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La possession d’une poupée gonflable qui représente un enfant est-elle un crime?

C'est ce colis qui contient une poupée gonflable représentant une fille prépubère qui est au coeur de l'affaire.

C'est ce colis qui contient une poupée gonflable représentant une fille prépubère qui est au coeur de l'affaire.

Photo : CBC/Glenn Payette

CBC

Une cause inusitée est entendue ces jours-ci au palais de justice de Saint-Jean, à Terre-Neuve-et-Labrador. Le tribunal devra déterminer si Kenneth Harrisson s'est rendu coupable de possession de pornographie juvénile en se faisant livrer une poupée gonflable qui représente un enfant.

Kenneth Harrisson, 51 ans, a plaidé non coupable. Il a reçu la poupée gonflable par courrier, en provenance du Japon.

Son procès a commencé en janvier et reprend mardi. Il soulève un débat à savoir si un objet inanimé constitue de la pornographie juvénile.

Un haut gradé de la GRC à la retraite, le surintendant Bill Malone, croit que oui. Il a visionné des milliers d’images de pornographie juvénile dans le cadre de ses anciennes fonctions et connaît donc bien le sujet.

« Lorsque j’ai vu les descriptions de la poupée dans les journaux, la façon qu’elle est décrite, sa fonction, etc., je suis convaincu et je le serai toujours qu’il s’agit bien de pornographie juvénile », dit-il.

Mais un psychologue clinicien de Toronto, le Dr James Cantor, n’est pas du même avis.

« Pour qu’il y ait pornographie juvénile, il faut des preuves qu’un crime a été commis. Ce n’est pas le cas lorsqu’on parle d’une poupée gonflable qui représente un enfant. Il n’y a pas de vraie personne, ce n’est qu’un morceau de latex. Alors s’il n’y a pas de victime, quel tort a été causé? »

L'accusé se dit « tout à fait contre l'exploitation d'enfants »

L’accusé, Kenneth Harrisson, n’a pas de dossier criminel. Il n’a donné aucune entrevue depuis son arrestation, mais a répondu à un courriel de CBC en se disant « tout à fait contre l’exploitation d’enfants sous quelque forme que ce soit. »

Kenneth Morrison se serait fait livrer depuis le Japon la poupée gonflable.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Kenneth Morrison se serait fait livrer depuis le Japon la poupée gonflable.

Photo : CBC/Glenn Payette

Les autorités policières ont été saisies de l’affaire lorsque l’Agence des services frontaliers du Canada leur a signalé le colis au moment où il est arrivé au Centre de traitement du courrier international de Toronto en janvier 2013.

Le nom de l’entreprise japonaise inscrit sur la boîte, Harumi Designs, se trouvait sur une liste de surveillance de l’agence.

Les autorités ont laissé le colis se rendre à destination et la Force constabulaire royale de Terre-Neuve a arrêté Harrisson lorsqu’il en a pris possession en mars 2013. Il ne l’a jamais ouvert.

D’après une description de la force policière terre-neuvienne, la boîte contenait une poupée représentant une fille prépubère, d’une taille approximative de 130 cm. Elle était accompagnée d’accessoires dont « certains pouvaient donner une gratification sexuelle ».

Des poupées gonflables expédiéesAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Il y a un commerce florissant de poupées gonflables de par le monde.

Photo : Getty Images / David McNew

Quatre accusations ont été déposées contre Kenneth Harrisson : possession de pornographie juvénile, utilisation du courrier pour la livraison de matériel obscène, violation de la Loi sur les douanes en ayant tenté de faire entrer clandestinement au Canada cette poupée et possession d’un objet contraire à la Loi sur les douanes.

La pornographie juvénile : une définition large

Le Code criminel a une définition assez large de ce qu’est de la pornographie juvénile. Elle ne mentionne pas explicitement les poupées gonflables juvéniles, mais précise que la représentation, dans un but sexuel, des organes sexuels ou de la région anale d’une personne de moins de 18 ans est comprise dans la définition.

Des témoins dans cette cause ont déjà déclaré en cour que la poupée gonflable livrée à Kenneth Harrisson avait un vagin, des sous-vêtements et un lubrifiant.

Pour l’aider à déterminer si la poupée gonflable pouvait être considérée comme de la pornographie juvénile, la Force constabulaire royale de Terre-Neuve a consulté le psychiatre légiste Peter Collins, de l’Université de Toronto, un expert dans ce domaine.

Selon le psychiatre légiste Peter Collins, la poupée gonflable est bel et bien de la pornographie juvénile.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Selon le psychiatre légiste Peter Collins, la poupée gonflable est bel et bien de la pornographie juvénile.

Photo : CBC/Glenn Payette

Dans sa réponse, le Dr Collins affirme que si « [Harrisson] a commandé une poupée gonflable de la sorte, c’est qu’il a probablement une attirance sexuelle pour les enfants prépubères ».

D’un point de vue clinique, dit-il, on peut conclure que les hommes comme Kenneth Harrisson sont des pédophiles.

« À mon avis, la possession d’une poupée gonflable [qui représente un enfant] n’est qu’une autre façon d’utiliser les enfants dans un but sexuel et en conséquence, cela correspond à la définition de la pornographie juvénile », conclut-il.

Le docteur James Cantor, pour sa part, estime que la possession de poupées comme celle qui a été saisie pourrait en réalité avoir un effet social bénéfique dans la mesure où elle pourrait servir d’exutoire pour les pédophiles et aider à prévenir des agressions sexuelles contre des enfants.

La pédophilie est une maladie et non un crime en soi, dit-il. Le pédophile ne devient criminel que lorsqu’il met ses fantasmes à exécution, selon lui.

Il estime que la possession de poupées gonflables juvéniles devrait être permise au Canada tant qu’il ne sera pas prouvé qu’elles font courir un risque à des enfants.

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Terre-Neuve-et-Labrador

Justice et faits divers