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Continuer à enseigner à La Loche et à Clearwater River, sans mode d'emploi

Radio-Canada

Rien ne prépare des enseignants à faire face à une tuerie de l'ampleur de celle qui a résonné dans les murs de l'école de la communauté autochtone de La Loche, dans le nord de la Saskatchewan, il y a un an. Le directeur Greg Hatch, arrivé en poste en février 2016, n'hésite pas à répéter que chacun a fait ce qu'il a pu depuis un an.

Un texte de Pascale Bouchard

Toutefois, depuis la tragédie, il y a eu des absences, tant chez les membres de son personnel que parmi les élèves. Les résultats scolaires de certains jeunes ont été en dents de scie; bref, rien n'est encore gagné dans cette longue route vers la guérison, souligne-t-il. Oui, il faudra du temps. Beaucoup de temps.

Une école pas comme avant

L'école secondaire communautaire Dene de La Loche n'est plus la même. On y trouve maintenant des agents de la Gendarmerie royale du Canada dans ses murs du lundi au vendredi, de nouveaux postes téléphoniques installés dans chaque classe, des affiches placées un peu partout, avec des slogans qui rappellent à tous ceux qui s'y rendent chaque jour que cette école est un endroit sécuritaire. Pour tous.

Le directeur de l'École communautaire Dene de La Loche, Greg Hatch.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le directeur de l'école secondaire de La Loche, Greg Hatch.

Photo : Radio-Canada / Pascale Bouchard

Le directeur Greg Hatch estime pourtant qu'il faudra encore beaucoup plus pour que le quotidien soit supportable.

Il veut un plan à long terme, avec l'aide de la province, pour mieux encadrer son personnel et les jeunes de son école.

Il a le sentiment profond qu'après l'aide initiale des premières semaines, La Loche a été un peu oubliée. Que son école à l'autre bout de la province a été abandonnée.

Nous nous sentons abandonnés par le "big system", le système qui était censé prendre soin de nous.

Greg Hatch, dir. école communautaire de La Loche

Ces paroles, Greg Hatch les a prononcées le 9 janvier dernier, dans son école, aux côtés d'un homme qui est venu du Colorado pour lui rappeler, à lui et aux enseignants, qu'ils ne sont pas seuls.

L'importance de demander de l'aide

Frank DeAngelis, ex-directeur de l'école Columbine, a lui aussi connu l'horreur d'une tuerie en 1999. Dans une rencontre privée, il leur a expliqué qu'ils risquaient de ressentir très longtemps les effets de cette tragédie.

Ils pensent qu'ils vont se réveiller un matin et que tout sera de retour à la normale. Cela ne va pas se produire.

Frank DeAngelis, dir. de l'école Columbine lors de la fusillade de 1999
Frank DeAngelis à l'intérieur de l'école de La LocheAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Frank DeAngelis, ancien directeur de l'école Columbine au Colorado

Photo : Radio-Canada / Pascale Bouchard

Frank DeAngelis leur a parlé de l'importance de demander de l'aide.

« Oui, nous avons besoin d'aide, a dit Greg Hatch, et Frank est passé à travers tout ça. Être capable d'en parler, je pense que c'est la première étape; si vous n'en parlez pas, comment pourrez-vous vous en sortir? »

L'année la plus difficile de sa carrière

Une dizaine de kilomètres plus loin, le directeur de l'école Clearwater River Dene, Mark Klein, affirme qu'il n'a pas encore eu un seul jour de tranquillité d'esprit depuis un an.

Le tireur n'était pas dans son école le 22 janvier 2016. Malgré tout, chaque jour, il ressent encore tout le poids de cette tragédie.

« C'est très difficile, c'est une bataille au jour le jour », explique-t-il.

Le dir. de l'école Clearwater River Dene, Mark Klein, dans son bureauAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Mark Klein, dir. de l'école Clearwater River Dene

Photo : Radio-Canada / Pascale Bouchard

À la tête d'une école primaire et secondaire de 225 élèves, Mark Klein vient de vivre l'année la plus difficile de toute sa carrière. Il travaille dans cette école depuis une vingtaine d'années. Heureusement, son école est administrée par la bande de Clearwater River Dene et elle a pu compter sur la présence de thérapeutes.

Nous avons des thérapeutes ici en rotation chaque semaine, ce que nous n'avions pas avant.

Mark Klein, dir. de l'école Clearwater River Dene

Toujours aux aguets

Allison Lemaigre surveille constamment les fenêtres et la porte de sa classe depuis un an. L'enseignante de première année à l'école Clearwater River Dene n'avait pas l'habitude de le faire avant le 22 janvier 2016.

Allison Lemaigre avec ses élèves à l'école Clearwater River DeneAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Classe d'Allison Lemaigre à l'école Clearwater River Dene

Photo : Radio-Canada / Pascale Bouchard

Ce jour-là a tout changé pour elle. « Je pense à ça tout le temps », insiste-t-elle.

Assise par terre, entourée de ses élèves à qui elle enseigne dans la langue denée, Allison Lemaigre semble calme. Or, au fond d'elle-même, elle craint constamment le pire.

« C'est toujours dans ma tête. Si quelque chose se passait devant la fenêtre où je vais amener les petits. Je pense à comment bloquer ma porte, au cas où. »

Allison Lemaigre, dans un couloir de l'école Clearwater River DeneAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Allison Lemaigre, enseignante à l'école Clearwater River Dene

Photo : Radio-Canada / Pascale Bouchard

 

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