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Rappel de marijuana médicinale à Organigram et Mettrum : Santé Canada fera des tests

Marijuana séchée
Une partie de ce qui reste de la marijuana médicinale de Dawn Rae Downton. Photo: Radio-Canada / Dave Laughlin
Radio-Canada

Santé Canada va commencer à tester au hasard les produits de marijuana médicinale afin de vérifier s'ils contiennent des pesticides interdits pour la culture de cette plante.

L’an dernier, les producteurs autorisés Organigram, de Moncton, et Mettrum, de Toronto, ont volontairement lancé un rappel de leurs produits parce qu’ils contenaient de faibles quantités des produits chimiques suivants : myclobutanil, bifénazate et pyréthrine.

Puis, en janvier, presque tous les produits d’Organigram vendus en 2016 ont fait l’objet d’un autre rappel.

Le communiqué publié par le gouvernement fédéral le 13 janvier indiquait que Santé Canada n’avait pas reçu de rapport sur des effets indésirables des produits. Toutefois, CBC a obtenu la confirmation qu’une résidente d’Halifax, Dawn Rae Downton, s’était plainte à Santé Canada pour des symptômes continus de nausées et de vomissements.

Témoignage d’une patiente

Mme Downton, 60 ans, a une prescription de marijuana parce qu’elle souffre d’arthrite. Elle est déçue de n’avoir reçu rien de plus de Santé Canada qu’une lettre, en novembre.

Dawn Rae Downton affirme qu’elle est la preuve vivante qu’il y a des effets indésirables et que « Santé Canada ne protège pas les patients qui prennent de la marijuana médicinale ».

Mme Downton ajoute qu’elle a informé Organigram des symptômes dont elle souffrait et que l’entreprise ne lui a pas répondu.

Dawn Rae DowntonDawn Rae Downton veut faire tester le reste de sa marijuana médicinale pour savoir ce qu'elle contient. Photo : Radio-Canada / Elizabeth Chiu

Elle souligne qu’elle a été malade pendant huit mois, qu’elle a perdu plus de 13 kilogrammes (30 livres) et qu’elle a été alitée. Durant cette période, elle consommait de la marijuana médicinale. Son gastroentérologue, qui n’avait jamais vu auparavant de tels symptômes chez des consommateurs de marijuana, lui a recommandé de cesser d’en prendre.

Une porte-parole d’Organigram a dit à CBC que le président de l’entreprise n’était pas disponible pour une entrevue.

Santé Canada reconnaît son erreur

Répondant à une demande de CBC, Santé Canada a reconnu avoir reçu un rapport d’effets indésirables avant d’avoir publié son communiqué. Le ministère regrette cette erreur.

Santé Canada précise avoir reçu avant le 31 janvier un signalement d’effets indésirables provenant de clients d’Organigram. Les symptômes mentionnés sont la perte de poids, les nausées, les vomissements, l’irritation de la gorge et l’infection des voies respiratoires. Le ministère a aussi reçu une dizaine de signalements de ce genre de clients de Mettrum.

Lancement de tests menés au hasard

Le ministère de la Santé du Canada a annoncé tard mardi soir qu’il fera des tests au hasard afin de vérifier que les producteurs de marijuana médicinale n’utilisent que les pesticides autorisés pour ce genre de culture.

Le myclobutanil est un fongicide permis sur les cultures vivrières, mais non sur la marijuana parce que, lorsqu’il brûle, il produit du cyanure d’hydrogène. Lorsque cette substance est inhalée, elle peut causer des maux de tête, des étourdissements, des nausées et des vomissements. En plus grande concentration, elle peut causer une respiration haletante, des battements de coeur irréguliers, un état de crise et même la mort.

Un lien possible avec le cyanure d’hydrogène

Dawn Rae Downton soupçonne que les joints qu’elle a fumés sont la cause de tous ses maux. Depuis qu’elle a cessé de consommer ces produits de marijuana médicinale, elle ne souffre plus de nausées ni de vomissements.

Frank Conrad, le directeur du Colorado Green Lab, un laboratoire à Denver spécialisé en matière de cannabis, reconnaît que les symptômes de Mme Downton sont des signes d’une possible contamination au cyanure d’hydrogène.

M. Conrad explique que le corps humain peut éliminer en quelques heures de faibles quantités de cyanure d’hydrogène. Dans des cas plus graves, dit-il, cette substance peut causer une augmentation de la tension et du rythme cardiaque. Il n’a toutefois connaissance d’aucun cas documenté de décès causé par du cyanure d’hydrogène provenant de marijuana traitée au myclobutanil.

Frank Conrad dans son laboratoireFrank Conrad, directeur du Colorado Green Lab, affirme que la nausée et le vomissement sont des symptômes possibles d’une contamination au cyanure d’hydrogène. Photo : La Presse canadienne / AP Photo/David Zalubowski

Frank Conrad ajoute que le Colorado Green Lab travaille sur un test qui permettra aux producteurs de marijuana de vérifier si leurs cultures sont résistantes ou vulnérables à la maladie oïdium de la vigne. Les producteurs pourront employer un traitement préventif biologique au lieu de recourir au myclobutanil.

Possible recours collectif

Jusqu’à présent, plus de 90 patients qui suivent un traitement de marijuana médicinale ont communiqué avec la firme d’avocats Wagner’s, à Halifax, qui se spécialise dans les recours collectifs liés aux fautes professionnelles médicales.

Ray Wagner, fondateur de la firme, souligne que c’est un grand nombre de patients en un court laps de temps. Il dit que plusieurs personnes sont choquées d’apprendre que les produits qu’elles croyaient biologiques ne l’étaient pas.

La firme évalue toujours le potentiel de recours collectif dans cette affaire. Il serait difficile d’en lancer un sur la base d’allégations relatives à la santé, explique Ray Wagner, étant donné les divers problèmes médicaux dont souffrent ces patients. Il croit toutefois qu’ils ont de bonnes chances d’obtenir un remboursement et une partie des profits.

Dawn Rae Downton veut faire un suivi avec son médecin pour déterminer s’il y a des preuves que ses maux ont été causés par des pesticides et du cyanure d’hydrogène. Elle veut faire tester en laboratoire ce qui reste de sa marijuana produite par Organigram pour vérifier la présence de tout autre produit.

De plus, Mme Downton se porte volontaire pour représenter les plaignants dans le possible recours collectif.

Organigram répond

La firme Organigram de Moncton a depuis perdu sa certification biologique, même si son site Internet prétend toujours le contraire.

L'entreprise n'a pas répondu aux demandes d'entrevue de Radio-Canada.

Dans une déclaration écrite, l'entreprise affirme prendre la situation très au sérieux. Des mécanismes de surveillance supplémentaires ont été mis en place pour éviter d'autres contaminations futures.

Avec les informations de CBC

Nouveau-Brunswick

Santé physique et mentale