramassés à Spanish, Ontario et nous a dit qu'il pourrait nous emmener jusqu’à Winnipeg, nous étions super heureux. C'était même l’idée de François de s'arrêter à Wawa et d'allumer des pétards pour célébrer. Une fois l’étape de Wawa passée, nous avions vraiment confiance qu’on se rendrait à Vancouver. »

Un portrait de BlairBlair Photo : Jonah Haber - jonahhaber.com


La proximité immédiate

Aussi, M. Haber affirme que le simple fait d’entrer dans la voiture des gens les rendait immédiatement proches. « Il n’y avait pas de small talk, chaque fois qu’on entrait dans une voiture, c’était comme si on connaissait le chauffeur depuis toujours. » L’exemple de Blair, qui a mené les « pouceux » de Truro à Fredericton, est probant : « On a aidé Blair! Ça été toute une expérience. On venait tout juste de le rencontrer, et j’étais au téléphone, à commander du bois d’œuvre au téléphone avec sa carte de crédit pour lui. »

Une rencontre plutôt triste

Un portrait de RaymondRaymond Photo : Jonah Haber - jonahhaber.com

Raymond, lui, a non seulement permis aux deux Torontois de parcourir le Nouveau-Brunswick, il a même pris le temps de leur montrer la beauté de la province. « Raymond est une personne qui a clairement les deux pieds sur terre, raconte M. Haber. Je n’ai passé que deux heures et demie avec lui, mais je sens que je le connais depuis toujours. Je vais me souvenir de notre rencontre toute ma vie. »

Malheureusement, Raymond est décédé deux mois après avoir rencontré Jonah et Jackson.

Des paysages à couper le souffle

Le Canada est un immense pays, et les paysages qu’il offre sont incroyablement variés.

Dans les mots de M. Haber : « Nous avons vu plusieurs types de beauté durant notre voyage, des hautes montagnes aux couchers de soleil des Prairies. Cependant, pour moi, la beauté a moins à voir avec l’endroit et tout à voir les gens rencontrés et les histoires indélébiles qui viennent avec ces rencontres. L’Acanac Ski Hill à Sudbury est un superbe endroit. Mark, notre chauffeur, nous y a emmenés avec son chien. Nous nous sommes assis à regarder le coucher du soleil et il nous a raconté des histoires d’enfance. C'est de cette beauté qu’on se souviendra. »

Est-ce que le pouce, c’est pour tout le monde?

Selon M. Haber, faire du pouce, c’est beaucoup plus sécuritaire que sa réputation le laisse croire. Tout de même, il croit qu'il y a quelques précautions qui doivent être prises.

« Nous avons rencontré des femmes qui voyageaient en solo. Ce n’est pas un problème, mais je suis conscient qu’une femme en solo devrait probablement faire un peu plus attention que nous, souligne M. Haber. On ne s’est jamais vraiment senti « en danger », mais on doit admettre que certaines blagues de certains chauffeurs nous auraient inquiétés si nous avions été des femmes. »

Jackson et Jonah travaillent présentement à l’élaboration d’un documentaire au sujet de leur voyage. Ils espèrent le diffuser bientôt. Pour voir les portraits de tous les chauffeurs avec des bas-de-vignette en anglais, cliquez ici (Nouvelle fenêtre).

Art de vivre