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Des députés autochtones réclament un nouveau nom pour l'édifice Langevin

Les députés Don Rusnak, Hunter Tootoo, Robert-Falcon Ouellette et Romeo Saganash lors de leur point de presse.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Des députés fédéraux autochtones de différents partis se sont joints à plusieurs chefs des Premières Nations pour réclamer du gouvernement qu'il change le nom de l'édifice Langevin, situé juste en face de la colline du Parlement, à Ottawa, et où se trouve le bureau du premier ministre.

Un texte de Bernard Barbeau

Hector-Louis Langevin, un ancien député conservateur du Québec, a été surintendant des Affaires indiennes dans le cabinet du premier ministre John A. Macdonald et est considéré comme l’un des Pères de la Confédération. Il est aussi reconnu comme l’un des architectes du système de pensionnats autochtones, associé à une entreprise d’assimilation, qui a existé jusqu'en 1996.

Si vous désirez éduquer ces enfants, il faut les séparer de leurs parents […] S’ils restent dans leurs familles, ils apprendront peut-être à lire, mais ils resteront des sauvages.

Hector-Louis Langevin, devant le Parlement, en 1883
Hector-Louis Langevin, surintendant des Affaires indiennes dans le cabinet de John A. Macdonald.

Hector-Louis Langevin, surintendant des Affaires indiennes dans le cabinet de John A. Macdonald.

Photo : Bibliothèque et archives Canada

« En tant que députés autochtones, nous croyons que ce genre de raisonnement ne devrait pas être commémoré », a affirmé le député indépendant Hunter Tootoo.

M. Tootoo, Romeo Saganash (NPD), Don Rusnak (PLC) et Robert-Falcon Ouellette (PLC) ont parlé d’une même voix, jeudi, en point de presse à Ottawa, pour suggérer à la ministre des Services publics et de l'Approvisionnement, Judy Foote, de plutôt donner à l’immeuble le nom d’un Autochtone qui a marqué l’histoire. Ils ont estimé qu’il serait « approprié » que le bureau du premier ministre porte le nom de l’un des premiers habitants du Canada.

M. Ouellette a donné l'exemple du chef métis Louis Riel, sans en faire une recommandation officielle.

« Il ne s’agit pas de réécrire l’histoire, cette histoire va toujours exister », a insisté M. Saganash.

Le témoignage de Romeo Saganash

Des vies marquées au fer rouge

Romeo Saganash a raconté avoir lui-même passé une dizaine d’années dans l’un de ces pensionnats et être demeuré profondément marqué.

« C’est un traumatisme que l’on porte toute sa vie », a-t-il dit. Il garde un souvenir indélébile de ce qu’il y a vécu, et se souvient de détails spécifiques, « des images et même des odeurs ».

« Ça n’aide pas de passer devant cet immeuble qui me rappelle celui à cause de qui j’ai dû quitter les miens », a-t-il dit.

Ce système a dévasté la vie de milliers d’Autochtones et ses effets continuent de se faire sentir aujourd’hui.

Hunter Tootoo, député indépendant

Le moment ne pourrait pas être mieux choisi pour faire cette « demande très simple » mais « significative » et « complètement justifiée », selon les quatre députés. L’heure est à la réconciliation en cette année du 150e anniversaire de la Confédération, a souligné M. Rusnak.

Tout le caucus libéral autochtone de même que la néo-démocrate Georgina Jolibois appuient cette requête, qui leur semble bien raisonnable alors que nombre de communautés autochtones sont aux prises avec des crises d'eau potable, des problèmes de logement, des suicides, des agressions sexuelles, des meurtres ou des disparitions.

Celle-là est facile. […] Ça ne fera pas même pas mal!

Romeo Saganash, député du Nouveau Parti démocratique
Perry Bellegarde, chef national de l'Assemblée des Premières Nations.

Perry Bellegarde, chef national de l'Assemblée des Premières Nations.

Photo : Reuters / Chris Wattie

Des chefs unis

Le chef national de l'Assemblée des Premières Nations (APN), Perry Bellegarde, avait précédemment écrit une lettre à la ministre Judy Foote, pour demander ce changement.

Il y demandait au gouvernement de tenir des consultations en collaboration avec les Premières Nations pour choisir le nouveau nom de l’édifice.

L’engagement du Canada à la réconciliation implique aussi de regarder en face certaines vérités plus difficiles de notre histoire.

Perry Bellegarde, chef national de l'Assemblée des Premières Nations, dans sa lettre

Le chef national du Congrès des Peuples autochtones, Robert Bertrand, a de son côté noté qu’« honorer de tels individus [comme Hector Langevin] ne fait que revictimiser les survivants ».

Dawn Lavell-Harvard, présidente de l'Association des Femmes autochtones du Canada, et Natan Obed, président d'Inuit Tapiriit Kanatami, ont abondé dans le même sens.

Le gouvernement Trudeau prendra une décision en tenant compte des recommandations de la Commission de vérité et réconciliation, a fait savoir le bureau de Judy Foote.

Ottawa-Gatineau

Autochtones