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S'émerveiller devant l'art de Chagall

Marc Chagall, « La Naissance », 1911-1912
Marc Chagall, « La Naissance », 1911-1912 Photo: SODRAC & ADAGP 2017, Chagall/The Art Institute of Chicago/Art Resource, NY
Franco Nuovo

L'exposition Chagall : couleur et musique se tient à Montréal, au Musée des beaux-arts. Je sais, c'est loin de la Gaspésie, loin de la côte ouest, mais si jamais vous passez par la métropole au cours des prochaines semaines ou des prochains mois, il faut vous y arrêter.

Ce qu’on y voit n’est pas seulement exceptionnel, c’est un privilège : celui de regarder pendant quelques heures la beauté et de la côtoyer.

Cette exposition sur Chagall, où j’ai erré, rêvé et plané jeudi après-midi, plonge dans un état de bien-être qu’alimentent les couleurs des toiles, les êtres angéliques, les femmes éthérées aux postures séraphiques qui volent et flottent dans des univers oniriques.

Marc Chagall, « Autour de La Flûte enchantée », 1966-1967Marc Chagall, « Autour de La Flûte enchantée », 1966-1967 Photo : SODRAC & ADAGP 2017, Chagall/Archives Marc et Ida Chagall, Paris

On dit que c’est la plus grande exposition de Chagall jamais organisée au Canada. Je le crois. À travers ses œuvres, des plus petites datant de la Russie de ses origines aux plus grandioses peintes des décennies plus tard, des gravures à la sculpture, de l’opéra et du théâtre au vitrail d’où émerge une lumière de vie, on suit cet incomparable artiste de pays en pays, de la Biélorussie aux États-Unis jusqu’à Saint-Paul-de-Vence, cette Provence dont l’éclat l’a tant inspiré.

Il y a aussi dans ses toiles toute la tradition juive de celui né dans une famille hassidique, tout son amour de la musique, de Mozart en particulier, de l’opéra et de la poésie. Comment ne pas succomber? Comment ne pas nous étendre, littéralement, pour voir tourner au-dessus de nos têtes le plafond grandiose de l’Opéra de Paris?

Marc Chagall en 1977 devant une de ses œuvresMarc Chagall en 1977 devant une de ses œuvres Photo : Getty Images / STAFF

Permettez-moi de prendre un peu de votre temps pour vous raconter une anecdote. J’étais adolescent, bien que venant d’une famille modeste, je suis allé au collège, où je me suis lié d’amitié avec Antoine, issu, lui, d’une famille plus qu’aisée où allaient et venaient 10 enfants.

Ce clan, puisque s’en était bien un, habitait une maison magnifique, grandiose où peintures, sculptures, gravures enjolivaient la vie, alors que chez nous, dans cet appartement au troisième étage du triplex de la rue Saint-Denis, il n’y avait aucune œuvre d’art, des livres et un quotidien illuminé par l’amour de nos parents et nos rires percutants qui remplaçaient fort bien les croûtes qui ornaient nos murs.

Un soir, Antoine nous a fait visiter sa maison, son univers et ces pièces, dont le salon, dans lesquelles, par retenue et bienséance, nous n’entrions jamais. Nous étions quelques-uns. Sur le mur, il y avait un Lemieux, une main de Rodin sur une table basse et sur un autre mur cette toile aux couleurs sublimes, aux dégradés envoûtants dans lesquels s’était aventurée en planant une femme éthérée. Devant la toile, une de nos copines, étreinte par l’émotion, s’est écroulée et mise à trembler, à pleurer à chaudes larmes. Ce n’était pas du cinéma. Elle venait de rencontrer Chagall. Il était là devant nous. Un vrai Chagall. Honnêtement, je ne connaissais rien à l’art, mais j’ai vu ce soir-là un frisson parcourir un corps, pour enfin serrer le cœur et atteindre une âme. Jamais je n’allais oublier ce moment.

Imaginez maintenant combien, en ce jeudi après-midi, dans les salles du Musée des beaux-arts de Montréal, plongeant dans les grands bleus, j’ai revu ce moment, mon adolescence, Antoine pour qui tout cela finalement était normal, et Geneviève paralysée par tant de beauté.


Juste un mot sur Fatale-Station, cette série écrite par Stéphane Bourguignon et réalisée par Rafaël Ouellet. La distribution est impressionnante : Macha Limonchik en femme qui fuit, Claude Legault en tenancier de bar, Alexis Martin en aspirant maire de cette agglomération de quelques centaines d’habitants, Denis Bernard en maire et Micheline Lanctôt dans le rôle d’une « marraine » possédant la plus grande partie d’un village égaré et qui terrorise sa maigre population.

Macha Limonchik dans une scène de la série « Fatale-Station »Macha Limonchik dans une scène de la série « Fatale-Station » Photo : Radio-Canada

Un thriller? Oui, mais lent, trop lent peut-être? Un suspense aussi. La facture fait penser à une Grande Ourse sans magie. La réalisation est attrayante, la distribution, impressionnante, or, c’est d’ailleurs probablement ce qui manque à Fatale-Station : un peu de magie. Mais, honnêtement, faites-vous une idée par vous-même… C’est sur Tou.tv/extra (Nouvelle fenêtre).


Un dernier mot sur The Young Pope, cette série présentée à HBO, signée par Paolo Sorrentino avec en vedette Jude Law en jeune pontife, Diane Keaton en religieuse et Cécile de France en spécialiste du marketing du Vatican.

Regardez la bande-annonce (en anglais) :

 

(Source :YouTube/HBO)

Il s’agit d’une coproduction italienne, française et espagnole. Ouf! Cette minisérie comme on en a peu vu porte la griffe du réalisateur de Youth, de La grande beauté et d'Il Divo. Paolo Sorrentino filme comme s’il peignait des tableaux de grands maîtres. Un rythme particulier, des ruptures de ton étonnantes et un Vatican tel qu’on ne l’a jamais imaginé. C’est une fiction tout ce qu’il y a de fictionnel, c’est important de le préciser. Jude Law, qui est remarquable, incarne le jeune pape Pie XIII, qu’on pourrait, à cause de son jeune âge, croire libéral, mais qui se révèle, au fil des minutes, plus que rigide. Fascinant Sorrentino. Un bonheur!

Franco Nuovo anime l'émission Dessine-moi un dimanche à ICI Première les dimanches dès 6 h.

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