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Vélo, boulot, Modo : vivre sans posséder de voiture à Vancouver

Radio-Canada

C'est une tendance qu'on voit à travers l'Amérique du Nord : la jeune génération est de moins en moins susceptible d'acheter une voiture et même d'obtenir un permis de conduire. Et nulle part cette tendance est-elle plus visible qu'à Vancouver, qui se targue d'avoir le nombre de personnes allant au travail en vélo le plus élevé du continent.

Un texte de Francis PlourdeTwitterCourriel 

Que ce soit un matin de semaine à l’entrée du pont Burrard dans le quartier Kitsilano, ou un samedi après-midi rue Adanac, dans l’est de Vancouver, il n’est pas rare de voir un attroupement de cyclistes à un feu rouge.

Depuis son arrivée au pouvoir, en 2008, le parti Vision, du maire Gregor Robertson, a travaillé fort pour changer les habitudes de transport des Vancouvérois. Critiquées par certains résidents, les mesures vivent à faire en sorte que, d’ici 2040, les deux tiers des trajets seront faits à pied, à vélo ou en transport en commun.

Adrien Pratlong et sa conjointe, Alix Demontrond, deux jeunes professionnels d’origine française, font partie de ceux qui approuvent les multiples pistes cyclables qui étendent leurs tentacules aux quatre coins de la ville.

Chaque matin, ces jeunes parents quittent - à vélo - leur appartement du village olympique pour le travail, faisant même un détour pour déposer leur fils à la garderie.

Pour ces deux trentenaires, il n'est pas question d’avoir une voiture.

On a un côté militant, mais on n’a pas non plus envie d’avoir de voiture. [...] Il faudrait qu’on paye le garage, l’assurance, l’essence, l’entretien… Ce sont des choses avec lesquelles on ne se prend pas la tête.

Adrien Pratlong, cycliste vancouvérois

Ce choix, les moins de 35 ans sont de plus en plus nombreux à le faire, encouragés, entre autres, par les nouvelles possibilités d’autopartage.

Pour Adrien et Alix, cela a été un facteur dans leur décision. « Quand on a besoin d’une voiture pour le week-end, on utilise [le service d'autopartage] Modo, par exemple, explique Adrien. On n’a jamais eu de problème pour avoir une voiture et partager les voitures. »

En 2015, la société d’assurance automobile BCAA a flairé la tendance et a créé son propre service d’autopartage à la minute, Evo, qui permet de réserver et de démarrer une voiture avec son téléphone intelligent, tout cela en quelques clics.

Un système basé sur le même modèle que le concept Car2Go, de la multinationale Daimler AG, présent dans une trentaine de villes dans le monde, dont Vancouver. C’est d'ailleurs dans cette ville que l’entreprise compte le plus d’utilisateurs (119 000) et la plus grande flotte d’Amérique du Nord (un millier de véhicules).

Moins de deux ans après son lancement, 55 000 Vancouvérois ont adopté le service d’autopartage Evo, le quatrième de la métropole. Ce sont principalement de jeunes universitaires, célibataires ou parents de jeunes enfants, prêts à sacrifier la voiture pour vivre plus près du centre-ville.

« Ces jeunes font des choix différents avec leur argent. Ils voient la voiture comme un service, souligne Eric Hopkins, vice-président de BCAA pour les innovations. Quand j’avais 16 ans, le permis de conduire et la voiture étaient une clef pour la liberté. Aujourd’hui, cette clef, c’est le téléphone intelligent. C’est plus précieux qu’une voiture. »

Le déclin de la voiture : un phénomène urbain

La crise économique de 2008 semble avoir eu un effet important sur les habitudes de consommation en Amérique du Nord, selon une étude de l’Institut de recherche sur les transports de l’Université du Michigan.

En analysant les chiffres de 1984 à 2011, les chercheurs ont découvert que le nombre de véhicules sur les routes avait atteint son maximum en 2008. Attribuant ce sommet à la crise, les chercheurs ont tout de même réalisé qu’à long terme, il était fort probable que, même si le nombre absolu de voitures sur les routes continue d’augmenter, le nombre de voitures par habitant soit sur une pente descendante.

Un bilan qui s'avère plus nuancé en Colombie-Britannique. Du début 2012 au début 2016, le nombre de véhicules enregistrés a augmenté de 9,5 %, alors que la population a augmenté de 4,3 %.

À Vancouver, toutefois, les données démontrent que 270 000 véhicules étaient enregistrés au début de 2016, une hausse de 3,8 % en cinq ans, une période où la population a, elle, augmenté de 5,2 %.

Ce sont des chiffres encourageants pour la Ville de Vancouver, qui a investi de façon massive depuis 10 ans pour mettre fin au règne de l’automobile, à travers, notamment des voies cyclables qui améliorent la sécurité et incitent les citoyens à enfourcher un vélo.

Déjà, la moitié des transports se font à pied, à vélo ou en transport en commun. C’est le vélo qui a connu la croissance la plus phénoménale, ce qui a même poussé la Ville à investir, en 2016, dans Mobi, son vélo en libre-service basé sur le modèle du BIXI montréalais.

Ces trois dernières années, on a vu le pourcentage de trajets à vélo passer de 3 à 7 %. Et 10 % des gens prennent maintenant le vélo pour se rendre au travail, c’est le plus haut taux en Amérique du Nord!

Lon LaClaire, directeur des transports, Ville de Vancouver

Même si Vancouver peut miser sur un climat doux et une forte densité urbaine, ce n’est pas encore assez pour l’administration municipale, en période de consultation pour améliorer les infrastructures de transports. « Oui, nous avons vu un déclin du nombre de transports par voiture, mais nous avons atteint un plateau, explique Lon LaClaire. Notre inquiétude, c’est que le système de transport en commun est au maximum de sa capacité. Nous devons nous concentrer là-dessus pour atteindre nos objectifs. »

En 2017, la Ville de Vancouver mise sur trois projets pour augmenter la capacité du système :

Reste maintenant à voir si pour les familles de cyclistes, c’est une tendance à long terme, ou si ces jeunes parents finiront par troquer le vélo... pour l’auto.

Pour l’instant, le couple Pratlong-Demontrond ne se pose pas la question, même si leurs efforts logistiques pour se passer de voiture suscitent quelques sourires. « On a quelques amis qui nous disent : "Attendez, vous allez voir!", raconte Adrien. Avec deux enfants, la question (de la voiture) se posera, mais pour l’instant, ce n’est pas un problème. »

Colombie-Britannique et Yukon

Transports