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Vidéosurveillance : est-ce vraiment utile?

Un panneau indiquant la présence d'une caméra de surveillance à Sudbury

Un panneau indiquant la présence d'une caméra de surveillance à Sudbury

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Les rues sont-elles plus sécuritaires lorsqu'on y installe des caméras de surveillance ? Trois municipalités de l'Ontario ne s'entendent pas sur la réponse à cette question.

Un texte de Stéphany Laperrière et de Joël Ashak avec la collaboration de Sophie Vallée

Il y a deux ans, Nipissing Ouest, une municipalité d’environ 15 000 habitants du nord de l’Ontario, abandonnait son programme de vidéosurveillance, mis sur pied 15 ans plus tôt.

La cause : l’impact sur la criminalité, au mieux incertain sinon inexistant, ne justifiait pas le renouvellement de l’équipement qui aurait coûté plus de 50 000 $ aux contribuables.

Aujourd’hui, North Bay, une ville située à peine 40 km à l’est, entame au contraire des démarches pour installer des caméras dans son centre-ville.

C’est un groupe de commerçants, le Downtown Business Association (DBA), qui a convaincu la Ville de la nécessité de les placer.

Pourtant, ni la Ville de North Bay, ni le DBA, n’a présenté une étude pour justifier l’initiative, ou recherché un appui explicite de la population.

Le bon sens nous dirait que s'il y a une caméra autour, ça aide à dissuader les gens de faire certaines choses, en particulier au centre-ville

Jeff Serran, directeur général du Downtown Improvement Association

Pas de lien clair

Or, le lien entre la baisse de la criminalité et l'installation de caméra de surveillance n'est pas établi, selon Sami Coll, professeur invité à l'école des médias de l'UQAM et chercheur spécialisé en matière de surveillance et de vie privée.

« Il y a tellement de paramètres que c'est difficile de se prononcer là-dessus », dit-il en précisant que les études réalisées à ce jour se contredisent à ce propos.

Bien que les caméras puissent être utiles pour la recherche d'éléments de preuve, Sami Coll doute qu'elles aident à prévenir des crimes.

Préventif, ça veut dire faire en sorte que le crime n'arrive pas. Mais s'il n'est pas arrivé, on ne peut pas savoir s'il se serait produit en l'absence de caméras

Sami Coll, professeur invité à l'école des médias de l'UQAM et chercheur spécialisé en matière de surveillance et de vie privée
 

Pas de changement à Nipissing Ouest

Depuis son installation en 1998, le nombre de crimes résolus à Nipissing Ouest grâce à son système de vidéosurveillance est minime et aucune donnée n'a démontré l'influence positive des caméras sur l'ordre public, a indiqué le chef de la Police de Nipissing Ouest, Chuck Séguin, dans une lettre présentée au conseil municipal en 2014.

Le taux de crime n'a d'ailleurs pas changé depuis que les caméras ne sont plus utilisées, explique le chef.

« Les autres municipalités qui cherchent à installer un système doivent faire les études pour en établir le besoin. C'est une question de logique », dit-il.

L'agent est au téléphone, assis à son bureau.

Le chef de la police de Nipissing Ouest, Chuck Séguin.

Photo : Radio-Canada

Chuck Séguin, autrefois lui-même policier à North Bay, apporte toutefois une nuance quand il s’agit de comparer les deux municipalités.

North Bay est trois fois plus peuplée que Nipissing Ouest, et son centre-ville est bien plus animé, selon ses dires.

Étude de mise à Sudbury

À Sudbury, le programme controversé de vidéosurveillance, Lion's Eye in the Sky, vient de fêter ces 20 ans.

La dernière étude sur l'efficacité de ce programme remonte à l'an 2000 et avait été réalisée par la firme comptable KPMG.

Selon ce rapport, Lion's Eye in the Sky a eu un impact positif sur la sécurité du public. KPMG estime qu'au cours de ses trois premières années d'existence, le programme a prévenu au moins 300 crimes et a augmenté le nombre d'arrestations liées à la prostitution et à la drogue de 18 % par année, en moyenne.

Ces chiffres seraient-ils les mêmes aujourd'hui, 17 ans plus tard? Difficile à dire, selon l'inspecteur pour le Service de police du Grand Sudbury, John Somerset.

« Ça fait plusieurs années que le programme a été évalué, donc ce serait sans doute un bon moment pour examiner la façon dont il est perçu et son efficacité », dit-il. « Les crimes que nous captons, quoi qu'il n'y en ait pas tant que ça, sont généralement commis sous l'impulsion du moment, ce qui est difficile à prévenir ».

Une petite caméra rotative attachée à un poteau de lumière situé en plein centre-ville.

Une caméra de surveillance dans le centre-ville de Sudbury

Photo : Radio-Canada

Selon Sami Coll, il serait plus efficace de s'attaquer aux causes plus profondes de la criminalité.

« Les caméras de surveillance ne font que cacher la poussière sous le tapis et ça détourne des débats plus fondamentaux » dit le chercheur.

North Bay veut aller de l’avant

L’automne dernier, la Ville de North Bay a lancé un appel d'offres afin de trouver une compagnie qui installerait des caméras de surveillance.

Selon David Jackowski, le gestionnaire des installations de North Bay, aucun soumissionnaire n’a rencontré les critères de coût de cet appel d’offre et n’a donc été retenu.

La Ville de North Bay lancera donc un nouvel appel d'offres au printemps et le projet sera ensuite présenté pour approbation au conseil municipal de la Ville, explique David Jackowski.

Nord de l'Ontario

Prévention et sécurité