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Plus de 200 enfants canadiens incarcérés par l'Agence des services frontaliers à Toronto depuis 2011

Barbelés sur le grillage du périmètre de sécurité d'une prison.

Barbelés sur le grillage du périmètre de sécurité d'une prison.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Depuis 2011, plus de 200 enfants ayant la citoyenneté canadienne ont été détenus au Centre de surveillance de l'immigration de Toronto, selon un nouveau rapport. Ce nombre s'ajoute aux plusieurs centaines d'enfants migrants détenus chaque année seuls ou avec leurs parents, certains venant de régions ravagées par la guerre.

Un texte de Natasha MacDonald-Dupuis

En moyenne entre 2011 et 2015, 48 enfants canadiens ont été détenus chaque année au centre de surveillance de l'immigration de Toronto, une prison avec clôture et barbelés, et le tiers d’entre eux pendant plus d’un mois.

Ces enfants, nés en sol canadien, sont détenus avec leurs parents, qui sont pour la plupart des demandeurs d'asile, souligne un rapport du Centre international des droits humains de l'Université de Toronto.

Le centre de détention de Toronto et celui de Laval au Québec ne sont pas conçus pour accueillir des enfants. Ce sont des conditions de prison, et ces enfants peuvent être détenus pour des mois voire des années.

Audrey Macklin, titulaire de la Chaire de recherche pour les droits de l’homme à l’Université de Toronto

Les enfants incarcérés sont aussi très jeunes pour la plupart. Selon le rapport, plus de 60 % des enfants détenus à Toronto ont moins de trois ans, près de 24 % sont âgés de trois à cinq ans et 10 % de six à huit ans.

L'Agence des services frontaliers du Canada détient les nouveaux arrivants si elle croit qu'ils pourraient s'enfuir ou qu'ils représentent une menace à la sécurité publique, ou si leur identité ne peut être certifiée.

Toutefois, les auteurs du rapport avancent que la majorité des familles détenues le sont pour des raisons administratives et non de sécurité.

Détresse psychologique grave

Les centres de détention sont comparables à des prisons à sécurité moyenne avec un accès limité à l'instruction et aux loisirs, notent les chercheurs.

Rachel Kronick, pédopsychiatre à l'Hôpital général juif de Montréal et professeure à l'Université McGill, a participé à la recherche.

« Les enfants jouent dans de petites cours 30 minutes par jour et ils doivent être fouillés à chaque fois. Leurs fenêtres sont scellées, souvent ils n’ont rien d’autre à faire que de regarder la télévision. Ils ne vont pas à l’école. »

On a observé des signes de régression et de mutisme chez certains, de l’anxiété sévère, des phobies et de la dépression.

Rachel Kronick, pédopsychiatre à l'Hôpital général juif de Montréal

Selon elle, les conséquences de la détention sont très graves pour les enfants, même s’ils sont détenus pour une période très courte.

Solutions plus humaines

Audrey Macklin estime que ces familles devraient être libres et simplement faire l'objet d'une surveillance dans la communauté.

« C’est un modèle qu’on observe ailleurs dans le monde, en Suède et en Belgique notamment, et ça fonctionne très bien. Plus de 90 % de ces familles se présentent à leurs audiences d’immigration, elles ne disparaissent pas dans la nature », dit-elle.

Il arrive que ces enfants soient séparés de leurs parents. Aucun enfant ne devrait être incarcéré, surtout pas seul.

Audrey Macklin, titulaire de la Chaire de recherche pour les droits de l’homme à l’Université de Toronto

Elle ajoute que ces solutions de rechange à la détention existent au Canada, mais qu’elles ne sont pas suffisamment utilisées.

Toronto

Nouveaux arrivants