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Le nombre de séances d'électrochocs a doublé depuis 2010 à l'Hôpital du Grand Sudbury

Syiemlieh Aulakh, chef du département de psychiatrie du Centre de santé mentale et de toxicomanie d'Horizon Santé-Nord

Syiemlieh Aulakh, chef du département de psychiatrie du Centre de santé mentale et de toxicomanie d'Horizon Santé-Nord

Photo : Radio-Canada / Yvon Thériault

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2017 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Certains remettent en question l'efficacité de l'électroconvulsivothérapie ou le traitement par électrochocs pour soigner les troubles mentaux, alors que celui-ci est de plus en plus utilisé à l'Hôpital Horizon Santé-Nord.

Un texte de Sophie Houle-Drapeau

Selon la chef du département de psychiatrie du Centre de santé mentale et de toxicomanie d'Horizon Santé-Nord, Syiemlieh Aulakh, plusieurs raisons expliquent une augmentation du nombre de séances d'électrochocs dans son service.

C'est, en effet, seulement depuis 2011 que des séances sont offertes cinq jours par semaine au lieu de trois. Le nombre de séances quotidiennes a aussi augmenté pour passer de six à huit.

Plus de 80 patients suivent une électroconvulsivothérapie à l'hôpital de Sudbury, dont plus de la moitié sont dans un programme de maintien, ce qui n'existait pas il y a 10 ans, explique aussi Syiemlieh Aulakh.

 

Le maintien de séances d'électrochocs sur une base moins fréquente permet de prévenir la rechute, selon l'énoncé de principes de l'Association des psychiatres du Canada.

Darlene Hatherley suit présentement un traitement de maintien. Lorsqu'elle a commencé sa ECT il y a deux ans, elle recevait des électrochocs trois fois par semaine. La fréquence a par la suite été réduite à une fois toutes les deux semaines.

C'est ce qui me tient hors de l'hôpital pour être honnête!

Darlene Hatherley, patiente

Dépression majeure, anorexie, tentatives de suicide : en quatre ans, Darlene Hatherley a été hospitalisée deux fois pendant six mois avant d'entamer sa thérapie.

Pertes de mémoire, Maux de tête, douleurs

Les pertes de mémoire sont la principale conséquence de l'ECT. Darlene Hatherley en a connu ainsi que des épisodes de confusion lors de ses premières séances. Depuis qu'elles sont moins fréquentes, ces symptômes se sont atténués.

La psychiatre Syiemlieh Aulakh explique qu'il est parfois difficile de savoir si les pertes de mémoire sont causées par le traitement ou par le trouble mental lui-même.

Darlene Hatherley, patiente à Horizon Santé Nord, reçoit des électrochocs depuis 2 ans.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Darlene Hatherly, patiente à Horizon Santé Nord, reçoit des électrochocs depuis 2 ans.

Photo : Radio-Canada / Yvon Thériault

Lorsqu'elle se réveille de l'anesthésie, Darlene Hatherley raconte avoir généralement un léger mal de tête qui se dissipe dans les heures qui suivent.

Le psychologue, Michel Larivière, reçoit cinq ou six clients par an dans sa clinique privée qui suivent ou ont suivi une telle thérapie. Certains lui ont raconté avoir éprouvé des douleurs musculaires à leur réveil.

Parmi les autres effets indésirables, l'Association des psychiatres du Canada indique que dans de rares cas « l'ECT peut donner lieu à des complications médicales importantes, notamment une crise convulsive prolongée et une apnée marquée, ou à des complications cardiaques ou pulmonaires ».

Traitement efficace

Dans un énoncé de principes, l'Association des psychiatres du Canada affirme que l'ECT est « un traitement sûr et efficace qui devrait être aisément accessible à titre d'option thérapeutique ».

Michel Larivière, psychologueAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Michel Larivière, psychologue

Photo : Radio-Canada / Yvon Thériault

Les séances d'électrochocs sont utilisées en dernier recours lorsque la médication ne fonctionne pas.

Selon le psychologue Michel Larivière, l'ECT apporte des bienfaits à la majorité de ses clients qui la suivent.

Dans ma pratique privée ici, ce que j'observe, c'est qu'environ deux tiers à trois quarts [des clients qui suivent un traitement d'ECT] me disent qu'ils en ont profité.

Michel Larivière, psychologue

Selon ses observations cliniques, Syiemlieh Aulakh estime à 75 % le taux de réponse positif chez les patients qui suivent le traitement à l'hôpital d'Horizon Santé-Nord.

Le consentement éclairé

Au fil du temps, l'efficacité des séances d'électrochocs a été remise en question par plusieurs mouvements citoyens. La Commission des citoyens pour les droits de l'homme du Canada est l'un d'entre eux.

Selon son président, Robert Dobson Smith, les patients ne sont pas suffisamment informés et subissent beaucoup de pression de la part du personnel médical. Il déplore le fait que les familles soient souvent laissées de côté.

Robert Dobson Smith, président de la Commission des citoyens pour les droits de l'homme du Canada Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Robert Dobson Smith, président de la Commission des citoyens pour les droits de l'homme du Canada

Photo : Radio-Canada / Yvon Thériault

Syiemlieh Aulakh explique que bien souvent c'est le patient qui ne souhaite pas en parler aux membres de sa famille par peur d'être jugé. C'était le cas de Darlene Hatherley. Seule une amie très proche l'accompagnait au début des traitements.

Darlene Hatherley a mis plus de six mois avant d'entamer sa thérapie par électrochocs. Celle qui était d'abord réticente a été convaincue après avoir rencontré une femme qui avait des séances d'ECT lors de sa seconde hospitalisation.

Le psychologue Michel Larivière raconte, lui aussi, que ses clients réfléchissent longtemps avant d'entreprendre des séances d'électrochocs.

Parfois, ça prend des mois voire des années. En fait, ça devient une conversation thérapeutique avec moi où on regarde quelles sont les options, quel est le niveau de souffrance, jusqu'à quel point il a confiance en son psychiatre et pourquoi.

Michel Larivière, psychologue

Basé sur l'expérience de ses clients, Michel Larivière précise que la décision d'arrêter le traitement ou d'en diminuer la fréquence vient généralement du patient lui-même. Cette idée de recevoir des courants électriques dans le cerveau cause beaucoup d'anxiété, remarque-t-il.

La rémunération des psychiatres

Une autre inquiétude de la Commission des citoyens pour les droits de l'homme est la façon dont les psychiatres sont rémunérés.

La pratique est très lucrative pour les psychiatres, selon Robert Dobson Smith. C'est ce qui les inciteraient à utiliser à pleine capacité une telle thérapie lorsqu'ils ont accès à l'équipement, explique-t-il.

Comme pour tous les autres traitements, il doit y avoir des indications de le faire. Nous ne le faisons pas parce que ça paie davantage.

Syiemlieh Aulakh, chef du département de psychiatrie du Centre de santé mentale et de toxicomanie d'Horizon Santé-Nord

Selon les chiffres du ministère de la Santé de l'Ontario, les psychiatres reçoivent entre 80 $ et 93 $ pour une séance d'électrochocs.

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