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Présidentielle française : Fillon maintient sa candidature malgré les accusations

Le reportage de Jean-François Bélanger
Radio-Canada

Fragilisé par de nouvelles révélations sur les présumés emplois fictifs de sa femme, le candidat de la droite à la présidentielle française, François Fillon, maintient vouloir aller « jusqu'au bout » de la campagne. Le centriste Emmanuel Macron est également dans la course pour affronter Marine Le Pen au deuxième tour.

« J'ai choisi d'être candidat à l'élection présidentielle. Et quand on choisit d'être candidat à l'élection présidentielle, on ne vient pas se plaindre ensuite de la violence des attaques. On les accepte comme malheureusement des scories de notre système démocratique et on les affronte », a déclaré François Fillon au Salon des entrepreneurs, à Paris.

Les attaques en question visent sa femme et les sommes qu’elle aurait touchées pour des emplois présumés fictifs.

Selon Le Canard enchaîné, l’hebdomadaire français à l’origine de ce qui est maintenant le Penelopegate, Penelope Fillon aurait perçu à elle seule plus de 900 000 euros bruts comme assistante parlementaire et collaboratrice pour une revue littéraire. Les enfants de M. Fillon auraient pour leur part touché 84 000 euros comme assistants parlementaires de leur père alors qu’ils étaient encore étudiants.

Plus de trois Français sur quatre (76 %) ne sont pas convaincus par la défense et les arguments du candidat conservateur, selon un sondage publié mercredi. Par ailleurs, 350 000 personnes ont signé une pétition demandant à Penelope Fillon de rendre l'argent public.

Aux premiers jours du scandale, la droite avait soutenu en bloc son candidat à la présidence. Or, à la lumière de nouvelles révélations, des divisions apparaissent dans les rangs de l’ancien premier ministre de Nicolas Sarkozy.

Le candidat, qui défend un programme libéral-conservateur, a demandé mercredi aux parlementaires de son camp de « tenir 15 jours » derrière lui, en attendant les résultats de l’enquête en cours.

Il attaque par ailleurs la gauche au pouvoir, déclarant que « cette affaire, on sait d’où elle vient, elle vient du pouvoir, elle vient de la gauche », dit l’AFP. Fillon, qui avait déjà dénoncé « une opération professionnelle de déstabilisation », évoque maintenant « un coup d’État institutionnel ».

Pour le groupe de réflexion américain Center for Strategic & International Studies (CSIS), le Penelopegate pourrait « constituer un rappel dévastateur à l'électorat français de l'état apparemment permanent de scandale et de corruption dont souffre » la droite française.

La campagne de tous les candidats

Pendant que François Fillon se défend, des voix s’élèvent pour l’appeler à renoncer à sa candidature.

Un soutien de l’ancien président Nicolas Sarkozy a déclaré que le résultat des primaires, au terme desquelles Fillon était sorti triomphant en ralliant plus de 4 millions d’électeurs, était « aujourd’hui caduc ». Un proche de Sarkozy a ajouté que « Fillon est mort ». Plus modéré, un partisan de l’ex-premier ministre Alain Juppé s’est contenté d’appeler M. Fillon à réfléchir à la suite des choses.

Ces déclarations laissent présager de nouvelles perturbations dans une campagne présidentielle déjà mouvementée.

Rappelons qu’il y a encore quelques mois, tout portait à croire que la France allait revivre le 7 mai prochain le même duel qui avait opposé en 2012 l'ex-président de droite Nicolas Sarkozy et le socialiste François Hollande.

Or, les ténors qui occupaient la scène politique française depuis une décennie sont tombés les uns après les autres à la faveur de primaires, un mode d'investiture apparu en 2011 en France. La droite y a eu recours pour la première fois de son histoire en novembre dernier.

Cet épisode a vu chuter Nicolas Sarkozy et Alain Juppé, qui avait été le favori pendant des mois. Au parti socialiste, affaibli et divisé, l'ex-premier ministre Manuel Valls, lui aussi favori après le désistement du président François Hollande, a souffert du rejet de la politique gouvernementale qu'il a incarnée pendant deux ans.

La distribution des candidats à la présidentielle pourrait encore changer si Fillon devait céder aux pressions et se désister. Il est d’ailleurs déjà talonné par l’ex-ministre de l’Économie, Emmanuel Macron.

Ce dernier n’a jamais eu de mandat électif. Il se présente sans primaire ni parti politique, se positionnant au centre avec son livre-programme titré Révolution. Il est déjà perçu comme l’étoile montante de la campagne et pourrait bien déclasser Fillon au premier tour.

Pour ce qui est de savoir qui des deux candidats a les meilleures chances de l’emporter, les sondages se contredisent.

Une lutte pour la deuxième place

Selon un sondage Ifop-Fiducial publié mercredi, Marine Le Pen et François Fillon sont en tête des intentions de vote au premier tour de l'élection présidentielle, avec 24 % et 21 % respectivement, et le candidat de la droite l'emporterait au second tour.

Marine Le Pen dirige le Front national, un parti en progression constante à toutes les élections depuis 2011 avec son programme anti-Europe et anti-immigration. Elle espère tirer profit de la vague nationaliste qui sévit en Europe et aux États-Unis pour remporter la présidence.

Le sondage cité plus haut prévoit cependant qu’un duel Marine Le Pen-François Fillon au second tour déboucherait sur une nette victoire du candidat de la droite sur la présidente du Front national, avec 60 % des voix contre 40 %.

Un autre sondage, celui-là par Elabe, prévoit plutôt que c’est le centriste Emmanuel Macron qui arrivera deuxième derrière Marine Le Pen avec 23 % des intentions de vote, alors que Fillon n’en obtiendrait que 20 %.

Au vu de ces résultats, une seule constante : Marine Le Pen est la favorite pour remporter le premier tour. Si l’on se fie aux prédictions, la population française se ralliera ensuite derrière la droite pour le deuxième tour. L’enjeu de la présidence repose donc sur le candidat qui saura arracher la deuxième place lors du premier tour des élections.

Une longue tradition de corruption

Si Marine Le Pen trône en tête des sondages d’opinion, la dirigeante de l'extrême droite est elle aussi visée par des accusations d'emploi fictif concernant une assistante payée sur des fonds européens alors qu’elle était affectée à d'autres tâches.

La justice française a ouvert début janvier une enquête judiciaire globale concernant la réalité des emplois d'une vingtaine d'assistants parlementaires européens salariés par son parti, le Front national. Devant le refus de Marine Le Pen de rembourser le Parlement européen, l'institution européenne entend faire des retenues directement sur son salaire afin de recouvrer les 298 000 euros versés à son assistante, en plus de 41 500 euros versés à son garde du corps.

Avec les informations de AFP, et Reuters

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