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Le pont Langevin devient le pont de la Réconciliation à Calgary

Le pont Langevin

Le pont Langevin, qui traverse la rivière Bow dans l’est de la ville, pourrait devenir le pont de la Réconciliation

Photo : Radio-Canada / Mario De Ciccio

Radio-Canada

Le conseil municipal de Calgary a accepté lundi de renommer le pont Langevin, qui porte le nom d'un des artisans des pensionnats autochtones. Le pont sera désormais nommé le pont de la Réconciliation. Cette initiative de la Ville fait partie des efforts de rapprochement avec les peuples autochtones.

Un texte de Mario De Ciccio

Lundi, les membres du conseil municipal de Calgary ont accepté une motion qui proposait de renommer le pont qui traverse la rivière Bow dans l’est de la ville, avec seulement l'opposition du conseiller municipal Jim Stevenson.

Selon la motion, la ville est dans une période de réconciliation et doit établir de nouvelles relations avec les peuples autochtones.

« En tant que Canadiens, nous devons reconnaître et comprendre notre passé, le bon et le mauvais, stipule la motion. Hector Langevin […] dont le nom a été donné au pont Langevin [...] a joué un rôle fondateur dans l'établissement du système de pensionnats autochtones. »

Un nom désormais controversé

Photo d'archive du pontAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le pont Langevin lors de sa construction en 1910

Photo : Musée Glenbow

Le pont construit en 1910 porte le nom d’Hector-Louis Langevin, l’un des pères de la Confédération canadienne.

Cependant, depuis le dépôt du rapport de la Commission de vérité et réconciliation, Hector-Louis Langevin est aussi reconnu comme étant l'un des architectes du système des pensionnats autochtones.

Pour pouvoir éduquer les enfants correctement, nous devons les séparer de leurs familles. Certains peuvent penser qu'il s'agit d'une mesure radicale, mais nous n'avons pas d'autre choix si nous voulons les civiliser.

Sir Hector-Louis Langevin, 1883

L’idée de débaptiser le pont avait fait surface quelques jours après le dépôt du rapport de la Commission de vérité et de réconciliation, par l’entremise d’une pétition.

La proposition est par la suite revenue dans les recommandations du rapport Whyte Goose Flying créé par le Calgary Aboriginal Urban Affairs Committee.

Brian PincottAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Changer le nom du pont serait une grande étape dans le processus de réconciliation selon le conseiller municipal Brian Pincott

Photo : Radio-Canada

Le conseiller municipal Brian Pincott considère le changement de nom comme une première étape importante dans le processus de réconciliation. « Si on veut parler de réconciliation et du voyage de réconciliation, il faut commencer quelque part », dit-il.

Selon Brian Pincott, il s’agit d'une modification qui va au-delà d'un simple changement de nom. Avoir la discussion permet aussi de reconnaître l’histoire canadienne et l’histoire des pensionnats autochtones. Le conseiller y voit ainsi un geste très symbolique.

« C’est un pont. Ça connecte deux côtés de notre rivière. C’est vraiment symbolique du point de vue de la réconciliation parce que ça vient connecter l’histoire européenne et l’histoire autochtone dans notre pays. »

Perdre un nom francophone

Suzanne de Courville Nicol devant le pontAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La présidente de la Société pour le patrimoine francophone de Calgary, Suzanne de Courville Nicol dit soutenir le changement de nom, mais aurait aimé être consultée

Photo : Radio-Canada / Mario De Ciccio

Dans une lettre adressée au maire et aux conseillers, la Société pour le patrimoine francophone de Calgary dit offrir son soutien à l’initiative.

Cependant, sa présidente et fondatrice, Suzanne de Courville Nicol, avoue qu’elle aurait aimé que la communauté francophone soit consultée puisqu’il s’agit d’un nom qui fait partie de l’histoire francophone de la ville.

« La décision est déjà prise, donc nous n’allons pas nous lever contre la motion, mais ça aurait été tellement important et préférable de consulter la communauté francophone », explique-t-elle en ajoutant qu’elle aimerait qu’un comité consultatif francophone soit créé à la Ville de Calgary.

Selon Suzanne de Courville Nicol, les Franco-Albertains sont bien placés pour comprendre les volontés de guérison et de réconciliation des peuples autochtones. Rien ne se rapproche des traumatismes et des agressions physiques que les Autochtones ont reçus, selon elle, mais les francophones aussi ont souffert de mauvais traitements socioculturels.

Nos droits linguistiques nous ont été enlevés, usurpés et menacés, et on continue toujours à grimper la côte.

Suzanne de Courville Nicol, présidente de la Société pour le patrimoine francophone de Calgary

De son côté, Dennis Perreaux, le directeur général de la Société historique francophone de l’Alberta, dit trouver la question problématique du point de vue historique et francophone.

Dennis PerreauxAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Dennis Perreaux et le directeur général de la Société historique francophone de l’Alberta

Photo : Radio-Canada

« Je pense qu’une partie de notre histoire doit rappeler ce qui s’est passé », croit-il.

Il estime qu’un nom ne célèbre pas nécessairement son personnage historique et ses actions, mais aide à se souvenir de l’histoire.

Il ajoute qu’à l’époque d’Hector-Louis Langevin, le système des pensionnats autochtones n’était pas vraiment débattu et qu’ils étaient nombreux au gouvernement à l’appuyer.

Néanmoins, il estime qu’Hector-Louis Langevin n’est pas reconnu comme un personnage historique d’intérêt en Alberta et à Calgary.

On peut assurer la présence de la mémoire et du récit francophone sans nécessairement agir comme étant contre les réparations qui sont nécessaires.

Dennis Perreaux, directeur général de la Société historique francophone de l’Alberta

Le rapport White Goose Flying

En juin 2015, la Commission de vérité et réconciliation du Canada déposait son rapport final. Conclusions : le Canada a participé à un génocide culturel avec les pensionnats autochtones.

Peu après le dépôt des 94 recommandations du rapport, le Calgary Aboriginal Urban Affairs Committee a été mandaté par la Ville pour en ressortir des appels à l’action pertinents pour la municipalité et d’élaborer ses propres recommandations.

C’est ainsi qu’a été créé le rapport White Goose Flying et ses recommandations, déposées au conseil municipal en mai 2016. Parmi les recommandations, le comité suggère 43 actions que la Ville et ses partenaires devraient prendre pour répondre au rapport de la commission. Parmi elles, le rapport recommande :

  • Que tous les employés municipaux reçoivent un entraînement sur les questions de réconciliation.
  • Que la ville respecte les sites archéologiques autochtones.
  • Que la ville offre un dépliant d’information sur l’histoire autochtone aux nouveaux arrivants.
  • Que la ville encourage les conseils scolaires à revoir leurs programmes pour assurer le succès des jeunes Autochtones.

Brian Pincott estime que la Ville ne fait que commencer à s’y pencher et que le pont est l’une des premières étapes dans ce dossier important. « On a tellement à faire », dit-il.

« La réconciliation ce n’est pas juste une chose, un geste, un moment. La réconciliation, c’est un voyage. Ça va prendre des générations de travail avant de trouver comment, en tant que pays, on peut vraiment être unis et être de vrais partenaires avec les Autochtones. »

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