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Pour comprendre Nelly Arcan, il faut la lire

L'auteure Nelly Arcan en septembre 2007

L'auteure Nelly Arcan en septembre 2007

Photo : Radio-Canada/Christian Côté

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2017 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Le film Nelly dresse un portrait libre de l'écrivaine Nelly Arcan, morte en 2009. La réalisatrice Anne Émond tente d'y réconcilier les différentes facettes de l'écrivaine : la vedette, la putain, l'écrivaine et l'amoureuse. Toutefois, l'essayiste et romancière Martine Delvaux craint que le statut d'écrivaine de Nelly Arcan n'y soit un peu occulté et invite le public à relire son œuvre.

Un texte de Sophie Cazenave Twitter Courriel  

Jointe au téléphone, Martine Delvaux admet d'entrée de jeu qu’elle n’a pas encore vu le film d’Anne Émond, mais elle remarque qu'aujourd'hui encore, le personnage médiatique de Nelly Arcan a tendance à éclipser l'écrivaine, elle qui a pourtant laissé derrière elle une œuvre puissante qui gagnerait à être redécouverte.

Putain, un livre phare

Quand Putain est sorti, Martine Delvaux, jeune professeure au Département de littérature dans lequel étudiait celle qui allait devenir Nelly Arcan mais qui n’était encore qu’Isabelle Fortier, se rappelle être littéralement « tombée » dans le livre et ne plus l’avoir lâché.

Des récits de travailleuses du sexe, il y en avait eu auparavant, mais ça ne fait pas nécessairement de la littérature.

Une citation de : Martine Delvaux

Pour une jeune inconnue, faire paraître d’emblée un premier roman dans une prestigieuse maison d’édition française était déjà un coup d'éclat. Mais surtout, il y avait « un souffle » dans cette écriture, « une urgence » et un travail sur les mots qui sont la marque d’une « voix littéraire extrêmement forte ».

Pour Martine Delvaux, il ne fait pas de doute que Putain reste le livre phare de l’œuvre de Nelly Arcan, son roman le plus fort. Selon elle, les gens ont acheté le livre parce qu’ils s’attendaient à un récit sulfureux. Or, ce n’en est pas un.

Putain n’est pas un récit qui a pour objectif de faire bander.

Une citation de : Martine Delvaux

Nelly Arcan, une écrivaine « gênante »

Le paradoxe de Nelly Arcan est qu'elle a laissé une œuvre féministe, même si elle-même n’incarnait pas le féminisme : elle « portait sur elle les traces de ce qu’elle dénonçait », cette « burqa de chair ».

De son vivant, avec ses maladresses et son corps refait, Nelly Arcan était « une écrivaine gênante », qu’on a beaucoup démonisée. La maternité de ses textes, qui ne fait plus de doute aujourd’hui, a même été remise en question.

À sa mort, au contraire, elle a été encensée, enrobée d’un voile de perfection jusqu’à en faire une idole. Or, elle était avant tout une femme complexe, incarnant parfaitement, avec sa plume, « la place impossible qu’on veut faire occuper aux femmes dans la société », selon Martine Delvaux. Sois belle, mais pas trop.

Essayiste et romancière, Martine Delvaux est née en 1968 à Québec. Elle enseigne la littérature à l'Université du Québec à Montréal, commente régulièrement l'actualité d'un point de vue féministe et collabore à l'émission Plus on est de fous, plus on lit! En 2015, elle a signé La robe de Nelly Arcan, un des textes du collectif consacré à Nelly Arcan, Je veux une maison faite de sorties de secours (VLB éditeur), dirigé par Claudia Larochelle. Son roman autobiographique Blanc dehors (Héliotrope, 2015) lui a valu le statut de finaliste du Prix littéraire du gouverneur général en 2016. Martine Delvaux fait partie du jury du Prix du récit Radio-Canada 2017. Découvrez aussi Tap, tap, tap, sa nouvelle inédite signée en exclusivité pour Radio-Canada.

Pour redécouvrir l'œuvre de Nelly Arcan

  • Putain (Édition du Seuil, 2001)
    Le premier récit de Nelly Arcan constitue l’événement de la rentrée littéraire en France. L'œuvre incarne les désillusions d’une génération en ce qui a trait aux relations humaines et sexuelles. En 2015, le livre a été choisi par Marie-Louise Arsenault, l’animatrice du magazine littéraire Plus on est de fous, plus on lit!, pour faire partie des 100 livres incontournables à lire une fois dans sa vie.
  • Folle (Édition du Seuil, 2004)
    Folle est l’histoire d'une folie ordinaire, celle de la peine d'amour d'une femme qui sombre peu à peu et qui devient dangereuse pour elle-même.
  • À ciel ouvert (Édition du Seuil, 2007)
    En choisissant un titre énigmatique pour son troisième livre, l'auteure Nelly Arcan a voulu frapper moins fort que lors de la sortie de Putain et de Folle. Dans ce nouveau récit, deux femmes luttent à coups de bistouri et d’injections pour l’amour d’un homme.
  • Paradis clef en main (Coups de tête, 2009)
    Le dernier ouvrage de Nelly Arcan, qui constitue son premier vrai roman, est publié deux mois après sa mort. Il raconte l’histoire d’une femme qui a tenté de se suicider et qui en est restée paraplégique.
  • Burqa de chair (Seuil, 2011)
    Le recueil propose deux récits inédits, La robe et La honte, qui relatent une expérience humiliante sur un plateau de télévision, ainsi qu'une version allongée de L'enfant dans le miroir, un « conte cruel pour jeunes filles », d'abord paru aux éditions Marchand de feuilles en 2007 sous une forme plus brève et avec des illustrations de Pascale Bourguignon.
  • Peggy (La courte échelle, 2008, réédition La Mèche, 2016)
    La Mèche a réédité en version numérique la nouvelle « Peggy » de Nelly Arcan, parue à l’origine dans le recueil Premières amours à La courte échelle en 2008, une nouvelle « sans compromis sur l’amitié et la rivalité entre adolescentes », selon Martine Delvaux.
Prix du récit : inscrivez-vous maintenant! 



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