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Un système judiciaire destructeur pour les victimes d'agression sexuelle, selon une présumée victime

Une femme tenant un chat
Roxanne Roy Photo: Radio-Canada / Bernard LeBel

Une jeune femme du nord-ouest du Nouveau-Brunswick qui dit s'être fait agresser sexuellement il y a plusieurs années dénonce la lenteur du système de justice.

Un texte de Kassandra Nadeau

Roxanne Roy souhaite que son histoire serve à faire comprendre la détresse psychologique que vivent les victimes qui décident de faire appel au système judiciaire.

Lorsqu’elle a dénoncé une première fois son agresseur présumé en 2007, on lui a dit qu’elle n’avait pas assez de preuves et qu’elle perdrait assurément sa cause. Une fois le choc encaissé, la jeune femme s’était résignée. « Je me suis dit "okay, c'est correct, je n'irai pas en cour”. J'avais fait le lâcher-prise de dire ce n’est pas pour moi, d'aller en cour. »

Mais voilà qu’il y a deux ans, ses espoirs ont été ravivés. Le dossier de son agression présumée a été rouvert et des accusations ont été déposées.

Un procès qui n'arrive pas

Deux ans plus tard, le procès n’a toujours pas eu lieu et Roxanne Roy craint que le moment n’arrive jamais.

Roxanne Roy à l'ordinateurRoxanne Roy ne recommanderait à aucune victime d'agression sexuelle d'avoir recours au système de justice. Photo : Radio-Canada / Bernard LeBel

Toute cette attente a des conséquences très néfastes sur sa santé mentale.

Elle a tenté à deux reprises de reprendre l’école, mais sa détresse psychologique l'empêche toujours de bien s'y concentrer.

« Je suis tout le temps à l'hôpital. Je suis suivie en psychologie, en santé mentale, je les ai tous vus », dit-elle.

Chaque nouveau délai du processus judiciaire a un effet destructeur sur Mme Roy.

Il y a tout le temps une excuse et à chaque fois, moi, je [suis démolie]. Je suis dévastée, je ne sais plus quoi faire, je [deviens] démunie, je n’ai plus confiance, je n’ai aucune confiance dans le système de justice.

Roxanne Roy, présumée victime d'une agression sexuelle

Une expérience courante

Cette réaction ne surprend pas la directrice du centre de ressources et de crises familiales Beauséjour, dans le sud-est du Nouveau-Brunswick, Kristal LeBlanc. Elle voit souvent des victimes avoir peur du processus judiciaire puisqu’elles craignent d’avoir à revivre les événements traumatisants.

« Quand l’acte a été commis, cette personne-là a vraiment perdu le pouvoir et le contrôle de son propre corps, dit-elle. Dans le futur, quand tu passes à travers le système judiciaire et tu vois qu’il y a des retards ou quelque chose a changé dans le procès, c’est une autre perte de contrôle. »

Après avoir traversé tout le processus, Roxanne Roy en est venue à regretter d’avoir porté plainte.

« Je ne recommanderais même pas à une victime d'aller parler [...], je ne me suis pas sentie comprise, j'ai l'impression que le système de justice, il est du côté de l'accusé. Il n'est pas là pour les victimes. »

La directrice générale du Centre de ressources et de crises familiales Beauséjour de Shédiac, Kristal Leblanc.Kristal LeBlanc, directrice générale du Centre de ressources et de crises familiales Beauséjour Photo : ICI Radio-Canada

Cette déclaration désole Mme LeBlanc, qui comprend tout de même pourquoi les victimes peuvent se sentir ainsi.

« Ça me fait beaucoup de peine comme professionnelle parce qu’on voit beaucoup de victimes pour qui ce n’est pas une option facile [le recours à la justice], dit-elle. Mais quand même, il y a de l’espoir. […] Certaines victimes sentent qu’elles ont besoin de faire ça non seulement pour leur propre cheminement de guérison, mais aussi pour protéger le public. Parce que veut, veut pas, si cette personne-là est [reconnue] coupable, on est sûrs qu’elle n’est pas dans la rue, en train de faire les mêmes gestes à quelqu’un d’autre. »

Nouveau-Brunswick

Justice et faits divers