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Chrystia Freeland, nouvelle ministre des Affaires étrangères d'un Cabinet Trudeau remanié

Les explications de Louis Blouin

Le premier ministre Justin Trudeau place Chrystia Freeland à la tête de la diplomatie canadienne dans le cadre du premier remaniement d'importance de son Cabinet. Jusqu'alors ministre du Commerce international, Mme Freeland succède à Stéphane Dion, qui met un terme à sa carrière politique.

Rien n’a été encore confirmé quant aux nouvelles fonctions qui auraient été proposées à Stéphane Dion, dont celle d’ambassadeur en Europe. M. Dion est en réflexion.

Il cède donc sa place à Mme Freeland, cette ex-journaliste économique qui occupait jusqu'ici le poste de ministre du Commerce international. Un poste dans lequel elle s'était illustrée en jouant un rôle-clé pour sauver l'accord de libre-échange avec l’Union européenne.

À moins de deux semaines de l'entrée en scène de Donald Trump à la tête des États-Unis, il est plus que jamais crucial, pour le Canada, d'avoir des interlocuteurs de choix dans la capitale américaine. C'est dans cette optique que Justin Trudeau place Chrystia Freeland aux Affaires étrangères.

En effet, Mme Freeland est experte des dossiers touchant la Russie « et parle le russe couramment », a précisé le premier ministre Trudeau en conférence de presse, mardi. Un atout considérant qu'aux États-Unis, le président désigné Donald Trump veut amorcer une nouvelle ère avec Moscou.

Cependant, Chrystia Freeland est interdite de séjour depuis 2014 en Russie, des représailles qu'a exercées Moscou après qu'Ottawa eut sanctionné des dignitaires russes, dans la foulée des agressions contre l'Ukraine et la Crimée. La nouvelle ministre canadienne des Affaires étrangères affirme qu'il revient à Moscou de traiter cet enjeu.

Au coeur des pourparlers sur le bois d'oeuvre

Mme Freeland conserve de plus les dossiers commerciaux relatifs aux États-Unis, un enjeu d'autant plus considérable qu'un nouveau litige pointe en ce qui a trait au bois d'oeuvre.

Aux yeux du premier ministre Trudeau, il s'imposait de confier à Mme Freeland des responsabilités tant en matière de diplomatie que de commerce. Car il importe d'« avoir une voix » face au président désigné Donald Trump dont les priorités fondamentales sont « le commerce et la croissance économique », d'expliquer M. Trudeau.

François-Philippe Champagne, un « ministre junior »?

De secrétaire parlementaire aux Finances, François-Philippe Champagne passe au Commerce international.

Mais du fait que sa prédécesseure, Christia Freeland, conserve tous les dossiers commerciaux canado-américains, une journaliste a demandé - en tout respect - à Justin Trudeau si cela ne faisait pas de M. Champagne « un ministre junior ».

« Au contraire », a répliqué le premier ministre, citant les « énormes défis » qui attendent le député de Saint-Maurice-Champlain. Parmi ces défils, il lui faudra surmonter les derniers obstacles à la ratification de l'accord de libre-échange entre le Canada et l'Union européenne, ou encore accroître les occasions d'affaires pour les entreprises canadiennes avec la Chine et les pays membres du Partenariat transpacifique (PTP).

Sachant que le Canada semble être, ces jours-ci, l'un des rares pays à être en faveur du libre-échange [...], François-Philippe [Champagne] aura quantité de travail à faire dans le monde entier, dans les mois à venir.

Le premier ministre Justin Trudeau, en conférence de presse à la suite d'un remaniement ministériel

« La planète est très grande, Mme Freeland aura le leadership là-dessus [...] et je vais continuer à l'appuyer [...] pour faire du Canada dans le monde le meilleur endroit où investir », a déclaré pour sa part François-Philippe Champagne en entrevue, en fin d'après-midi, à ICI RDI.

Nouveau ministre issu de Shawinigan, François-Philippe Champagne est « un homme bien instruit, bien qualifié, qui est un dur travailleur », de l'avis de l'ancien premier ministre Jean Chrétien.

Parmi les autres changements...

La ministre des Affaires étrangères Chrystia Freeland, la ministre du Travail Patty Hajdu, la ministre de la Condition féminine Maryam Monsef, le ministre du Commerce international François-Philippe Champagne , la ministre des Institutions démocratiques Karina Gould et le ministre de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté, Ahmed Hussen.De gauche à droite, la ministre des Affaires étrangères Chrystia Freeland, la ministre du Travail Patty Hajdu, la ministre de la Condition féminine Maryam Monsef, le ministre du Commerce international François-Philippe Champagne, la ministre des Institutions démocratiques Karina Gould et le ministre de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté, Ahmed Hussen. Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

La ministre Maryam Monsef se voit retirer le portefeuille des Institutions démocratiques et attribuer celui de la Condition féminine. Elle a fait l’objet de critiques pour sa gestion du dossier du mode de scrutin au Canada, et son remplacement par Karina Gould envoie le signal qu'une réforme est toujours possible.

MaryAnn Mihychuk n'est plus ministre du Travail et quitte le Cabinet.

La ministre de la Condition féminine, Patty Hajdu, dont certaines dépenses pour l'aménagement de ses bureaux avaient soulevé des questions, lui succède.

Enfin, Justin Trudeau a nommé Ahmed Hussen au ministère de l'Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté. Arrivé au Canada à l'âge de 16 ans, il est le premier député fédéral d'origine somalienne.

Un poste d'ambassadeur pour le vétéran John McCallum

John McCallum.John McCallum. Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

La candidature de John McCallum sera proposée à titre d'ambassadeur en Chine.

Natif de Montréal, il a été vice-président principal et économiste en chef de la Banque Royale du Canada. Il a enseigné l’économie à l’Université du Manitoba (de 1976 à 1978), à l’Université Simon Fraser (de 1978 à 1982), à l’Université du Québec à Montréal (de 1982 à 1987), et à l’Université McGill (de 1987 à 1994).

Il est député de Markham-Thornhill (précédemment Markham-Unionville et Markham) depuis 2000, et a été réélu cinq fois.

Comme ministre, il a notamment été responsable des portefeuilles de la Défense nationale, des Anciens Combattants et du Revenu national entre 2001 et 2004. Depuis novembre 2015, il était ministre de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté.

Retraite et rencontre du « Canadien ordinaire »

Ce remaniement survient à deux semaines d'une retraite du Cabinet prévue à Calgary, en Alberta. Le premier ministre Trudeau amorce aussi une tournée pancanadienne pendant laquelle il ira à la rencontre du « Canadien ordinaire ».

En mai dernier, l'ancien ministre des Pêches, des Océans et de la Garde côtière canadienne Hunter Tootoo avait démissionné de son poste pour des raisons personnelles. Dominic LeBlanc avait été nommé pour reprendre ses fonctions, tout en conservant son poste de leader en Chambre. Pendant l’été, la ministre de la Petite Entreprise et du Tourisme, Bardish Chagger, a été choisie comme nouvelle leader parlementaire du gouvernement.

Un remaniement mal accueilli par l’opposition

Gérard Deltell, député conservateur de Louis-Saint-Laurent, estime que le remaniement de ce mardi est une preuve du manque de jugement du premier ministre, qui procède à d’importants changements dans son équipe 14 mois après son élection.

Il déplore aussi la façon avec laquelle Stéphane Dion a été remercié.

Une triste sortie, pas digne d’une personne [Stéphane Dion] qui a si bien rempli ses fonctions. La façon dont M. Trudeau l’a traité, ça démontre, malheureusement encore une fois, un manque de jugement de M. Trudeau.

Gérard Deltell, député conservateur

Le député néo-démocrate Alexandre Boulerice voit dans ce mouvement une tentative des libéraux de tourner la page des « scandales des soirées de financement avec des millionnaires ».

Il soutient aussi que Justin Trudeau « se ramasse avec une crise politique » avec le départ des ministres Stéphane Dion et John McCallum. « Ce sont deux ministres séniors, des poids lourds du Cabinet libéral qui claquent la porte et qui s’en vont ».

Il se dit aussi préoccupé que Chrystia Freeland cumule les Affaires étrangères et les relations commerciales avec les États-Unis. « Je trouve ça très inquiétant de voir maintenant qu’on associe la diplomatie canadienne avec le commerce, le libre-échange avec les États-Unis », observe M. Boulerice.

Le député néo-démocrate regrette que la diplomatie canadienne n’ait plus un environnementaliste comme porte-parole.

Là, on a M. Trump qui arrive au pouvoir et la réaction du gouvernement Trudeau, c’est de tasser un environnementaliste qui pouvait parler aux Américains, pour mettre quelqu’un qui va d’abord et avant tout parler de commerce. D’un point de vue de plan de développement durable, moi ça m’inquiète énormément.

Alexandre Boulerice, député néo-démocrate
Avec les informations de La Presse canadienne, et CBC

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