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Il y a 25 ans, la première Canadienne dans l’espace

Roberta Bondar sourit, le 29 novembre 2016, la joue dans la main

Roberta Bondar, le 29 novembre 2016

Photo : Mark Blinch

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2017 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Le 22 janvier 1992, après une décennie d'entraînement et de recherches, Roberta Bondar devient la première femme canadienne à aller en orbite. Retour sur son parcours et sur les défis survenus pendant la mission qui l'a amenée dans l'espace : STS-42.

Un texte de Mathieu Gobeil

La neurologue de carrière, originaire de Sault-Sainte-Marie, en Ontario, se souvient du 22 janvier 1992 comme si c’était hier. Sa mère et sa soeur assistaient au décollage de la navette Discovery, en Floride, à quelques kilomètres du site de mise à feu du Centre spatial Kennedy. Sur la rampe de lancement, l’excitation, mais aussi l’anxiété, étaient palpables peu avant le compte à rebours, se souvient-elle.

« C’était un événement historique. Je n’étais pas seulement la première femme du Canada à aller dans l’espace, mais la première Canadienne depuis l’explosion de la navette Challenger [en 1986] », raconte-t-elle.

« L’ambiance était beaucoup plus sombre, je crois, que lorsque Marc Garneau a volé pour la première fois [en 1984]. Nous étions très soucieux des risques. Jamais une navette n’avait explosé jusqu’à Challenger. »

Les sept membres d'équipage de la mission STS-42Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

L'équipage de la mission STS-42. De gauche à droite : Stephen S. Oswald, Roberta L. Bondar, Norman E. Thagard, Ronald J. Grabe, David C. Hilmers, Ulf D. Merbold et William F. Readdy

Photo : NASA

La sécurité avait été améliorée sur les vols de la navette Discovery, et l’équipage de STS-42 avait suivi une formation de sauvetage, mais tous ses membres – tant au sein de l’équipage que du côté du personnel technique au sol – avaient inévitablement en mémoire le souvenir de la catastrophe de Challenger, survenue moins de six ans auparavant. Les sept astronautes à bord avaient péri dans l’explosion, peu après le décollage.

Nous étions des pionniers qui prenions de gros risques. Juste avant d’entrer dans la navette Discovery, nous nous sommes regardés avec un grand sens du respect, parce qu’on dépendait les uns des autres. On savait qu’on aurait le contrôle sur très peu de choses. Soit nous mourrions tous ensemble, soit nous faisions de cette mission un succès.

Une citation de : Roberta Bondar

Au travail!

Du 22 au 30 janvier, Roberta Bondar a mené plus d'une quarantaine d'expériences pour 14 pays différents. Neurologue de formation, elle s'intéressait aux réactions physiologiques du corps humain lorsqu'il est en apesanteur.

Ce vol représentait une étape vers l’établissement de la dynamique qui aura cours plus tard avec la Station spatiale internationale, explique Roberta Bondar.

En orbite, Roberta Bondar a pris part au tournage du film IMAX « Destiny in Space ».Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

En orbite, Roberta Bondar a pris part au tournage du film IMAX Destiny in Space.

Photo : NASA

« Nous étions le premier vol qui rassemblait la communauté internationale, avec des expériences très différentes. J’ai pris part à une expérience qui consistait à faire pousser des cristaux, et à une autre sur la physiologie humaine. » Les astronautes se relayaient jour et nuit pour mener à bien les manipulations.

« En apesanteur, les différentes parties du corps ne sont pas stimulées comme sur Terre, où la gravité agit de façon beaucoup plus importante, rappelle-t-elle. Les os se décalcifient, le cœur pompe moins de sang. Les réflexes se perdent. » Il faut faire deux heures d’exercice chaque jour pour garder la forme, explique-t-elle.

Pour chaque mois passé dans l’espace, un astronaute mettra deux mois à récupérer sur Terre.

Au retour sur Terre, les astronautes perdent l’équilibre, ils n’arrivent pas à mettre un pied devant l’autre. Vous voyez aujourd’hui les astronautes, après quelques semaines passées dans la Station spatiale internationale, qui sortent du module Soyouz, et on doit les transporter sur une civière.

Une citation de : Roberta Bondar
L'astronaute Roberta Bondar devant une affiche de l'Agence spatiale canadienne

Roberta Bondar, première femme canadienne dans l'espace

Photo : La Presse canadienne / Bill Becker

Les huit jours qu’elle a passés en orbite n’ont pas été de tout repos.

« Un des défis majeurs consistait à se repérer dans la navette et à manipuler des objets dans les conditions d’apesanteur. On est beaucoup moins efficace que sur Terre. Il faut se déplacer lentement, sinon on se cogne la tête contre le mur. On perd ses crayons. Des objets disparaissent. Le monde tourne autour de nous. Il faut apprendre à utiliser les toilettes, à préparer de la nourriture, à allumer un interrupteur. »

Un souvenir de son séjour en orbite ne la quittera jamais.

Je me souviens d’avoir regardé par le hublot et d’avoir été en train d’écouter de la musique. Nous passions au-dessus du Canada. J’ai pu voir ma ville natale de Sault-Sainte-Marie, très rapidement. En quelques secondes, nous étions rendus sur Montréal. Je pouvais voir l’île. Et après, la côte est. En un rien de temps! On voyage à presque 8 km/seconde.

Une citation de : Roberta Bondar

L’alternance rapide entre le jour et la nuit constitue un autre élément déstabilisant pour les novices en orbite.

« On assiste à un coucher ou à un lever de soleil toutes les 45 minutes », a observé l’astronaute, qui demeure marquée par la quantité énorme de lumière générée la nuit par nos villes. Cette lumière constitue une pure perte, parce qu’elle est émise vers l’espace et non vers le sol.

Une environnementaliste à l’œuvre

De retour sur Terre, la Dre Bondar s’est consacrée pendant 10 ans à la médecine spatiale. Elle s’est aussi lancée dans la photo de paysages.

« Je me suis rendue dans les parcs nationaux, je voulais documenter leur état tels qu’ils étaient à la fin du 20e siècle. La collection ainsi rassemblée est présentée lors d’expositions un peu partout au pays et constitue un outil de sensibilisation. La fondation qui porte mon nom a pour objectif d’inciter les gens à reprendre contact avec le milieu naturel. »

Roberta Bondar avec son appareil photo sur trépied.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Roberta Bondar photographie désormais les beautés de la nature.

Photo : http://www.robertabondar.com/

L’ex-astronaute a d’ailleurs publié plusieurs recueils de ses photographies.

Roberta Bondar fait aussi de la sensibilisation dans les écoles et dans les camps pour jeunes. « Tout le monde a accès à une caméra, de nos jours, que ce soit avec un téléphone ou autre. » Elle amène ainsi les gens qui visitent les parcs à photographier ce qu’ils voient, en faisait attention aux détails, comme les formes, les couleurs, les textures et les aspects inhabituels (comme des déchets) – toujours dans un but de sensibilisation.

« Nous devons prendre soin de l’environnement, pour assurer notre propre bien-être. »

Photo prise par Roberta Bondar d'un glacier au parc national Quttinirpaaq, sur l'île d'Ellesmere, au NunavutAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Photo prise par Roberta Bondar d'un glacier au parc national Quttinirpaaq, sur l'île d'Ellesmere, au Nunavut

Photo : http://www.robertabondar.com/

Plus récemment, elle a entrepris un travail scientifique sur l’étude des grues blanches qui migrent entre les Territoires du Nord-Ouest et le Texas. « Ça m’occupe beaucoup. »

Les conférences qu’elle donne l’amènent un peu partout dans le monde. « Nous travaillons aussi avec de jeunes femmes en Afrique pour qu’elles restent à l’école, et qu’elles aussi s’intéressent à leur milieu naturel. »

« J’aimerais pouvoir en faire beaucoup plus. Mais je n’ai pas encore réussi à me cloner », conclut-elle.

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