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À Sudbury, ce sont vos voisins qui vous surveillent

Peter Marshall, assis à un bureau avec en face de lui plusieurs écrans sur lesquels on voit des images du centre-ville, captées par des caméras de surveillance.

Depuis des années, Peter Marshall, un retraité, passe des heures dans cette salle située dans le poste de police de Sudbury pour surveiller les caméras installées au centre-ville.

Photo : Radio-Canada / Joël Ashak

Radio-Canada

Radio-Canada a eu accès à la salle de surveillance des caméras installées au centre-ville de Sudbury où s'assoient, depuis 20 ans, des bénévoles. Qui sont-ils et qu'en pensent les Sudburois ?

Un texte de Joël Ashak et de Stéphany Laperrière avec la collaboration de Sophie Vallée

À Sudbury, ce sont des simples citoyens, et non des agents de police, qui surveillent les lieux publics du centre-ville dans le cadre du programme intitulé Lion's Eye in the Sky.

Peter Marshall est l'un de ces bénévoles. Assis derrière de grands écrans, il contrôle plus d'une quinzaine de caméras à la recherche de gestes suspects ou pour recueillir des éléments de preuve à la demande de la police.

« Nous gardons l'oeil ouvert pour certaines activités, par exemple si nous voyons quelqu'un qui va dans une ruelle durant la nuit, où ce n'est pas sécuritaire, je vais peut-être concentrer mon attention là-dessus », dit-il.

Peter Marshall, vu de dos, observe les images capturées par les caméras.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Plus d'une quinzaine de caméras sont installées dans la ville.

Photo : Radio-Canada / Joël Ashak

Cette surveillance citoyenne, qui serait la seule du genre en Ontario, inquiète le chercheur spécialisé en matière de surveillance et de vie privée et professeur invité à l'école des médias de l'UQAM, Sami Coll.

« Les policiers sont plus susceptibles d'être un peu objectif et d'adopter un regard désintéressé alors que la population, comment elle va faire si elle voit quelqu'un qu'elle ne connait pas, qu'elle n'aime pas, qui a la peau bronzée, ou qui a l'air musulman », prévient-il.

Une petite caméra rotative attachée à un poteau de lumière situé en plein centre-ville.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Une caméra de surveillance dans le centre-ville de Sudbury

Photo : Radio-Canada / Joël Ashak

Pas de formation sur le profilage

Les bénévoles de Lion's Eye in the Sky, un programme accepté par le Bureau du commissaire à l'information et à la vie privée de l'Ontario, ne reçoivent pas de formation portant spécifiquement sur le profilage racial ou social, indique l'inspecteur pour le Service de police du Grand Sudbury, John Somerset.

« Nous sommes déterminés à être un service de police inclusif et c'est quelque chose que nous ne voyons pas comme un problème », dit-il.

Le Service de police du Grand Sudbury vérifie d'abord les antécédents des candidats et les invite ensuite à prendre part à une formation technique sur l'utilisation des caméras et la tenue d'un registre des incidents observés.

Étudiants ou retraités, tous sont invités à poser leur candidature au programme. Malgré tout, il manque de bénévoles, selon John Somerset.

« Nous avons de la difficulté [à avoir des volontaires] pour le soir et la nuit, mais durant la journée, nous avons plusieurs bénévoles », affirme l'inspecteur, sans toutefois préciser le nombre exact.

L'agent en entrevue avec Radio-Canada au poste de police de Sudbury.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

L'inspecteur John Somerset de la Police de Sudbury

Photo : Radio-Canada / Joël Ashak

Avis partagés

Au centre-ville de Sudbury, les avis sur le programme Lion's Eye in the Sky sont partagés.

« Je m'inquiète un peu pour ma vie privée... Il existe bien des gens louches et de penser que n'importe qui peut s'inscrire et devenir bénévole, c'est un peu bizarre », se confie Lars Melby.

Pour sa part, Véronique Charbonneau rappelle que les caméras sont installées dans les lieux publics, où les attentes en matière de vie privée sont moindres. Selon elle, le recours à des bénévoles est une bonne chose.

« Je trouve que c'est bien, c'est un beau concept, ça engage la communauté, je suis certaine que les policiers sont déjà occupés avec des choses un peu plus critiques », dit-elle.

Protéger la vie privée

Vouloir contribuer au bien-être et à la sécurité de sa communauté, c'est la raison pour laquelle Peter Marshall a choisi de devenir bénévole.

« Je vois encore des gens qui n'osent pas venir au centre-ville de Sudbury, parce qu'ils jugent que ce n'est pas sécuritaire », explique-t-il.

Il explique que le programme Lion's Eye in the Sky permet aux policiers d'intervenir rapidement en situation de crise.

En ce qui concerne la vie privée des Sudburois, Peter Marshall rappelle que les bénévoles signent une entente de confidentialité et sont tenues de suivre de strictes politiques en cette matière.

« Une des politiques est que nous ne pouvons pas suivre un individu avec les caméras à moins d'avoir une raison valable de le faire », dit-il en exemple.

Le Bureau du commissaire à l'information et à la protection de la vie privée de l'Ontario n'a pas reçu de plaintes au sujet de Lion's Eye in the Sky, selon un porte-parole.

Nord de l'Ontario

Prévention et sécurité