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« Ne nous demandez pas comment nous allons, un sourire suffit »

Radio-Canada

Les résidents de La Loche ont eu 12 mois pour sécher leurs larmes, à la suite de la fusillade du 22 janvier 2016. Douze mois pour réapprendre à vivre au quotidien avec le poids d'une tragédie qui marquera à jamais la communauté autochtone du nord de la Saskatchewan.

Un texte de Pascale Bouchard

Annette Montgrand se souvient dans les moindres détails du 22 janvier 2016.

Elle regardait la télévision quand elle a reçu un appel du Centre de santé de La Loche l'informant que sa petite fille de 13 ans avait été dans la mire d'un tireur à son école et qu'elle était gravement blessée.

Encore aujourd'hui, 12 mois plus tard, Annette Mongrand n'aime pas quand on lui demande comment elle va. « Ce n'est pas approprié de nous demander comment on va, dit-elle. Parce vous n'aurez pas de réponse honnête. »

Annette Montgrand

La petite fille de 13 ans d'Annette Montgrand a été blessée dans la fusillade à l'école de La Loche

Photo : Radio-Canada / Don Somers

Pour la soutenir dans l'épreuve, Annette Montgrand a demandé de l'aide. « Oui il y a de l'aide ici. Des thérapeutes et tout ça, mais ce n'est pas toujours accessible, ce n'est pas toujours pratique », explique-t-elle.

Reconnaître l'ampleur du traumatisme

Gabrielle Fontaine, qui vit dans la communauté voisine de Clearwater River, était jusqu'à l'été dernier une agente de liaison autochtone pour la communauté. Elle sait très bien de quoi parle Annette Montgrand.

Au cours de la dernière année, tant à La Loche qu'à Clearwater River, Mme Fontaine a senti beaucoup de frustration dans la population.

Des gens qui souhaitaient recevoir de l'aide, ont souvent eu de la difficulté à l'obtenir, affirme-t-elle.

« Vous prenez rendez-vous, vous êtes prêt, et une heure avant, on vous dit que la psychiatre n'est pas là, qu'elle n'a pas pu se rendre en raison des conditions météorologiques. Vous devez donc reprendre un rendez-vous, [et le scénario se répète] parfois deux ou trois fois. Votre niveau de frustration augmente, et bien sûr votre santé mentale, elle, ne s'améliore pas », souligne Mme Fontaine.

La communauté de La Loche a eu droit à la visite d'une psychiatre une fois par mois au cours de la dernière année.

Dépendance et peu d'emplois

Le maire Robert St-Pierre soutient par ailleurs que toute l'aide nécessaire n'est pas encore présente dans sa communauté, malgré l'argent reçu au cours de la dernière année. La Loche en a vu d'autres, ajoute-t-il toutefois.

Morts violentes, suicides, crimes de toutes sortes, le village a appris depuis longtemps à s'entraider et à se débrouiller dans les moments difficiles.

Le maire de La Loche, Robert St-Pierre

Robert St-Pierre, maire de La Loche

Photo : Radio-Canada / Don Somers

Mais dans le grand livre de La Loche, la page du 22 janvier 2016 est beaucoup plus difficile à tourner à son avis.

Je pense que les gens ne savent pas encore comment faire face à cette tragédie au jour le jour.

Robert St-Pierre, maire de La Loche

Résultat : sa communauté est de plus en plus blessée, ce qui se reflète à plusieurs niveaux, selon lui. « Je pense que les problèmes de dépendance sont en hausse et le manque d'emploi aussi. Ces problèmes, à mon avis, vont de pair », explique le maire.

Sa propre nièce a été blessée dans la tuerie.

Robert St-Pierre n'entend toutefois pas baisser les bras, même s'il sent que l'épuisement le guette.

Tout repose sur les épaules des mêmes personnes ici, et nous sommes brûlés. Nous avons besoin de soutien supplémentaire pour que ce soit viable.

Robert St-Pierre, maire de La Loche

Leaders de la communauté à bout de souffle

Dans son bureau du centre d’amitié de La Loche, le directeur Leonard Montgrand fait écho aux propos du maire. « Nous sommes brûlés! Nous ne pouvons pas continuer à tout faire comme ça. Je ne peux pas continuer », lance-t-il.

Le nouveau bâtiment qui abrite le centre d’amitié de La Loche a été construit au printemps 2016. Ottawa a versé 775 000 $ pour sa construction.

Leonard Montgrand espère, tout comme le maire, qu'un plan stratégique à long terme sera mis en place pour sa communauté. Pour ce faire, il faudra plus de travailleurs et plus de logements à La Loche. Le logement est un problème qui a des racines bien plus profondes que le 22 janvier 2016, rappelle Leonard Montgrand.

Nous avons plus de 300 personnes qui sont sur une liste en attente d'un logement. Nous sommes un peu perdus en ce moment, pour être honnête.

Leonard Montgrand, dir. du centre d'amitié de La Loche

Malgré tout, les gens de La Loche gardent la tête haute. Presque tout le monde prend le temps de se saluer dans la rue, de s'envoyer un petit signe de la main dans leur véhicule.

« Vous n'avez pas à expliquer aux gens comment vous allez, dit Annette Montgrand, ils le savent. Donnez-leur un sourire à la place. Ça fera leur journée et vous vous sentirez un peu mieux. »

Saskatchewan

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