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Exploitation sexuelle : nouvelles accusations portées contre un prêtre catholique

Le prêtre Omer Desjardins

Le prêtre Omer Desjardins

Photo : Oblats de Marie-Immaculée

Radio-Canada

Au Manitoba, quatre nouvelles accusations d'agression et d'exploitation sexuelle ont été déposées contre le prêtre fransaskois Omer Desjardins.

Ces accusations criminelles découlent d'incidents qui se seraient produits en 1988 et 1989, quand la victime était pensionnaire à Credo Home, un centre d'hébergement jeunesse de Winnipeg géré par les Oblats de Marie-Immaculée. Omer Desjardins doit comparaître à Winnipeg le 16 janvier.

Par ailleurs, la présumée victime a décidé de briser le silence après avoir appris que l'homme d'Église a été condamné pour agression sexuelle sur une mineure.

Aujourd'hui âgé de 85 ans, le père oblat a oeuvré dans de nombreuses communautés au Manitoba et en Saskatchewan. Ordonné prêtre en 1958, il a notamment enseigné au Collège Mathieu de 1960 à 1975 pour ensuite s'établir au Manitoba, où il a travaillé dans plusieurs communautés francophones et occupé le poste d'aumônier à l'Hôpital Saint-Boniface.

L'histoire d'une victime, source de courage pour une autre

En janvier 2015, Omer Desjardins a été condamné à six mois de prison après qu'il a plaidé coupable à une accusation d'agression sexuelle pour des gestes survenus dans la communauté de Marcelin, au nord de Saskatoon, en 1978.

En novembre dernier, un homme que nous appellerons « Joe » est tombé sur un article de CBC au sujet de la condamnation du père Desjardins. Quelques minutes plus tard, il était au téléphone avec un agent du Service de police de Winnipeg.

J'ai toujours voulu qu'il soit tenu responsable de ses crimes, mais je ne voulais pas être le premier à tenter de convaincre la police de sa nature réelle.

présumée victime d'Omer Desjardins

Joe a rencontré Omer Desjardins en octobre 1988. Le prêtre travaillait de nuit au centre Credo Home et Joe, nouvellement devenu pupille de l'État, venait d'y emménager. Il avait 15 ans.

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« On ne lui parlait pas vraiment parce qu'il commençait son quart de travail après 21 h et les soirs d'école on se couchait à 22 h 30 », se souvient Joe.

Mais quelques semaines après son arrivée au centre, Joe dit qu'Omer Desjardins a commencé à le visiter dans sa chambre pour jaser.

« Ce n’était rien d'anormal, raconte Joe. Au bout de quelques semaines, il venait dans ma chambre à coucher tous les soirs, me frottait le dos ou quelque chose du genre. Rien de grave. »

Au début, il frottait ton dos. Mais après un certain temps, ses mains commençaient lentement à se promener.

présumée victime d'Omer Desjardins
Un homme, vu de dos, qui regarde un album de photosAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Joe dit qu'Omer Desjardins lui a donné cet album rempli de photos de leurs voyages ensemble.

Photo : Radio-Canada / Wendy Buelow

Au cours des deux années suivantes, Joe dit qu'il a effectué plusieurs excursions avec Omer Desjardins : voyages de ski au Manitoba et au Dakota du Nord, un voyage de deux semaines en Colombie-Britannique, ainsi que plusieurs nuitées dans un chalet au lac West Hawk.

Joe dit qu'Omer Desjardins invitait parfois un autre garçon à les accompagner, mais que la majorité du temps il était seul avec le prêtre.

« Une fois le voyage terminé, il visitait ma chambre de trois à cinq fois par semaine. Il était dans ma chambre 30 minutes chaque soir », raconte-t-il.

Je pensais qu'il n'y avait aucun moyen qu'il fasse la même chose à quelqu'un d'autre, parce qu'il passait tellement de temps dans ma chambre.

présumée victime d'Omer Desjardins

Pourtant, en 1992, Joe dit qu'un autre pensionnaire du centre Credo lui a révélé qu'il aurait aussi été agressé par Omer Desjardins. Mais au lieu de se rendre au poste de police pour dénoncer les actions du prêtre, les deux garçons ont décidé de lui faire du chantage.

« En une demi-heure, on avait 5000 $ entre les mains, se souvient Joe. On s'est gelés bien raides, parce que c'est le genre de chose qu'on faisait : on ne faisait face à rien, on n'obtenait pas d'aide, nous ne faisions qu'exister. »

Joe dit qu'ils ont dépensé tout leur argent, puis ont décidé de poursuivre les Oblats pour en obtenir davantage. Il dit qu'en 1993, il a reçu 12 500 $ et que l'autre garçon en a reçu 17 500 $.

Joint au téléphone, le père Tim Coonen du provincialat des Oblats de Marie-Immaculée à Ottawa a dit qu'il ne savait pas s'il y avait eu une entente dans ce cas spécifique et qu'il n'avait pas l'intention de se renseigner davantage. « Vous savez aussi bien que moi que s'il y avait eu une entente légale, elle serait accompagnée d'une obligation de silence, a-t-il répondu. La présumée victime dans ce cas ne devrait pas parler s'il a obtenu un règlement, mais nous n'allons pas le poursuivre. »

Le père Coonen ajoute que, bien qu'Omer Desjardins n'ait plus le droit de travailler auprès du public, il conserve son titre de père oblat. « Il est membre de notre ordre religieux. Bien que nous serions dans notre droit de l'expulser, le monde est un endroit plus sûr si nous le gardons dans notre communauté, sous notre toit. »

Tim Coonen ajoute que les Oblats ont mis sur pied des plans de sécurité, y compris des restrictions sur le déplacement, pour les quelques prêtres au pays qui ont été reconnus coupables « de choses comme ceci ».

Selon un texte de Caroline Barghout, CBC News.

Manitoba

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